Source : Le Devoir
Quel rapport entre la romancière Anne Hébert et le hockey ? Entre la création du Monopoly et l’éloge de la paysannerie par la bourgeoisie urbaine de l’après-guerre ? Pour le savoir, il faut lire le dernier ouvrage éclaté et riche en raisonnements de Jean-François Nadeau, Les têtes réduites, qui paraît ces jours-ci en librairie. Le journaliste du Devoir y explore les multiples paradoxes qui constituent la distinction sociale au Québec, notamment à partir du duplessisme, période marquée par la « Grande Noirceur ».
Très tôt, Jean-François Nadeau est témoin d’une distinction sociale explicite, qui va le marquer durablement. Il narre dans les pages de son essai sa rencontre à Paris, au début de sa carrière, avec la grande Anne Hébert. La figure majeure de la littérature québécoise du XXe siècle n’a pas très envie de s’entretenir avec ce jeune journaliste de 23 ans. « Elle ne collaborait pas. La chimie entre nous deux n’opérait pas du tout, et je commençais à paniquer sérieusement », raconte-t-il en entrevue.
De fil en aiguille, la discussion réussit toutefois à s’animer, au grand bonheur de Nadeau, jusqu’au moment où le thème du hockey entre en jeu à travers les louanges que l’écrivaine fait de René Lecavalier, le commentateur sportif emblématique de La soirée du hockey, diffusée à la télévision de Radio-Canada de 1952 à 2004.
« L’écrivaine, qui vit alors à Paris depuis le début des années cinquante, ne s’intéresse pas du tout au hockey, auquel elle ne connaît rien », lance Jean-François Nadeau. « Au fond, elle avait découvert, de la même façon que la société de
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