Image

Le roman du mois : Dans l’ordre des choses, de Danièle Belley

Tout lire sur: L'actualité culture

Source du texte: Lecture

L’histoire

Dans l’ordre des choses raconte moins une histoire qu’une trajectoire. Dans un tourbillon narratif où le quotidien est observé à la loupe, une certaine Danièle réfléchit à l’alignement des astres qui l’a menée en banlieue — et, tiens donc, à l’écriture. Entre deux séances de pliage de linge et de méditation sur la sociologie du gazon, la narratrice revient sur des épisodes de sa jeunesse et sur ce qu’implique le fait de vieillir, de changer, de choisir. Et si le banal était, lui aussi, tendre et lumineux ?

(Les Éditions de Ta Mère, 256 p.)

3 bonnes raisons de lire Dans l’ordre des choses, de Danièle Belley

Un chapitre suffit pour cadrer le personnage de Danièle. Volubile et directe, parfois un peu « baveuse » même si elle ne quitte jamais ses habits de philosophe, la narratrice écrit pour exister. Le lecteur est aux premières loges de ses obsessions et des débordements de sa pensée, qui tissent des liens souvent inusités — comme cette analogie entre sa vie et l’envol jamais accompli d’un poulet. D’un fragment à l’autre, sa voix éclôt et son propos s’affermit, si bien qu’on s’attache à son soliloque.

Dans ce genre de récit où la parole est la porte d’entrée vers l’intériorité de la personne qui narre, le soin porté à l’écriture est central. Pensons au récent Un roman au four, de Marie-Sissi Labrèche, qui laissait couler son discours presque sans ponctuation. Ici, Danièle adopte une langue joueuse qui racle le fond de sa pensée. Ses images crues sont de petites claques bien tournées, à la chute calculée. On est dans un interstice très précis, entre humour et sérieux, mesure et démesure. Cela donne ce type de perle : « Même ma mère et ma belle-mère s’entendent dans leur silence pour l’admettre : Danièle, elle plie en crisse. »

Le roman, kaléidoscopique, pose plus de questions qu’il n’offre de réponses — et c’est une grande qualité. Il faut se laisser porter par les chapitres en apparence sans lien entre eux, mais qui dessinent au contraire un solide portrait d’ensemble. La vie de Danièle est son livre. En revisitant les brisures et les petites tragédies de son passé à travers le filtre calme de sa vie de banlieue absolument banale, elle constate que renaître est le propre de l’existence. Il se passe finalement quelque chose parce qu’elle prend la parole.

Palmarès des livres au Québec