Paru en premier sur (source): journal La Presse
Ces dernières années, la littérature américaine a vu émerger un grand nombre d’auteurs afrodescendants qui explorent la question raciale à travers des genres et des styles très différents. On pense entre autres à S.A. Cosby qui se sert du polar pour décrire un Sud encore très divisé.
Mis à jour à 7h00
Ce premier roman, écrit par un auteur de Brooklyn classé parmi les cinq plumes de moins de 35 ans les plus prometteuses aux États-Unis cette année, nous immerge dans les quartiers où il a grandi, dans ces HLM situés aux abords de la baie de Jamaica, bien à l’est des gratte-ciel de Manhattan. Ici, ça sent la mer, mais l’océan qui borde ces lieux n’a rien à voir avec celui des plages huppées pourtant toutes proches.
Le récit alterne entre l’histoire du jeune Colly, un adolescent qui tente de survivre à la mort de sa mère après 2007, et la jeunesse de celle-ci, à la fin des années 1980. Avec Audrey, la grand-mère, ils partagent un don qui se transmet d’une génération à l’autre et qui leur permet de voir les fantômes coincés dans l’entre-deux-mondes — essentiellement des gens de leur quartier qu’ils ont croisés un jour ou l’autre. Leur histoire se tisse lentement, traçant une longue trajectoire entre les Killing Fields et des évènements tragiques plus récents, comme la mort d’Eric Garner.
Dans sa façon de brouiller les frontières entre la réalité et le rêve, Les fantômes de Brooklyn rappelle à certains égards le roman de Jason Mott L’enfant qui voulait disparaître.
Les lieux, d’un autre côté, évoquent le Scarborough de David Chariandy dans Mon frère, tandis que tous les deux réfléchissent à la manière de composer avec la perte d’un être cher quand rien de tout ce qui nous entoure n’est assuré, et encore moins à soi.
Tout le roman tourne autour de l’idée que « le monde et la condition humaine se construisent autour des actions locales ». Que pour bâtir une communauté et un avenir pour des jeunes qui grandissent dans un milieu où tout le monde les a laissés tomber, pour réparer des gens brisés qui hantent des lieux qui ne leur appartiendront jamais, il faut de l’entraide, du soutien et de la solidarité. « Il faut qu’on soit comme une famille. Sans ça, comment on va s’en sortir ? », demande l’un des personnages.
Au-delà de ces considérations teintées d’une certaine mélancolie, Tyriek White se fait le porte-étendard d’une frange de la population « désespérément invisible » qui a besoin de voix et de plumes comme la sienne. Et s’il poursuit sur cette voie, il pourrait bien faire partie des auteurs incontournables de sa génération.
Les fantômes de Brooklyn
Calmann-Lévy
360 pages





