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Faisons un rêve ! Imaginons une seconde Le Cirque, de Chaplin (1928), story-boardé par le Douanier Rousseau, ou encore « Les Saltimbanques », d’Apollinaire (Alcools, 1913), enluminé par Frida Kahlo. On aura ainsi l’exacte impression de ce que nous transmet Sous les arbres, une prairie, court, si court texte d’Anne Serre tout entier voué à l’évocation d’un cirque, mais d’un élixir de cirque, tel qu’en dessina Fred (Le Petit Cirque, Dargaud, 1973), avec son cheval-clown et son homme-bombe. D’ailleurs, comment désigner cette précieuse pincée de pages : récit ? visions poétiques ? images ? Le tout a la pétulance chantante d’un naïf haïtien et la mélancolie d’une villanelle rustique.
On y suit les déambulations d’une troupe baladeuse qui prend, selon les heures, la forme d’une confrérie de silhouettes inouïes ou, « tous en scène ! », d’une pyramide humaine, un échafaudage de corps tremblants. On y fait la connaissance de Rutila Van Hoost, belle comme un violoncelle de chair palpitante, de Rebecca la jongleuse, de Grégoire l’acrobate, de Sandor. Chacun vrombit comme une toupie et va sur la route, dans les prés, en montagne, à la suite du chapiteau, dans les chambres d’hôtel, porteur de ses lourds mystères, affamé d’amour ou offert à la scène. A la dernière page, qui semble la première, le mirage s’évanouit, l’herbe de la prairie semble boire le sang des poètes. La fête est finie mais, telle une rivière engloutie, elle resurgira non loin.
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