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Hugo Meunier, sur la ligne de partage entre le bien et le mal

Source : Le Devoir

« Pour moi, écrire, c’est décrocher », confie Hugo Meunier à propos du rôle que tient l’écriture romanesque dans sa vie. « Il y en a qui jouent au golf, moi, je viens m’asseoir dans ce café et puis j’écris. Je prends de courtes pauses, je me perds un peu sur les réseaux sociaux, mais je consacre facilement des journées entières à l’écriture. »

L’homme est journaliste depuis plus de vingt ans, maintenant rédacteur en chef d’Urbania, mais c’est l’auteur en lui qui nous a donné rendez-vous dans cette brûlerie de la rue Masson, où il fait pour ainsi dire partie des meubles. Après Le patron (2019), Olivia Vendetta (2021), Raté (2022) et Les péchés ordinaires (2024), Meunier s’amène ce printemps avec un cinquième roman satirique à souhait, une chronique aussi captivante que désopilante, aussi mordante que délirante : Les méchants meurent toujours à la fin.

« C’est un retour au fun ! affirme l’auteur à propos de son dernier-né. J’avais envie de renouer avec le côté très niaiseux de mon premier roman. Grand fan de South Park [série d’animation américaine pour adultes créée en 1997 par Trey Parker et Matt Stone], j’aime beaucoup intégrer de vraies personnes dans mes histoires. Cette fois, je me suis lâché lousse ! C’est comme un retour à la liberté du premier livre, mais avec plus d’expérience et dans un style plus fluide. »

Ainsi, autour du héros, Adam, qui enseigne depuis vingt ans l’étude des Premiers Peuples à l’Université de Montréal, on trouve une ribambelle de personnalités publiques, dont Xavier Dolan, Boucar Diouf, Monic Néron, Violette Gagnon (un amalgame des journalistes Violette Cantin et Katia Gagnon), Laurent Duvernay-Tardif, Gino Chouinard, Manon Massé, le pape Léon XIV, Kim Thúy, François Legault, Tedros Adhanom Ghebreyesus (le directeur de l’OMS) et Marie-Claude Barrette, sans oublier Donald Trump et son acolyte Elon Musk qui se seraient mystérieusement rabibochés.

Fantasmes littéraires

« La satire, explique Meunier, c’est ma réponse niaiseuse à tout ce qui est déprimant en ce moment dans la société, mais c’est aussi une manière de faire contrepoint à l’autobiographie. J’en peux plus de l’autofiction ! Tout le monde a une vie terrible à raconter. Tout le monde se gratte le bobo. Au fond, j’ai écrit le roman que j’avais envie de lire. Ce faisant, j’ai coché plusieurs choses sur ma liste de fantasmes littéraires. Il y a des twists à la Tarantino, des personnages sortis de Bicolline [un domaine consacré au jeu de rôle grandeur nature et à son univers médiéval fantastique], des enfants qui vivent en communauté près de la frontière américaine, un combat féroce sur les plaines d’Abraham et même un protagoniste dont l’ancêtre n’est nul autre que Mahomet. »

Au moment où se déclenche une pandémie impossible à ralentir, un mal qui frappe la planète de manière manichéenne, c’est-à-dire que les bons survivent et les méchants périssent, notre héros cherche à quitter Berlin, où il s’est rendu pour prendre part à un festival de cinéma à titre d’expert d’une tribu coupée du monde. Son objectif maintenant : rentrer à Montréal pour retrouver sa blonde, Laurie, son fils, Edmond, et sa fille, Romane.

Tout en étant conscient des traumatismes laissés par la pandémie de COVID-19, Hugo Meunier s’est dit que ce serait drôle de camper son récit philosophico-absurde en plein cœur d’une pandémie. « J’ai eu l’idée d’un virus qui tue seulement les personnes “méchantes”. Mais comment départager le bien du mal dans un monde polarisé, où tout est relatif, où ce qui est bien pour les uns est mal pour les autres, où tellement de gens sont convaincus d’avoir raison, où les chambres d’écho sont construites en opposition les unes aux autres ? »

Ce qui est admirable, c’est que l’auteur parvient à explorer son sujet sans jamais sombrer lui-même dans le manichéisme : « On sait bien que Martine Delvaux et Safia Nolin vont survivre, explique-t-il en souriant, mais je trouvais ça le fun que Donald Trump ne meurt pas, du moins pas pendant la première vague. » Précisons que le variant, dont les symptômes s’apparentent à ceux d’une pneumonie ou d’une bronchite aiguë, est moins foudroyant, mais tout aussi mortel. Extrait du livre : « À terme, ces patients crachent du sang, suffoquent et meurent finalement à bout de souffle, d’une insuffisance respiratoire, les poumons remplis de sang. C’est comme s’ils se noyaient de l’intérieur. »

L’auteur reconnaît qu’il s’est offert « tout un trip » en écrivant cette histoire qui se déroule sur plusieurs continents et à plusieurs époques, qu’il s’est beaucoup fait rire lui-même en pondant ce récit épique où tout le monde en prend pour son rhume. Dépeignant notamment les milieux politique, religieux, journalistique et artistique, le roman est caricatural, certes, mais rigoureusement appuyé sur des faits. « Quand ton cadre est solide, explique Meunier, que ton récit est bien campé dans le réel, tu peux libérer ton imaginaire. Mes années de drogue auront au moins servi à ça. Ma seule peur, c’était d’oublier des personnages en chemin. Ils sont tellement nombreux ! »

Un peu de sérieux

Burlesque, apocalyptique et certainement cathartique, la conclusion de l’aventure est un vibrant hommage à la Chanson de Roland, un sommet de drôlerie sanguinolente. Mais il y a aussi dans ce roman — qui n’est pas sans évoquer les univers de Jean-Philippe Baril Guérard et de Samuel Cantin — ce que son auteur appelle « des bouts sérieux ». « Il y a des endroits où je me permets de passer des messages, reconnaît Meunier. L’un de ceux-là concerne la manière dont les personnes atteintes du nouveau variant peuvent, dans un délai de sept jours, éviter la mort. »

Dans le roman, le pape explique que des essais cliniques ont démontré ceci : « Un voleur peut survivre en restituant les biens volés. L’assassin doit obtenir le pardon des proches de la victime. Le violeur doit obtenir le pardon de sa victime. Le menteur devra dire la vérité. » Pour le héros, malade comme un chien, cela signifie qu’il doit se rendre rapidement auprès de Maude, une femme qu’il n’a pas vue depuis 20 ans, afin de lui demander pardon pour le geste qu’il a commis autrefois. « Je pense que beaucoup de gars ont vécu une situation semblable, estime Meunier. Personnellement, après toutes mes années de bars et de brosses, je dois avouer que lorsque des listes de dénonciation ont commencé à apparaître, j’avais la chienne que mon nom s’y retrouve. »

Dans le très beau texte qu’il a signé à la demande de Marc-Antoine Bazinet et Sony Carpentier, directeurs de l’ouvrage collectif Masculin pluriel, qui paraît ces jours-ci chez KO Éditions, Hugo Meunier aborde justement la question des modèles de virilité aux agissements toxiques : « C’est tout un système qu’il faut réduire en cendres et rebâtir à neuf. Le statu quo a échoué. On doit construire de nouvelles fondations à des années-lumière des stéréotypes et des haussements d’épaules devant les comportements dignes d’un vestiaire de hockey, sous prétexte que boys will be boys. »

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