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Hawaï, reflet annoncé de nos désastres écologiques

Source : Le Devoir

Par-delà les clichés de lagons turquoise et de plages immaculées, les îles hawaïennes révèlent les fissures d’un territoire menacé. Longtemps préservé par son isolement, l’archipel voit aujourd’hui sa biodiversité vaciller sous l’assaut des espèces envahissantes, du tourisme de masse et du dérèglement climatique. Sa langue millénaire a frôlé l’oubli, son agriculture traditionnelle a été supplantée par des cultures industrielles désormais disparues, et ses paysages à couper le souffle se trouvent, eux aussi, à la merci des flammes.

Installé à Honolulu de septembre 2023 à août 2024, Alexis Riopel a parcouru l’archipel de long en large pour raconter une histoire à double visage, celle d’un effondrement écologique et culturel, mais également d’un renouveau porté par ses habitants. « Tous mes reportages touchaient soit la nature hawaïenne, en difficulté, soit la culture hawaïenne, elle aussi fragilisée, mais en pleine renaissance. Les deux sont intimement liées », confie-t-il au téléphone.

Revenu depuis au Québec, le journaliste du Devoir publie Reportages hawaïens, un recueil qui rassemble ses papiers écrits sur l’archipel, parus dans son quotidien, mais aussi dans des publications comme L’Actualité ou Le Monde. Son année passée à Hawaï a d’ailleurs été marquée par l’un des pires drames de l’histoire récente de l’archipel.

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En août 2023, les flammes ont dévasté la ville de Lāhainā, sur l’île de Maui. Quatre mois plus tard, lors de son passage sur place, le journaliste de 32 ans se souvient de « l’odeur de cendres mouillées » qui imprégnait encore l’air. Plus de 2200 bâtiments avaient été réduits en fumée et une centaine de vies perdues : « Les feux les plus meurtriers aux États-Unis depuis un siècle », souligne-t-il.

Pour Alexis Riopel, ce drame n’est pas qu’une tragédie locale. Il incarne à lui seul les vulnérabilités profondes de l’archipel et leur résonance bien au-delà du Pacifique. Journaliste spécialisé en environnement, énergies et sciences, il voit dans Hawaï un miroir grossissant des crises planétaires. « L’archipel ne représente que 1 % du territoire américain, mais concentre à lui seul 44 % des espèces végétales en péril du pays », explique-t-il.

Il ajoute que les feux de forêt se sont d’ailleurs avérés plus destructeurs que sur le continent, attisés par des herbes importées, hautement inflammables, qui se substituent aux écosystèmes locaux. « Les mêmes travers environnementaux que l’on observe ailleurs sont ici amplifiés », dit-il.

Ce contraste est d’autant plus frappant qu’Hawaï, autrefois autosuffisante, dépend aujourd’hui presque entièrement des importations pour se nourrir. Les supermarchés regorgent de produits venus d’outre-mer, et le tourisme, moteur économique, accentue la dépendance à un système mondialisé qui affecte l’archipel.

« Les Hawaïens consomment comme les Américains, avec la richesse et les infrastructures que cela suppose, mais ce mode de vie est aussi un danger pour leur culture et leur environnement », observe le journaliste.

Certains projets tentent toutefois de renverser la vapeur. Un des plus ambitieux est celui de Mahi Pono, une entreprise détenue à 100 % par l’un des plus importants régimes de retraite du Canada, celui des fonctionnaires fédéraux, qui a acquis près d’un dixième de l’île de Maui. Dans un chapitre consacré à ce chantier, Alexis Riopel décrit un objectif affiché : relancer l’agriculture sous le label de « diversification ». Dans la réalité, le programme repose surtout sur la création de vastes vergers d’agrumes, installés sur des terres autrefois occupées par les plantations de canne à sucre.

« Le projet qui accapare l’eau de l’île ne manque pas de susciter des débats. Beaucoup, parmi la population, s’interrogent. Pourquoi ces terres ne sont-elles pas aux mains de producteurs hawaïens ? Et surtout, ce type de culture, aussi rentable soit-il, peut-il réellement ramener l’autonomie alimentaire d’un archipel qui nourrissait jadis sa population grâce au taro ou à l’ulu (arbre à pain) ? », relate Alexis Riopel.

L’ulu, par exemple, était autrefois cultivé intensivement dans certaines régions et suffisait à lui seul à combler des communautés entières. Aujourd’hui, quelques initiatives tentent de relancer cette culture en incitant les habitants à planter, dans leur jardin, cet arbre capable de produire chaque année des centaines de gros fruits amidonnés. « Mais le mouvement progresse lentement, tandis que les Hawaïens continuent d’importer du continent des pommes de terre qu’un équivalent local pourrait pourtant remplacer », constate l’auteur.

Plus qu’un carnet de route, Reportages hawaïens sonne comme un avertissement. L’archipel, indique Alexis Riopel, concentre sur un territoire minuscule des tensions qui traversent déjà bien d’autres régions du monde : raréfaction de l’eau, érosion des sols, dépendance envers les importations, disparition de savoir-faire agricoles. «

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