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Étude pour l’obéissance | Un brillant exercice d’introspection

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Sarah Bernstein était peu connue du grand public lorsque le prestigieux magazine britannique Granta l’a consacrée, en 2023, en l’incluant dans sa liste des meilleurs jeunes écrivains britanniques.


Publié à 7 h 00

La même année, la version originale en anglais d’Étude pour l’obéissance, son deuxième roman, a remporté le prix Giller et a été parmi les finalistes du Booker Prize, deux récompenses très convoitées qui ont permis de braquer les projecteurs sur cette œuvre qui est maintenant en lice pour le Dublin Literary Award.

La Montréalaise d’origine, qui enseigne la littérature en Écosse, réussit un impressionnant exercice d’équilibriste dans ce court texte qui nous arrive maintenant traduit par Catherine Leroux — avec brio, faut-il préciser, dans une langue très recherchée où les longues phrases toujours rythmées coulent avec une grâce naturelle.

La narratrice, cadette d’une famille nombreuse, se retrouve dans un mystérieux pays nordique où habite son frère aîné. Désormais seul depuis que sa femme et ses enfants l’ont quitté, il lui confie la charge de sa majestueuse maison de campagne avant de s’absenter pendant un long moment. Étant donné qu’elle n’a toujours vécu que pour ses frères et sœurs dès sa toute première enfance, la chose lui semble aller de soi et elle s’attelle à ses tâches « avec sérieux et intentionnalité », concède-t-elle.

Dès lors, entre le ménage, la lessive, les courses, le désherbage, elle entreprend de faire l’examen de la personne qu’elle a été jusqu’à présent, catégorisée dès sa naissance comme une cause perdue par sa propre famille. Elle avoue sans ambages que depuis qu’elle en a conscience, elle a toujours essayé d’être « bonne ». Obéissante.

Malgré ses bonnes intentions, la jeune femme réalise que cela ne lui a jamais permis d’être appréciée des autres. Que ce qu’elle appelle son introversion opaque l’a amenée à passer une grande partie de sa vie dans la solitude. Et le même schéma se reproduit dès qu’elle cherche à entrer en contact avec les habitants du bourg voisin de la maison de son frère.

« Où que j’eusse été au cours de ma vie, j’avais toujours été une nouvelle venue, une intruse, parfois usurpatrice, plus rarement conspiratrice ; il y avait dans mon sang quelque chose qui me le faisait sentir, à moi comme aux autres, sentir que j’étais pour ainsi dire étrange, qu’on ne pouvait pas me faire confiance », écrit-elle.

Quand des incidents inexplicables se produisent dans la ferme communautaire où elle donne un coup de main, elle remarque que la suspicion des villageois se tourne vers elle. Elle se met à ressentir leur peur, leur ressentiment, leur hostilité envers elle, l’étrangère subitement invisibilisée. Malgré tout, elle n’abandonne pas son rôle et revendique le droit de vivre, puissante métaphore pour son peuple – jamais nommé – qui a été contraint à l’exil depuis ces mêmes contrées.

De nombreux critiques anglo-saxons ont qualifié le roman de troublant, mais séduisant. On ne pourrait être plus d’accord : Étude pour l’obéissance est un éblouissant kaléidoscope de mots qui mérite d’être lu et relu pour en révéler les multiples couches. Et qui plaira aux amateurs d’œuvres introspectives et contemplatives comme celle de l’Islandais Gyrðir Elíasson, traduite chez La Peuplade.

Étude pour l’obéissance

Étude pour l’obéissance

Sarah Bernstein (traduit de l’anglais par Catherine Leroux)

Alto

152 pages

8/10

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Titre: Étude pour l’obéissance

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