Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous en ces temps de crise des identités stimulées par les bouleversements sociotechnologiques ? La série « Le bureau des légendes » examine comment la numérisation et les nouvelles revendications politiques brouillent les frontières entre le réel et le fabriqué, l’intime et le public, l’authentique et la performance. Premier arrêt autour de l’habituel Coup d’essai de la semaine.
L’architecture traduit des idées dans l’espace, matérialise des concepts, des visions, des émotions. On comprend vite pourquoi Chris Bergeron se plaît dans les locaux montréalais de la célèbre agence de pub Cossette, où elle est vice-présidente à la créativité inclusive.
LAAB architecture y a conçu une sorte de grand lounge vitré. L’espace convivial offre une gamme étendue de configurations, qui va des cubicules pour le travail en solo à des tables de réunion à deux ou vingt places. À chacun sa zone de confort, selon ses besoins. De grands miroirs courbes amplifient les effets cinétiques des dizaines d’employés en mouvement et de la ville environnante. La fluidité domine partout.
« Quand on travaille dans le monde des affaires, on a un peu le pouls de la société : on voit ce qui s’ouvre et ce qui se referme ; on voit quand l’imagination a sa place et quand la mécanisation reprend le dessus », dit d’entrée de jeu Chris Bergeron, calée dans un fauteuil duquel on a une vue sur le square Victoria et sur la tour de la Bourse.
« Je remarque qu’on rentre dans une période de mécanisation de la société. On devient des points de données plus que des individus. On est dans la mesure, le cadrage, le ciblage, alors qu’il y a dix ou quinze ans, tout le monde parlait de créativité, de communautés, de contacts et d’humanité. »
Chris Bergeron vient de publier Fake. Une apologie illustrée de l’artificiel. Le livre tient du journal illustré et des papiers collés où s’entremêlent souvenirs, confidences, esthétique cyberpunk, critique sociale, théorie queer et dessins. Elle y défend la contradiction, le flou, l’impureté et la volatilité comme antidotes aux certitudes binaires. Sa copine a résumé sa démarche intellectuelle en la désignant comme une « Baudrillard des dépanneurs ». Le sociologue
[...] continuer la lecture sur Le Devoir.





