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«Le garçon à la lavande»: vous revoir dans le pays des rêves

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Le garçon à la lavande, premier roman de l’auteur bulgare Burhan Kerim, traduit par Marie Vrinat, tissé avec patience et délicatesse, mêle traditions, aventure quotidienne de l’enfance, poésie persane et pouvoir des rêves. En résulte une fresque familiale touchante qui décrit le microcosme d’une culture minoritaire fascinante, les Turcs de Bulgarie.

L’histoire commence par une sorte de prologue : Hava, une petite fille, se fait raconter la vie des prophètes par sa grand-mère, quelque part dans un village de ce qui fut jusqu’à tout récemment l’Empire ottoman. En vieillissant, Hava trouve l’amour, se marie et devient elle-même grand-mère, puis arrière-grand-mère. Son arrière-petit-fils, Youssouf, est le personnage principal et le fil conducteur de cette fresque familiale colorée où il ne se passe pas grand-chose et tant à la fois. Un aïeul qui a fait le tour du monde à pied en un an. Un grand-oncle bricoleur qui crée toutes sortes d’inventions. Une mère qui a été enlevée et qui a traversé la frontière pour être mariée et intégrée à la famille. Une voyante que tout le village consulte pour obtenir des réponses. Sans tous ces mots turcs gardés dans le texte et adaptés au français par la traduction (et qui ajoutent grandement à l’expérience), on pourrait presque se croire aux abords de Macondo. Ici, ce qu’on appelle ailleurs réalisme magique est tout simplement le folklore turco-slave, avec une touche de mysticisme religieux.

Parfum d’insouciance

Dans ce village où résident des Turcs qui n’ont pas immigré après la chute de l’empire, on cultive la lavande. C’est en s’assoupissant dans une pile de cette fleur odorante que Youssouf hérite du surnom qui donne son titre au roman. Une fois arrivé à l’âge adulte, Youssouf repense à ses souvenirs d’enfance au village : dévorer les livres de la bibliothèque, espionner celle qu’il aime en secret avec un télescope, voir en rêve les esprits du passé, se faire raconter, à son tour, la vie des prophètes. Trainer avec les copains qu’on perdra de vue un jour. Tout noter dans un calepin et apprendre à devenir, par ce procédé, un artiste. Vivre les petits et les grands drames des jeunes années. Avec un doigté surprenant, Kerim transmet la nostalgie autant de l’insouciance de l’enfance que d’un monde en voie de disparition. C’est un joli tour de force de le faire avec clairvoyance et en portant un discours engagé.

La traductrice offre un bon travail, sans être excellent, pour cet imposant mandat de transposer en français la langue bulgare, truffée de plusieurs expressions turques et de poésie persane. En début d’ouvrage, le rythme tarde un peu à s’installer et on accroche à quelques formulations hésitantes.

On en sait peu sur Burhan Kerim, le jeune auteur de tout juste 30 ans qui signe ce lumineux roman. Ça n’aide pas que la majorité de ce qui est publié à son propos en ligne soit en alphabet cyrillique. Mais qu’importe, le Québec vous adopte. On en reprendra un autre service !

[...] continuer la lecture sur Le Devoir.

Dans cet article

Titre: Le garçon à la lavande

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