Dix ans après son ouverture, la Maison de la littérature de Québec se félicite d’incarner un phare pour le milieu littéraire, à la fois capable de braquer sa lumière sur les artistes d’ici et de guider tout un écosystème dans la création et la diffusion de ses œuvres.
Cette institution « unique en Amérique du Nord », sise dans le temple néogothique Wesley situé en plein cœur du Vieux-Québec, a de quoi bomber le torse à l’occasion de son anniversaire. Si le succès d’une cathédrale des mots doit se mesurer en chiffres, la Maison n’a pas de quoi rougir : en une décennie, elle a accueilli entre ses murs inondés de lumière près d’un million de personnes et environ 5000 artistes.
« Notre plus grande fierté, c’est qu’en dix ans, explique Dominique Lemieux, directeur général de l’Institut canadien de Québec, nous avons rapidement su nous révéler comme un pilier incontournable du milieu culturel de Québec, mais, plus largement, comme un pilier essentiel du milieu littéraire du Québec. »
Aujourd’hui, toute la constellation littéraire de la capitale gravite autour de « sa » Maison. Chaque année, cette dernière accueille quelque 250 activités, gratuites en grande majorité, et nombre de salons et de festivals.
Les écrivains et les écrivaines, ici, ont accès non seulement à un studio de création, à une salle de spectacle, à une cabine d’enregistrement et à une résidence d’écriture avec vue imprenable sur le Vieux-Québec, mais aussi à l’expertise technique nécessaire pour maîtriser les codes de la nouvelle oralité qui sort les mots du livre pour mieux les faire monter sur scène.
« La littérature, c’est souvent l’écrivain qui écrit et qui publie un livre que les gens lisent en solitaire à la maison, note Dominique Lemieux. Le modèle de la Maison, c’est d’offrir l’occasion de donner une autre vie aux projets littéraires. Quand les artistes viennent ici, nous leur offrons un accompagnement sur comment prendre la parole et se mouvoir sur la scène. Il y a dix ans, plusieurs n’étaient pas habitués à présenter leurs œuvres sur les planches. Ç’a énormément changé, et je dirais que la Maison n’a pas lancé ce mouvement, mais l’a aidé à se professionnaliser. »
Symbole d’une ville de littérature de l’UNESCO
La Maison de la littérature a d’abord germé au tournant du millénaire dans l’esprit de l’Institut canadien de Québec. « Ce n’était pas seulement le rêve de l’ICQ, souligne le directeur général de l’Institut. C’était le rêve d’un milieu littéraire qui, je pense, est extrêmement dynamique dans la capitale. »
Avant son ouverture officielle en octobre 2015, plusieurs décriaient les 10,5 millions de dollars investis par la Ville dans la réalisation de la Maison. Deux ans ont suffi pour faire taire les critiques quand, en 2017, l’UNESCO a couronné Québec à titre de première « Ville de littérature » issue de la francophonie.
Cette désignation, accordée à 53 villes dans le monde, dont seulement 5 en Amérique, a permis de propulser l’art littéraire du Québec à l’international.
« Ç’a amené des occasions de collaboration extraordinaires, constate Dominique Lemieux. Chaque année, Québec a une vitrine au Festival de la bande dessinée d’Angoulême. Le Québec était aussi à l’honneur l’an dernier lors d’un festival sur les bibliothèques à Manchester. Dans quelques semaines, un poète de Québec va être publié dans un journal d’Odessa, en Ukraine. Une page complète pour mettre en valeur sa poésie ! Des exemples comme ceux-ci, il y en a des dizaines et des dizaines chaque jour. »
La Maison de la littérature, bardée de prix d’architecture depuis son inauguration, a joué un rôle dans l’adoubement littéraire de Québec par l’UNESCO. « C’est sûr qu’elle a eu un impact, croit le directeur général de l’ICQ. En 2023, nous avons reçu la rencontre annuelle du réseau des 53 villes ici et l’espace les a chavirées, insiste Dominique Lemieux. Ç’a été un immense coup de cœur. »
Jusqu’au printemps prochain, la Maison de la littérature, qui demeure fidèle à sa vocation première d’être une bibliothèque de quartier, émaillera sa programmation d’événements spéciaux pour souligner sa première décennie d’existence. L’Institut canadien de Québec, gestionnaire des 26 bibliothèques publiques de la capitale, ne manque pas de raisons de tenir des célébrations cette année.
« Nous sommes en voie de battre un record vieux de 128 ans au regard du nombre de prêts à la population, souligne Dominique Lemieux. Ça démontre qu’il y a un intérêt énorme qui se renouvelle auprès de tous les publics, se félicite M. Lemieux. En 1848, la mission de l’Institut canadien était de faire vivre la culture, de faire rayonner la littérature et d’encourager la création. La Maison incarne de magnifique façon cet idéal 178 ans plus tard, et dans un espace dont personne n’aurait osé rêver à l’époque. »
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