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Johanne Parent : Un théâtre pour tous

 

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Plus que jamais, le théâtre se fait le miroir de la communauté multiculturelle qui est la nôtre. Les planches deviennent le tremplin des identités multiples et le texte devient quant à lui cet espace où chacun se reconnaît tout en allant à la rencontre de l’autre. Johanne Parent, dramaturge originaire de Campbellton, au Nouveau-Brunswick, nous invite à une expérience amphibienne avec sa pièce Ornithorynques, publiée aux Éditions Perce-Neige. Dans ce texte, elle tisse un éventail d’émotions à la fois universelles et profondément humaines, tout en restant fermement ancrée dans l’identité du nord du Nouveau-Brunswick, portée par une oralité unique qui amplifie la voix des habitants de ce coin de pays.

Votre pièce Ornithorynques (Perce-Neige) tire son nom d’un animal d’une singularité presque inclassable. À mi-chemin entre le canard et le castor, à la lisière des mammifères et des oiseaux, des poissons et des reptiles, l’ornithorynque se présente comme un assemblage d’éléments disparates qui, une fois réunis, forment un tout harmonieux. Peut-on y voir une métaphore des personnages que vous aimez mettre en scène dans votre théâtre, ces êtres tout aussi composites, à la fois contradictoires et cohérents dans leur complexité ?

J’aime dire que j’écris du théâtre pour les gens qui ne vont pas au théâtre. Au nord du Nouveau-Brunswick, les gens ingénieux qui doivent trouver des solutions pour boucler leur fin de mois, c’est la classe sociale dont je suis issue et que je connais. Bien sûr, c’est un choix artistique et peut-être même politique que de décider de leur donner une voix.

Ornithorynques raconte l’histoire d’une famille un brin marginale, mais va bien au-delà de ce portrait : il s’agit surtout d’une plongée dans les connexions humaines et dans les émotions qui secouent et bouleversent le quotidien. En quoi le théâtre, en tant que médium, se révèle-t-il parti­culièrement adapté pour ce type d’exploration ?

Le théâtre, de ses origines, est quelque chose de sacré. C’est là où un individu sacrifie quelque chose en lui afin de permettre la catharsis chez le groupe. En ce sens, le théâtre est exactement le médium souhaité pour l’exploration des connexions humaines. La magie s’opère quand un acteur passe par les grandes émotions humaines devant nous, public.

L’oralité occupe une place importante dans votre écriture théâtrale. En effet, vos personnages dialoguent dans un savant mélange de français et d’anglais et utilisent une syntaxe qui, loin de chercher la perfection formelle, incarne l’authenticité de leurs vécus. En quoi cette approche contribue-t-elle à ancrer le texte dans un territoire précis, tout en offrant une voix et une visibilité à ceux et celles qui y habitent ?

Si j’allais parler au monde de chez nous, il fallait le faire dans la langue de chenous. Le français standard dont nous nous servons pour effectuer cet entretien n’existe pas vraiment dans un contexte quotidien. Pas dans la plupart des endroits. En fait, nous ne parlons pas LE français, mais plutôt UN des nombreux français d’Amérique. Ceux de nous qui prennent le crachoir doivent le faire de manière significative pour nous et pour les nôtres.

Vos pièces sont présentées partout au Canada, de Moncton à Carleton en passant par Québec et Montréal. Observez-vous une réception différente de votre travail selon les publics, qu’ils soient majoritairement francophones ou anglophones, et comment ces divers contextes linguistiques influencent-ils la perception de vos créations ?

Notre public a quand même été majoritairement francophone puisque le théâtre l’Escaouette de Moncton et le Théâtre À tour de rôle de Carleton-sur-Mer, qui ont coproduit le spectacle, sont des compagnies francophones pour des publics francophones. Cela dit, je sais que plusieurs anglophones ont assisté au spectacle et ils semblaient dire que le côté viscéral des émotions traverse la barrière de la langue.

©Photo : Jean-Mari Pitre

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