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La Gringa : l’histoire d’adoption peu banale d’une Gatinoise vénézuélienne


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Adoptée dans un orphelinat de Montréal par un couple du Venezuela en 1969, Maria est revenue au Canada en 1995 pour s’installer à Gatineau avec mari et fils. Aujourd’hui, Marie-Sarah Bouchard s’inspire de la trajectoire « spéciale et unique » de sa belle-mère pour raconter La Gringa.

Marie-Sarah Bouchard savait depuis longtemps qu’elle écrirait un jour à propos de la mère de son conjoint, avec qui elle forme un couple depuis plus d’une dizaine d’années. L’élément déclencheur est cependant survenu il y a environ trois ans, lorsqu’elle est devenue maman.

Quand j’ai eu mon enfant, on dirait que ça m’est apparu plus urgent de devoir lui raconter l’histoire de sa grand-maman, mentionne l’autrice.

Maria, qui préfère ne pas utiliser son patronyme publiquement, ne s’était jusqu’alors jamais sentie à l’aise de se livrer à d’autres ou d’écrire elle-même son histoire. La confier à l’amoureuse de son fils aîné allait toutefois de soi. Les deux femmes partagent les mêmes valeurs et, surtout, Maria se sentait en confiance avec sa belle-fille.

De la Beauce à Caracas, en passant par Montréal

Dans son roman, Marie-Sarah Bouchard lève le voile sur un pan méconnu de l’adoption au Québec.

Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme

Née de parents beaucerons, Maria est venue au monde dans un orphelinat de Montréal, à une époque où les mères célibataires étaient peu encouragées à garder leur enfant, rappelle Marie-Sarah Bouchard. Pour les besoins du livre, cette dernière a d’ailleurs non seulement fouillé dans les archives de sa belle-mère, mais aussi dans celles de la crèche de la Miséricorde, pour échanger avec d’autres mères biologiques et d’autres enfants adoptés étant passés par le même orphelinat que Maria à la fin des années 1960.

Beaucoup de gens ignorent que des enfants québécois ont été donnés en adoption dans d’autres pays […]. En 1969, quand [Maria] est née, il y avait beaucoup de richesses au Venezuela, ce qui a permis à ses parents de venir l’adopter à Montréal.

Une citation de Marie-Sarah Bouchard, autrice de La Gringa

J’étais la princesse de mes parents et je pense que j’avais une vie privilégiée, confirme Maria, enfant unique du couple dont la famille élargie a elle aussi adopté la fillette comme l’une des leurs.

Elle a donc grandi dans un environnement prospère, mais aussi riche de culture et de possibilités. Dans l’un de ses albums d’enfance, les coupures de journaux soulignant ses anniversaires, avec des photos réunissant les nombreux invités et cadeaux à l’appui d’une année à l’autre, témoignent notamment du statut social de ses parents.

Ce statut explique aussi pourquoi, lorsque l’instabilité politique s’est installée au Venezuela, sa famille a été la cible de menaces et d’attaques. Au point où Maria, devenue à la mi-vingtaine une entrepreneure au sens des affaires aiguisé, a dû prendre la décision déchirante de quitter le pays avec son mari et son fils aîné.

Immigrante dans son pays natal

Deux femmes qui rient. Elles sont assises à une table sur laquelle se trouvent plusieurs photographies.

Les deux femmes ont passé plusieurs heures ensemble à éplucher les albums photos et autres livres souvenirs de l’enfance de Maria.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

S’installer à Gatineau, en 1995, signifiait toutefois repartir à zéro sur le plan professionnel pour Maria, qui a depuis intégré la fonction publique fédérale.

De plus, si elle avait été surnommée gringa (qui signifie étrangère, en espagnol) au Venezuela, entre autres à cause de son teint clair, la Québécoise de naissance était de nouveau considérée comme une étrangère, une immigrante, dans son pays natal.

Quand je suis arrivée, j’étais la Latine!, lance Maria dans son français joyeusement teinté d’un accent sud-américain. Mais je suis Canadienne! Avec une culture différente.

Une femme souriante qui pose assise sur une chaise dans un salon.

Bien que Maria ait vécu toute sa vie au Venezuela jusque-là, elle n’a pas eu accès aux programmes de francisation à son arrivée en Outaouais, puisqu’elle est native du Québec.

Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme

À son arrivée à Gatineau, par exemple, Maria parle couramment espagnol et anglais, mais très peu français. Elle se voit néanmoins refuser l’accès aux programmes de francisation offerts aux nouveaux arrivants, parce qu’elle est née au Québec. Sa réalité particulière d’enfant adoptée à l’étranger n’est pas reconnue.

Elle a donc dû payer pour apprendre le français. Et trouver un professeur privé pour l’aider quand est venu le temps – et les émotions – d’écrire une première carte à sa mère biologique.

Car pour Maria, s’établir en Outaouais représentait aussi l’occasion d’enfin assouvir l’un de ses plus grands désirs : retrouver celle qui lui avait donné naissance.

C’était clair dès le point de départ : je n’avais pas besoin d’une mère. J’avais besoin de savoir mon histoire, d’où je viens, pourquoi j’ai été donnée en adoption, pour mon processus de guérison, explique Maria. Elle a répondu à toutes mes questions et on a vraiment bâti une relation [d’amitié]. Ça a vraiment été pour moi un privilège de l’avoir rencontrée.

Un roman en héritage

Le livre « La Gringa » de Marie-Sarah Bouchard.

Tant pour Maria que pour Marie-Sarah Bouchard, « La Gringa » relève du devoir de mémoire familial.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Pour évoquer dans son roman les retrouvailles émouvantes des deux femmes et tous les autres souvenirs de sa belle-mère, Marie-Sarah Bouchard a souvent reçu de longs messages audio en espagnol en réponse à ses questions.

C’était le fun pour moi que tu le fasses en espagnol, parce que ça venait vraiment de ton cœur, sans te censurer, fait-elle valoir en souriant à sa belle-mère.

L’autrice a également eu accès à ses nombreuses photos de même qu’à des vidéos tournées à ces occasions. Elle a ainsi pu s’imprégner de l’époque, des lieux, des accents pour rendre compte du Venezuela où Maria a grandi. Des émotions palpables par-delà la barrière des langues, au moment où cette dernière a fait la rencontre de sa mère biologique, pour témoigner de leur première rencontre.

Ce roman s’avère bien plus qu’une preuve de leur confiance et de leur respect mutuels. Il relève d’un jalon familial pour l’une comme pour l’autre.

L’histoire des enfants adoptés, c’est un peu caché et ça m’a aidée beaucoup à guérir ce sentiment qu’on doit [rester] cachés, explique Maria.

Ça peut donner l’espoir à d’autres personnes. Il y a beaucoup de Québécois qui sont dans la même situation et j’espère qu’ils vont être libres comme moi de raconter leur histoire comme une victoire qu’on accepte notre passé et qui [redonne] la dignité.

Une citation de Maria, qui a inspiré le roman La Gringa

Pour Marie-Sarah Bouchard, La Gringa représente une manière de donner accès à son enfant au côté vénézuélien de son héritage, étant donné que la crise politique qui persiste là-bas les empêche d’être en contact direct avec la famille de Maria encore sur place.

C’était important pour moi et pour [Maria] aussi que ce roman-là existe pour qu’un jour, peut-être, il comprenne mieux ce côté-là de notre famille, conclut-elle.

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