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«Les cent jours qui ont changé les États-Unis»: Trump II, la révolution à l’envers

Source : Le Devoir

Dirigé par le journaliste français Gilles Paris, Les cent jours qui ont changé les États-Unis raconte le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche sous les traits d’une « révolution à l’envers », où s’additionnent concentration du pouvoir exécutif, affaiblissement de l’État fédéral, fracture transatlantique et offensive protectionniste. L’essai choral saisit un pays à l’instant précis où la politique se mue en technique de prise de pouvoir.

Il y a, dans l’expression « cent jours », à la fois une promesse d’inventaire et un piège de calendrier. Le livre en joue consciemment. En convoquant le mythe rooseveltien — celui des débuts fondateurs —, il éclaire un autre commencement, mû par une énergie inverse, non plus celle de la réparation, mais celle de la torsion.

Dans son introduction, Gilles Paris brosse un Trump « trait pour trait » identique à celui de 2017, à ceci près que le second mandat a l’épaisseur d’une revanche. Le personnage est « rompu à la fonction », renforcé par une victoire nette, entouré d’une coalition élargie, de la droite chrétienne aux « techno-césaristes » exhibés lors de l’investiture. Le diagnostic frappe. Le trumpisme 2025 ne balbutie plus, il exécute.

La méthode MAGA

La grande force de l’ouvrage tient à son écriture collective, nourrie par plusieurs journalistes du Monde, et à sa proximité avec le grand reportage. Chaque chapitre propose une scène, un lieu, un mécanisme et dessine une grammaire du basculement. À Huntington Beach, en Californie, la reporter Corine Lesnes fait ainsi de « Surf City » un laboratoire du trumpisme. Celui-ci n’y relève pas tant d’une doctrine que d’un climat, d’un durcissement civique et d’une manière de gouverner par signes et provocations. Le chapitre est éclairant en ce qu’il montre comment la guerre culturelle se décline à l’échelle municipale, infiltre le quotidien administratif et finit par banaliser l’extrême.

À Washington, le correspondant du Monde Piotr Smolar ausculte l’autre moteur du trumpisme, celui de l’architecture du pouvoir. Son portrait de J.D. Vance est celui d’un vice-président « chien d’attaque », idéologue sans concession, qui radicalise la politique étrangère et, surtout, conteste l’idée même d’un contrôle judiciaire sur l’exécutif. L’ouvrage saisit ici un déplacement majeur. La présidence n’est plus seulement un style, elle devient un projet institutionnel, avec ses mots d’ordre, ses relais et ses doctrines.

Et puis il y a la cassure extérieure, racontée par Sylvie Kauffmann, spécialiste des questions internationales, comme on chronique un divorce. Son chapitre sur « le lâchage américain de l’Ukraine » est l’un des plus saisissants : deux dates miroirs (24 février 2022 et 24 février 2025), une fracture à l’ONU, les Européens contraints d’apprendre en direct que Washington ne partage plus leur hiérarchie des intérêts. La scène diplomatique — amendements, votes, abstentions calculées, « embuscade » dans le Bureau ovale — a la netteté d’un théâtre où l’alliance devient décor.

Reste la limite, inhérente à l’exercice des « cent jours ». L’essai saisit l’onde de choc, parfois au détriment de la profondeur sociale. On sort convaincu de la méthode (la mise au pas, l’offensive contre le savoir, la tentation impériale), un peu moins renseigné sur ce qui, dans la vie quotidienne, rend cette marche possible, au-delà de l’inflation, de la migration, et de la recomposition électorale évoquées par Gilles Paris. Mais c’est peut-être le pari, et même la morale, du livre. Montrer que la démocratie peut se transformer sans bruit de bottes, par procédures, nominations, humiliations publiques et signaux répétés.

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Titre: Les cent jours qui ont changé les États-Unis

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