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Le 12 janvier 1976, la célèbre écrivaine britannique Agatha Christie s’éteignait à l’âge de 85 ans dans sa résidence de Wallingford, près d’Oxford. Cinquante ans plus tard, son héritage est encore bien présent, alors que le roman policier, qu’elle a grandement contribué à faire connaître, demeure l’un des genres littéraires les plus populaires.
Avec plus de 2,5 milliards d’exemplaires de ses livres vendus dans le monde, Agatha Christie est considérée comme l’autrice anglophone la plus lue de l’histoire, après William Shakespeare. C’est également, et de loin, l’autrice la plus traduite.
Elle a publié 66 romans policiers, 6 romans non policiers (sous le pseudonyme de Mary Westmacott), quelque 150 nouvelles ainsi que 20 pièces de théâtre. Elle est aussi l’une des rares autrices de son époque à avoir connu le succès de son vivant.
C’était également une aventurière aguerrie qui a visité les quatre coins du globe, notamment en accompagnant son deuxième mari, Max Mallowan, dans ses nombreuses campagnes de fouilles archéologiques. Cet amour du voyage se reflétera d’ailleurs dans nombre de ses romans, de Meurtre en Mésopotamie (1936) au Crime de l’Orient-Express (1934).
Elle n’a pas inventé le roman policier, il y avait d’autres écrivains et écrivaines à l’époque qui écrivaient ce type de récits, mais les spécialistes s’accordent à dire que, pour ce qui est de construire une énigme, elle est inégalable
, explique Emmanuelle Friant, professeure d’histoire à l’Université de Montréal.
C’est la meilleure représentante du whodunit [qui l’a fait?], un genre policier qui naît dans les années 1920. Ce sont des récits dont le nom du criminel n’est révélé qu’à la fin.

L’enquête comme un jeu
L’une des clés du succès d’Agatha Christie, selon Emmanuelle Friant, est le fait que le lecteur a accès aux mêmes indices que les détectives de ses romans, que ce soit Hercule Poirot, Miss Marple ou encore Harley Quinn.
Quand elle commence à écrire, les gens ont une folie du jeu de société, qui fait vraiment partie des plaisirs de la bonne société britannique. Et Agatha Christie joue beaucoup avec ça : l’énigme est comme un puzzle qu’on doit résoudre, il y a une notion de plaisir qui s’installe pour le lecteur
, explique l’historienne.
C’est comme un jeu de société, les règles sont toujours les mêmes, mais on y joue quand même, parce que l’issue n’est jamais la même.
Autre caractéristique de l’œuvre de celle qu’on appellait parfois la duchesse de la mort
: son humour, qui passe souvent par le caractère loufoque de ses personnages.
L’humour, c’est très important dans les whodunit, ça désamorce le caractère horrible du crime. Et les personnages d’Agatha Christie sont souvent des personnages qui sont sous-estimés. Hercule Poirot est un peu ridicule, il a une tête en forme d’œuf, il a des moustaches très extravagantes et c’est un étranger; il ne se comporte pas comme le Britannique flegmatique [typique]
, explique Mme Friant.
Un héritage indélébile
Selon Johanne Seymour, autrice de romans policiers comme Le cri du cerf et grande admiratrice d’Agatha Christie, on parlera encore de la romancière britannique dans 200 ans, même si les romans policiers ont bien évolué dans les dernières décennies.
C’est difficile de juger d’Agatha Christie aujourd’hui, parce qu’avec toutes les techniques judiciaires qu’on a aujourd’hui, on se dit qu’on aurait compris le dénouement [de ses intrigues] plus rapidement
, souligne-t-elle.
Mais je pense que sa façon de dépeindre la société de cette époque-là est une vraie leçon. Elle le faisait très bien et elle le faisait de façon concise, précise, avec une écriture tranchée au scalpel.
Elle parvenait à nous donner une image de la société britannique de l’époque et aussi des pays qu’elle a visités. C’est ça aussi qui est exaltant dans son écriture. J’ai encore le rêve de prendre l’Orient-Express
, confie Mme Seymour.
L’héritage d’Agatha Christie est encore bien palpable aujourd’hui, notamment dans les nombreuses adaptations de ses œuvres et chez les auteurs qu’elle a inspirés.
Elle est adaptée encore aujourd’hui au cinéma, au théâtre, elle est familière. Et elle est encore extrêmement lue. Ils étaient dix est son roman policier le plus vendu et c’est le roman policier le plus vendu de tous les temps, c’est 100 millions d’exemplaires vendus
, explique Emmanuelle Friant.
Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier






