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La révolte sans âge de La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette

 

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En 2015, Anaïs Barbeau-Lavalette publiait La femme qui fuit, l’histoire de sa propre quête pour connaître et comprendre Suzanne, sa grand-mère.

La révolte au féminin sous toutes ses formes s’enracine au cœur du récit choral qui nous ramène en 1948, alors que Suzanne s’érige tout près de Borduas, Gauvreau et Riopelle lorsqu’ils signent le Refus global.

Près de dix ans après la parution de son roman, l’épopée familiale de l’autrice prend vie sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) dans une adaptation théâtrale de Sarah Berthiaume et une mise en scène d’Alexia Bürger.

Fuir, encore aujourd’hui, en 2024? Pas nécessairement, mais évoquer la question partir ou rester, demeure une situation infiniment contemporaine. Il faut recontextualiser le départ dans l’époque et évidemment que les femmes ont moins les mains et les pieds liés de nos jours, mais la possibilité de quitter sa famille et se rattacher à des enjeux plus globaux, pour une femme, c’est encore critiqué, indique Anaïs Barbeau-Lavalette. Dès que tu deviens une maman, c’est encore plus difficile de ne pas être un parent présent; beaucoup plus que pour un papa.

Point d’ancrage primaire de l’ensemble des chemins empruntés par la plume de l’autrice, la révolte se dresse comme un tabou qu’elle souhaite voir s’enflammer. Galvanisée par un désir de mémoire, elle remet l’Histoire avec un grand H au centre de toutes les actions.

J’ai toujours trouvé qu’on nous racontait le Refus global et les enjeux de cette époque de manière tronquée et poussiéreuse. En général, je trouve qu’on n’est pas très bons pour se raconter nos histoires. L’espèce d’étouffement et la volonté de tout fracasser se rendent difficilement jusqu’à nous. Cette fougue-là est encore d’actualité et puis on peut l’associer à plein d’autres batailles actuelles.

Une citation de Anaïs Barbeau-Lavalette

D’abord présentée au Festival international de la littérature de Montréal (FIL), en tournée dans 25 villes du Québec en 2017 et 2018, La femme qui fuit a rapidement voulu sortir de ses pages et voir plus grand.

L’idée d’en faire une pièce de théâtre au TNM est née à ce moment-là, explique Anaïs Barbeau-Lavalette. Alexia Bürger, c’est une amie d’enfance, puis c’est devenu une metteure en scène que j’admire profondément. Sarah Berthiaume, on a travaillé ensemble aussi avant. Et Catherine De Léan, qui incarne mon personnage, c’est comme ma sœur, on se connaît depuis qu’on a treize ans. Elle porte ma voix en ayant déjà rencontré tout le monde dont elle parle. Le dessin de cette pièce, intimement et émotivement, il est parfait.

La revalorisation de l’audace

La transposition d’une aventure comme celle d’Anaïs et de sa grand-mère Suzanne est un geste quasi normal lorsqu’on constate l’ampleur du message littéraire et historique de La femme qui fuit.

Sur scène, certaines dimensions du livre, en s’incarnant, se décuplent et grandissent comme si on leur donnait quelques outils pour résonner plus fort. C’est vraiment intéressant comme question : ce qu’il y a de plus grand au théâtre en comparaison au livre et je pense que je peux y répondre en un mot en disant « audace », lance l’autrice.

Dans la transformation de son texte qu’elle a suivie de près avec ses complices Sarah Berthiaume et Alexia Bürger, elle s’est assurée que l’on ressente de manière encore plus vive le pied de nez généralisé et la force des idées qui ébranlent.

Comment être à la hauteur de l’audace des automatistes aujourd’hui ? Par exemple, les automatistes n’auraient jamais joué dans un théâtre institutionnel comme le TNM. C’est comme si le TNM c’était le musée des beaux-arts dans lequel ils n’étaient pas acceptés. C’est une bonne façon, déjà, de retranscrire l’audace, la fougue et l’espèce de finger des automatistes envers les institutions.

Dans le récit théâtral de La femme qui fuit, les créatrices ont bien sûr dû faire des choix, notamment parce que la pièce se porte habilement en une heure et demie bien comptée.

Le fil conducteur demeure le même : Suzanne Meloche. C’est donc l’histoire de la fille qui poursuit la femme qui fuit. On a aussi décidé de garder la narration du roman. Les mots de la pièce sont ceux du livre, je dirais à 90 %. C’est très difficile de faire jaser Borduas et Barbeau. L’idée, ce n’est pas de les garder sur un piédestal, mais j’ai quand même l’impression que la proposition conserve le sacré quelque part. On n’a pas le sentiment de les entendre parler autour de la machine à café dans un téléroman.

Une citation de Anaïs Barbeau-Lavalette

Un chœur d’une vingtaine d’acteurs et d’actrices se partage plusieurs personnages, puis certains personnages, comme Suzanne, s’incarnent dans la peau de plus d’un acteur. On traverse une vie en peu de temps donc, il y a évidemment des pans de la vie de Suzanne qui sont laissés de côté, rapporte l’autrice. Sarah et Alexia ont essayé d’équilibrer le rythme pour qu’on ne se sente pas juste complètement essoufflés. C’est correct d’être essoufflé par cette fuite, mais il ne faut pas que la matière nous échappe.

Catherine De Léan pose avec un veston posé sur sa tête.

La comédienne Catherine De Léan

Photo : Théâtre du Nouveau Monde

Catherine De Léan, comme alter ego d’Anaïs Barbeau-Lavalette, personnifie celle-ci, mais s’exclut de l’action.

C’est comme si c’était une lectrice habitée qui regarde l’action d’un point de vue extérieur, relate-t-elle. Je sais que Catherine s’est posé des questions : est-ce que je suis habitée par la colère, est-ce que je suis habitée par l’amour? Ce sont de très bonnes questions et je me suis posé les mêmes questions en écrivant. C’est quoi mon moteur? Je la poursuis parce que je lui en veux ou je la poursuis parce que je suis en train de commencer à l’aimer?

Recoller la mémoire

Pour Anaïs Barbeau-Lavalette, au bout du compte, en quittant la salle du TNM, ce qui devrait habiter les spectateurs et spectatrices, c’est la réparation de la mémoire. Je pense qu’on a plein de choses à aller recueillir de cette pièce-là par rapport à notre mémoire collective : le Québec d’avant qui résonne avec celui d’aujourd’hui, dit-elle.

L’empreinte finale est néanmoins plus intime que collective et se dépose tout près d’un sentiment de liberté tenu pour acquis et pourtant largement intangible. Qu’est-ce que c’est, être libre aujourd’hui, questionne l’autrice. C’est vraiment comme ça que le roman se termine aussi. Puis je pense que c’est une question vraiment d’actualité, pas juste pour les femmes, particulièrement pour elles, mais il faut se la poser avec les hommes.

Qui inventera la suite et comment vont-ils s’y prendre? Que reste-t-il des révoltes et comment respirer encore au rythme de celles-ci? Toutes ces questions sont valides et elles partent toutes de la fuite, du départ et de l’abandon, conclut Anaïs Barbeau-Lavalette.

Suzanne, c’est comme si elle n’avait pas le choix de se plonger dans quelque chose qui la dépasse, qui la bouleverse complètement pour justifier son départ. Comment on fait pour être complètement souverains individuellement, au niveau de nos rêves, au niveau de nos aspirations, tout en prenant soin de ceux qu’on aime autour? Ça reste un désir de comprendre : comment faire pour cultiver des racines et des ailes, c’est vraiment ça.

La femme qui fuit est présentée au TNM jusqu’au 1  octobre.

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