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Homme de lettres, mais aussi réalisateur d’émissions culturelles à la radio de Radio-Canada, le Québécois Fernand Ouellette est décédé mardi des suites d’un cancer. Cofondateur de la revue de littérature et de politique Liberté, il était âgé de 95 ans.
Fernand Ouellette laisse trois romans – Tu regardais intensément Geneviève (1978), La mort vive (1980) et Lucie ou un midi en novembre (1985) – mais aussi une vaste œuvre essayiste, notamment théologique, avec Je serai l’Amour : trajets avec Thérèse de Lisieux (1996), et poétique.
Ce Montréalais a notamment publié le recueil Les heures (1987) et son œuvre en trois tomes L’inoubliable il y a une vingtaine d’années.
On lui doit aussi l’essai autobiographique Journal dénoué (1974) et une biographie du compositeur français Edgard Varèse.
Grand esthète et mélomane, Fernand Ouellette a aussi été critique d’art et de musique.
Sortir le Québec de son ignorance et de son carcan idéologique
Son œuvre est monumentale et intemporelle, c’est l’un des écrivains les importants de l’histoire littéraire du Québec
, souligne Denise Brassard, professeure au Département d’études littéraires de l’UQAM. Ayant consacré sa thèse doctorale à Fernand Ouellette, elle le considérait comme un ami et un père spirituel.
Il avait profondément confiance en la nécessité de sortir le Québec de son ignorance et de son carcan idéologique, d’ouvrir le Québec sur la grande culture, ajoute-t-elle. Il ne le faisait pas en moraliste, mais en véritable amoureux de l’art et avec la conviction que c’était quelque chose d’accessible, même pour lui qui venait d’une famille modeste.
Le rapport que Fernand Ouellette entretenait avec la littérature, et plus largement à la culture, était à la fois marqué par son exigence intellectuelle et sa candeur.
En 1959, Fernand Ouellette a cofondé la revue culturelle Liberté, créée à l’initiative du poète Jean-Guy Pilon. Ce média se voulant une agora intellectuelle existe toujours.
Il a aussi été membre de la Commission Rioux sur l’enseignement des arts au Québec, en 1969, et l’un des fondateurs de l’événement annuel Rencontre québécoise internationale des écrivains, en 1972.
Il n’est pas le seul, mais il a apporté à la littérature québécoise cette ouverture fraternelle à la culture européenne
, indique Denise Brassard.
Il y avait, chez lui comme chez ses collègues de l’Hexagone, un souci de décloisonnement dans le rapport à la grande littérature, à la grande pensée, à la grande culture, qui les rendait conviviales et tangibles pour de jeunes Québécois issus de milieux populaires, qui leur donnait une proximité avec cette culture. Et c’était une source d’émancipation pour cette génération
, poursuit-elle.
De 1960 à 1991, Fernand Ouellette a travaillé comme réalisateur pour des émissions culturelles pour la radio de Radio-Canada, telles que Des livres et des hommes. Cette période, bénie à ses yeux, lui a permis de partir en Europe rencontrer de grands intellectuels, comme le poète et romancier français Pierre Jean Jouve.
De nombreux prix
En 1970, Fernand Ouellette a remporté le Prix du Gouverneur général pour Les actes retrouvés, mais il avait refusé cet honneur pour dénoncer les arrestations d’artistes, dont ses amis Gaston Miron et Gérald Godin, en raison de la Loi sur les mesures de guerre imposée par le gouvernement fédéral en pleine crise d’Octobre.
Par la suite, il a gagné deux fois ce prix : en 1985, pour Lucie ou un midi en novembre; puis en 1987, pour Les Heures.
Au cours de sa vie, Fernand Ouellette a aussi reçu le Prix Athanase David en 1987 et il a été fait chevalier puis officier de l’Ordre national du Québec.






