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Léa Clermont-Dion | Il faut qu’on parle de violences sexuelles

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Cela s’intitule Salut, ça va ?, mais le dernier essai de Léa Clermont-Dion aurait tout aussi bien pu s’appeler : « ça va pas ». Or, parce qu’elle croit à la prévention, et à l’importance fondamentale de l’éducation, l’autrice lance ici, dans ce cinquième titre à son actif, un vibrant appel à la conversation.


Publié à 1h28

Mis à jour à 9h00

« Si je t’écris aujourd’hui, c’est dans l’espoir d’établir un dialogue », commence-t-elle, dans ce nouvel ouvrage en librairie la semaine prochaine, au ton direct, engagé, et volontairement engageant. Le public visé : les adolescents et les jeunes adultes.

Au menu : des définitions, des faits et des mises en situation, ainsi que plusieurs témoignages bouleversants, sans oublier quelques poèmes, dans un texte essentiellement pédagogique qui ne manque pas de ressenti.

Après Porter plainte, où elle se réappropriait son propre récit, en revenant sur son agression, Léa Clermont-Dion est ici en mission de sensibilisation. D’où le changement de registre. « En fait, ça ne va pas vraiment, poursuit le texte. Au Canada, une femme sur trois sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. Un homme sur onze. […] On doit s’éduquer pour grandir. »

Éduquer pour comprendre, bien sûr, mais surtout pour renverser la vapeur. La documentariste (Je vous salue salope, Janette et moi, etc.) et docteure en science politique, également directrice d’On s’écoute, une campagne de prévention des violences sexuelles en enseignement secondaire, ne s’en cache pas.

C’est un livre pour les jeunes, particulièrement les jeunes gars. J’ai eu l’impression, pendant longtemps, de ne parler qu’aux filles. C’est peut-être innocent de ma part, mais j’avais envie de leur tendre la main.

Léa Clermont-Dion, autrice

S’adresser à un public non conquis

Tendre la main pour entamer ce dialogue « sans amertume », prend-elle soin de souligner. Comment ? Avec des faits – elle revient abondamment sur les révélations qui ont éclaboussé Hockey Canada –, mais aussi plusieurs définitions ici et là (le féminisme, la masculinité toxique, la culture du viol). Léa Clermont-Dion relate aussi son histoire à elle, sans filtre, mais avec les mots les plus concrets qui soient. « En août 2008, mon patron a tenté de me doigter au coin d’une rue, tard le soir, alors que j’ai dit non », écrit-elle. Elle avait 17 ans. Elle a finalement porté plainte en 2017. Le verdict de culpabilité, porté en appel, a finalement été confirmé le mois dernier.

À noter que Salut, ça va ? a été écrit alors que la cause était encore en appel. « C’était assez spécial », confirme la principale intéressée, sans jamais nommer son agresseur (son ancien patron : Michel Venne), ni dans le texte ni davantage en personne. « C’est mon histoire, justifie-t-elle. Je me sens inconfortable de mettre son nom. » Quant au verdict : « si j’avais perdu, j’aurais abandonné, laisse-t-elle tomber. C’est trop, beaucoup trop long. C’est un grand soulagement, mais sept ans de processus judiciaire ? […] C’est triste, mais je comprends les gens qui ne veulent pas porter plainte dans ce contexte… »

N’empêche que revenir sur son passé allait de soi, poursuit-elle. « C’est la raison pour laquelle je suis là. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Léa Clermont-Dion, autrice

Cela prend de l’énergie, écrire un livre. Si je me rends là, c’est parce que j’ai été touchée personnellement. Plus on en parle, plus on peut changer les choses !

Léa Clermont-Dion, autrice

Si elle maîtrise et vulgarise si bien son sujet, c’est aussi parce que Léa Clermont-Dion a donné divers ateliers, notamment auprès des joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Elle rapporte dans le livre presque mot pour mot ses présentations. « Ce qui marche, ce sont les situations concrètes », dit-elle, après avoir expliqué aux 400 joueurs en différentes séances virtuelles le b.a.-ba du consentement. Un exemple parlant : « je vais vous le dire crûment : […] si la fille ne veut pas te sucer, ben tu la forces pas. »

« Ça a été un challenge ! reprend-elle. Mais j’aime ça parler à un public non conquis. […] Il faut dire les choses concrètement : si la fille ne veut pas, tu ne la forces pas, point à la ligne. Il faut aussi défaire des schèmes. Non, si la fille dénonce, ce n’est pas une folle ou une hystérique. Et il ne faut pas non plus prétendre que tous les gars sont des prédateurs. »

Le dernier chapitre du livre propose en ce sens une série de modèles masculins positifs, plutôt inspirants, avec Jay Du Temple, une conversation entre l’autrice féministe Florence-Agathe Dubé-Moreau et son conjoint, Laurent Duvernay-Tardif, en plus d’une entrevue avec le rappeur féministe Rymz, entre autres.

Rare angle mort ici : la pornographie. « C’est à faire, concède l’autrice. Je vais peut-être laisser ça à d’autres. Je suis fatiguée… » Fatiguée certes, mais pas exactement résignée. Léa Clermont-Dion se dit au contraire « pleine d’espoir ». « Je vois des changements de comportements avec la jeune génération, dit celle qui est en prime chargée de cours à l’UQAM. Le dialogue se passe dans la rencontre, conclut-elle. Sinon, on va dans un mur. »

En librairie le 17 septembre

Salut, ça va ? Dialoguer pour prévenir les violences sexuelles

Salut, ça va ? Dialoguer pour prévenir les violences sexuelles

Léa Clermont-Dion

Cardinal

180 pages

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Titre: Léa Clermont-Dion

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