Tout lire sur: Revue Les Libraires
Source du texte: Lecture
CONTENU PARTENAIRE
Qu’ont en commun la piraterie, un jeune agoraphobe et un système capable de comptabiliser chaque action polluante? À première vue, pas grand-chose. Et pourtant, entre les mains de Mathieu Muir, ces éléments s’imbriquent dans un univers plausible et inquiétant. Dans Pirates Carbone, son plus récent roman publié chez La Bagnole, l’auteur propose une dystopie écologique palpitante où l’imaginaire devient un tremplin pour penser notre monde.
Des territoires d’enfance à la trilogie de l’Expansion
Si Muir est passionné par les futurs possibles, son amour pour l’imaginaire remonte à l’enfance. Il se souvient encore du choc de sa lecture de Jurassic Park au début du secondaire. « C’était brillant. Un zoo de dinosaures, mais crédible. J’aurais voulu avoir cette idée! », se souvient-il.
Ce goût pour la science-fiction ancrée dans le réel l’a mené vers des auteurs comme Isaac Asimov, et, plus récemment, vers sa propre trilogie Le cycle de l’Expansion, publiée aux Éditions David.
Le troisième tome de cette saga, Les erreurs de l’Expansion, est paru en mars dernier. Mathieu, dont le plus grand rêve est de voyager dans le temps, nous y transporte dans une fresque futuriste où il prolonge une réflexion, entamée avec les deux tomes précédents, sur la conquête spatiale, l’éthique scientifique, et les dérives du pouvoir. Les lecteurs et lectrices n’y trouveront pas de vaisseaux criards ni d’androïdes froids, mais des êtres traversés de doutes, d’ambitions, de rêves trop grands pour leur époque.
Imaginer, c’est rêver au possible
Lorsqu’on lui demande ce que signifie « avoir de l’imagination », Mathieu Muir répond sans hésiter : « C’est partir d’éléments crédibles, et changer juste ce qu’il faut pour faire rêver. » Contrairement à une science-fiction peuplée de créatures exotiques et de planètes lointaines, ses récits misent sur une projection réaliste du futur, ancrée dans notre quotidien. Il n’invente pas des civilisations entières, mais transforme subtilement les lois, les normes, les technologies ou les environnements connus pour en révéler les dérives possibles.
Cet imaginaire enraciné dans le réel, dans lequel on retrouve des adolescents et adolescentes aux dilemmes familiers, est profondément humain. « Même si on est dans le futur, je pense qu’on reconnaît les gens, leurs relations, leurs contradictions », souligne-t-il.
L’imaginaire comme miroir de notre monde
Pour Mathieu Muir, c’est dans la reconnaissance de nos propres paradoxes que l’imagination devient fertile. « J’écris de la science-fiction réaliste, dit-il. Que l’action se passe dans quinze ou dans deux cents ans, les comportements humains, eux, ne changent pas tant. On reste confronté·es à nos limites, à nos émotions, à nos relations. On regarde le monde autrement, et en même temps, on s’y retrouve. »
C’est d’ailleurs l’un de ses objectifs en tant qu’auteur jeunesse : offrir aux jeunes lecteurs et lectrices des histoires qui les touchent, tout en éveillant leur curiosité pour des enjeux complexes comme le climat, les inégalités sociales ou l’éthique technologique.
Pirates Carbone : entre aventure et conscience
Pirates Carbone met en scène Liam, un jeune homme pris dans un système de quotas carbone individuels. Chaque citoyen et citoyenne est limité·e dans ses émissions de gaz à effet de serre. Se déplacer, manger, prendre une douche; tout est comptabilisé. Quand Liam dépasse son quota, il doit faire des choix impossibles et glisse lentement dans l’illégalité. Il devient alors pirate et prend goût à l’adrénaline que lui procure le vol de crédits carbone.
L’intrigue haletante dissimule une réflexion fouillée sur la justice climatique. « J’ai travaillé pendant plus de quinze ans en ingénierie sur les questions de décarbonation, explique Muir. Je voulais transposer cette expertise dans un roman accessible. » Avec pour résultat une fiction captivante où l’on apprend presque sans s’en rendre compte quinze sources d’émissions de GES.
Mais ce qui rend cette œuvre si prenante, c’est aussi la finesse psychologique de son protagoniste. Liam, comme on l’est souvent à son âge, est insouciant, naïf, parfois impulsif. « C’est un personnage typiquement adolescent, explique l’auteur. Il se laisse embarquer dans quelque chose qu’il ne maîtrise pas, et il tente de composer avec ses limites. »
L’imaginaire, terrain fertile pour les jeunes
Mathieu Muir croit au pouvoir de la fiction pour outiller les jeunes face à l’avenir. Pas pour leur dicter une seule voie, mais pour leur offrir une fourchette de possibilités. Ses récits proposent donc des scénarios alternatifs, des chemins à explorer. « Je ne voulais pas écrire un manuel, mais un thriller, quelque chose qui se lit avec envie, dit-il. Et si en terminant le roman, on a compris comment fonctionne un marché du carbone ou pourquoi certaines personnes sont exclues du système, alors tant mieux. »
Et ça fonctionne : plusieurs lecteurs et lectrices de Pirates Carbone ont écrit à l’auteur pour lui dire qu’iels avaient, après leur lecture, calculé leur propre empreinte carbone. « On ne changera pas le monde du jour au lendemain, mais on peut éveiller la curiosité », indique l’auteur.
Article tiré du magazine
CJ, qu’est-ce qu’on lit?
Édition la plus récente
Le numéro automne 2025
« Le plaisir de lire… aux frontières de l’imaginaire! »
Ce contenu vous est offert grâce à notre
partenariat avec Communication-Jeunesse.
Depuis 1971, cet organisme à but non lucratif
pancanadien se donne le mandat de promouvoir
le plaisir de lire chez les jeunes et de faire
rayonner la littérature jeunesse québécoise
et franco-canadienne.





