Paru en premier sur (source): journal La Presse
Quand Deborah Levy parle de ses deux filles dans son Autobiographie en mouvement, c’est toujours en termes très tendres. Elle nous renvoie l’image de trois femmes qui sont proches, complices.
Mis à jour à 9h00
C’est une tout autre relation mère-fille que l’écrivaine dépeint dans Hot Milk, le roman qui lui a valu d’être finaliste pour le prestigieux Man Booker Prize en 2016, et qui nous arrive finalement en français.
La relation entre Rose et Sofia en est une de codépendance. Rose est atteinte d’une étrange maladie des os que personne ne réussit à diagnostiquer. Elle ne peut plus marcher et ne se déplace qu’en fauteuil roulant. Sofia prend soin de sa mère, elle la déplace, lui masse les jambes, subit ses sautes d’humeur, son anxiété et ses colères.
La fille est obsédée par l’idée de comprendre ce qui ronge sa mère, et la mère envahit la vie de sa fille, une métaphore puissante sur une relation mère-fille malsaine.
L’intrigue du roman se déroule principalement dans un petit village de l’Andalousie où Rose va consulter le Dr Gomes.
Peu à peu, ce médecin aux pratiques douteuses s’intéressera davantage à la fille qu’à la mère, l’encourageant à vivre pleinement sa vie, à se détacher de Rose.
Dans un éclair de lucidité, il dira à Sofia : vous utilisez votre mère comme bouclier pour vous empêcher de vivre votre vie.
La relation mère-fille et la maternité sont des thèmes récurrents et inépuisables en littérature.
Avec sa plume vive, sensible et intelligente, Deborah Levy évite la banalité et les clichés en nous proposant un roman subtil, rempli de scènes oniriques, riche en métaphores et en angles d’analyse.
Ses personnages sont complexes et leurs comportements ne sont jamais télégraphiés.
Quand Sofia se rend à Athènes pour visiter son père qui l’a abandonnée à l’adolescence et qui – classique ! – a refait sa vie avec une femme beaucoup plus jeune avec qui il a eu un enfant, il n’y aura pas de grandes retrouvailles ou de réparation entre les deux, la dette est trop grande. Il y a plutôt la pénible réalisation, de la part de Sofia, qu’il n’y a plus de place pour elle dans cette recomposition familiale. Placée devant l’égoïsme de son père, elle se questionne sur le sien.
N’agissons-nous pas tous selon nos propres intérêts ? demande Deborah Levy, qui nous offre ici un des romans à lire absolument cet été.
Hot Milk
Éditions du sous-sol
311 pages






