Chaque geste de cette matinée lui était pénible. Avait-il tant bu de ce petit vin chaud, ou était-ce cette vodka de lait qu’il s’était enfilée contre le froid des steppes mongoliennes ? Faire le tour du monde en s’offrant l’ardoise aléatoire d’alcools locaux lui était désormais banal et voilà : il en perdait le compte.
La décharge de l’adrénaline, qui l’avait maintenu éveillé pendant 48 heures, y était sûrement aussi pour quelque chose. Sans compter le stress du décalage horaire. Et puis, était-ce possible de traverser ce monde sans ressentir un malaise proche de la désillusion ? Malgré tout, il trouva la force de rapailler le matériel nécessaire à son rituel.
Chaque année, le 26 décembre, le père Noël se rasait. L’entretien de sa toison lui était pénible. Tout s’y enfouissait, générant noeuds, odeurs nauséabondes et démangeaisons. Par obligation, il la nettoyait, la brossait et l’hydratait, mais la perspective de pouvoir se soustraire à cette routine lui était douce.
Saisissant le rasoir comme l’arme d’une vengeance depuis longtemps entretenue, il attaqua sa touffe. Les poils tombaient en grappe, dépeuplant son visage. Après deux heures d’un travail entrecoupé de gorgées de porto, il fut à nouveau éméché, mais surtout, frais rasé. Il redécouvrait un homme oublié, un visage duquel il se sentait étranger. D’un trait, il déculotta la bouteille, puis regagna son lit.
Habituellement, il suffisait d’une semaine pour que les arêtes de sa mâchoire, la fossette de son menton et les rondeurs de ses joues soient recouvertes d’une barbe naissante. Son visage lui semblait alors
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