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«Le printemps en novembre» : Carl Leblanc, le roman d’un pays rêvé

Source : Le Devoir

Trente ans après avoir filmé Jour de référendum, le documentariste et romancier Carl Leblanc revient avec Le printemps en novembre, une fiction où s’entrelacent les élans d’un amour inavoué et ceux d’un peuple en quête de souveraineté. Dans ce roman à la fois intime et politique, l’auteur de Rétroviseur ravive la mémoire d’un Québec incandescent, celui du 15 novembre 1976, soir de victoire et de promesse inachevée.

« Je me suis retrouvé un jour devant des archives de cette soirée-là », raconte en entrevue téléphonique Carl Leblanc. « J’ai été soufflé par la ferveur que j’avais sous les yeux. » Trop jeune pour avoir été acteur de l’élection du Parti québécois, mais assez vieux pour en avoir gardé le souvenir d’un séisme, l’écrivain a voulu raviver ce moment unique où le Québec a cru, l’espace d’une nuit, que tout devenait possible.

Ce 15 novembre 1976, le Québec entre dans l’histoire lorsque le Parti québécois, jeune formation indépendantiste menée par René Lévesque, accède au pouvoir. L’euphorie est immense. Pour la première fois, un mouvement né du rêve d’un pays francophone autonome prend les rênes de la province. Cette ferveur populaire, à la fois politique et émotionnelle, devient chez Carl Leblanc le cœur battant de son roman, l’énergie d’un peuple en éveil et, en arrière-plan, le moteur secret d’un amour qui n’a jamais abouti.

« L’élan indépendantiste de l’époque dépasse la sphère politique. J’y vois un moment d’exception dans l’histoire du Québec, une lutte inscrite dans un ordre presque écologique, celui de la survie de la francophonie en Amérique. » Selon Carl Leblanc, ce fut l’instant rare où un peuple habitué à la survie matérielle s’est permis de « rêver d’un pays » et d’y croire.

Trente ans plus tard, en 2006, Étienne Vallières, professeur de science politique dans la mi-quarantaine et homme un peu désabusé, assiste à la projection d’un documentaire retraçant cette élection fondatrice du Parti québécois. Dans la salle obscure, il revoit ce soir de ferveur collective et aperçoit surtout Julianne Caissy, l’amour perdu de sa jeunesse. C’est là que s’ancre le roman de Carl Leblanc, entre la passion politique et l’émotion intime, où Le printemps en novembre déploie la trame mélancolique d’un double désenchantement, ni pays ni amour.

Né en Gaspésie et diplômé en philosophie, Carl Leblanc est un cinéaste aguerri — une vingtaine de documentaires à son actif — et un écrivain singulier, exigeant, que l’on a découvert avec Artéfact (finaliste du Prix des collégiens 2013) et Fruits (prix Jovette-Bernier 2014). Dans Rétroviseur (2022), il s’interrogeait déjà sur le passé pour mieux comprendre la mémoire collective.

« Je crois que c’est dans la nature du travail littéraire de dire ce qui n’est plus, de témoigner d’un monde disparu », explique-t-il au bout du fil. Le printemps en novembre est à la fois un roman d’époque et un roman de survivance, « un texte sur les braises qui ne s’éteignent pas, même quand le feu politique s’est dissipé ».

Étienne Vallières incarne cette génération qui a cru à la promesse d’un pays. « Vieillir, c’est s’émousser, puis tenter de refuser de s’émousser », lâche Leblanc. Pour l’auteur, son personnage « porte cette désillusion qui a parcouru ma génération : celle d’avoir cru, puis d’avoir eu honte d’avoir cru. Mais vivre sans rêve, c’est presque inhumain. »

À travers le personnage principal du livre, c’est tout un pan d’une nation qui défile, celui des lendemains de la Révolution tranquille, de l’idéalisme blessé, des conversations au bord de la mer et des drapeaux qu’on ne hisse plus. « Le roman parle d’un pays qui s’est endormi. À partir du moment où tu mets toutes tes billes dans le même sac, à savoir que ton rêve, c’est celui d’un pays, et que ce pays n’existe plus, il y a presque quelque chose de dépressif qui peut suivre », confie-t-il.

Du grand rêve aux petits désirs

L’auteur voit dans son roman le reflet d’une génération qui, après l’échec du grand projet collectif, s’est réfugiée dans la vie matérielle. « Attention, je ne dis pas ça avec mépris », précise-t-il. « Mais beaucoup se sont dit : on va passer à autre chose, on va s’assurer d’une maison secondaire, d’une cave à vin, de quelques voyages dans le Sud. Le grand rêve s’est fragmenté en petits désirs. »

Pour Leblanc, Le printemps en novembre raconte cette transition silencieuse, ce passage d’un idéal commun à une somme d’accomplissements individuels. « Il y a eu un éclatement du rêve, mais aussi une continuité des émotions. Certains l’ont enfoui, d’autres l’ont ravivé. » En filigrane, son roman cherche moins à juger qu’à témoigner. « La littérature, dit-il, c’est un rappel du singulier à travers la grande roue de l’Histoire, pour reprendre les mots d’Alexandre Soljenitsyne.

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Titre: Le printemps en novembre

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