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L’histoire
Passages est un livre dans un livre. Il est composé de trois manuscrits qu’un relieur parisien — un certain… Landragin — a assemblés, puis publiés sous le titre Le livre des passages après la mort soudaine de leur propriétaire, la Baronne, une collectionneuse de livres anciens. Cette somme de trois histoires, qu’un narrateur présente avec circonspection au lecteur, propose une intrigue complexe où s’entrecroisent des personnages à la fois réels et fictifs, néanmoins tous reliés par un même phénomène : le passage, un transfert d’âmes.
(Traduction de Caroline Nicolas, Alto, 400 p.)
3 bonnes raisons de lire… Passages, d’Alex Landragin
La réalité et la fiction se côtoient de si près dans Passages qu’il est possible — et c’est voulu — de s’y perdre. L’auteur fabrique une pâte bien à lui avec des faits historiques et des éléments sortis de son imagination, ce qui brouille le rapport du lecteur avec le réel. Le texte mêle ainsi, avec audace et virtuosité, la trajectoire des dénommés Charles Baudelaire et Walter Benjamin à une histoire de transfert d’âmes qui a débuté lors du passage d’un navire français sur une île du Pacifique, à la fin du XVIIIe siècle. Entre fiction historique, récit d’aventures et réalisme magique, il n’y a qu’un pas.
Ce qui fait aussi tout l’intérêt de Passages, c’est qu’il offre deux lectures. On peut lire le roman de façon habituelle ou suivre l’ordre de la Baronne, qui divise le livre en 20 chapitres déjà définis. L’histoire se déploie différemment selon l’ordre choisi, mais l’ampleur du récit est la même : ses incroyables ramifications sont dévoilées graduellement, à la manière d’un suspense. Ce tour de force littéraire propose au lecteur un jeu de piste captivant où sa mémoire est mise à l’épreuve.
Le roman est fondé sur le concept de passage, un processus qui permet à une personne exercée de passer de son corps à celui de quelqu’un d’autre au moyen du regard. Alula, la jeune narratrice polynésienne du troisième et dernier manuscrit du Livre des passages, fera six passages au cours du roman et connaîtra donc autant de corps, qu’ils soient d’hommes ou de femmes. Cette alternance entre les points de vue ouvre d’intéressantes pistes d’analyse et pose des questions vibrantes sur l’identité, les rapports de pouvoir, la mémoire et la colonisation.
Cet article a été publié dans le numéro de septembre 2025 de L’actualité, sous le titre « 3 bonnes raisons de lire Passages, d’Alex Landragin ».





