Source : Le Devoir

Migrante, artiste engagée, mère de deux enfants, Margarita Herrera Domínguez est ce qu’il est convenu d’appeler une force de la nature. Dix ans seulement après que la Coop Ludotek-art, qu’elle a cofondée, a produit son premier spectacle, la metteuse en scène montréalaise d’origine mexicaine s’apprête à dévoiler une septième création !
Pour se frotter à la dramaturgie de Mateï Vișniec, elle avait choisi le Prospero (Migraaaants, 2019). Pour nous faire découvrir l’univers de Bárbara Colio, elle avait opté pour La Licorne (Cordes, 2024). Pour Les passages de Garro, spectacle inspiré par la vie et l’œuvre de l’écrivaine mexicaine Elena Garro (1916-1998), c’est sur la salle Réjean-Ducharme du théâtre du Nouveau Monde que la créatrice a jeté son dévolu.
Journaliste, militante, danseuse, cinéaste, autrice d’une quinzaine de pièces et d’une douzaine de romans, Elena Garro est une figure majeure des lettres mexicaines. Longtemps occultée par son mari, Octavio Paz, elle apparaît depuis quelques années comme une précurseure du réalisme magique, ce mouvement dont Gabriel García Márquez est ensuite devenu le porte-étendard. Les œuvres de Garro concernent l’intime et le politique, la condition des femmes aussi bien que les promesses non tenues de la révolution mexicaine envers les campagnes.
« Je me suis d’abord intéressée au couple Garro-Paz, explique Margarita Herrera Domínguez. Je voulais parler de violence conjugale, de ces abus de pouvoir qui sont souvent déguisés. Mais je ne me reconnaissais pas dans la forme imposée par cette histoire de couple, un cadre trop classique, trop biographique. Je suis donc revenue aux raisons pour lesquelles j’aime tant Garro, c’est-à-dire la manière dont son œuvre, et surtout son théâtre, interroge le réel tout en donnant libre cours à l’imaginaire. » Ne vous étonnez donc pas si des éléments inanimés, objets ou animaux, prennent vie sur scène afin d’épouser le caractère fantastique du récit.
Toutes ces femmes en elle
Pour rendre justice à une autrice qui est pour ainsi dire inaccessible en français, qui est bien plus connue par les universitaires que par le commun des mortels, la créatrice montréalaise a élaboré une pièce dans laquelle des femmes de différentes générations, issues des mondes que Garro a inventés, font face à des épreuves physiques ou mentales. « J’ai découvert Garro au secondaire, raconte Herrera Domínguez. Ses pièces, souvent courtes, très poétiques, très libres, sont pleines de personnages de femmes fortes, mais marginalisées. J’y ai tout de suite reconnu les femmes de ma famille. »
La metteuse en scène a fait appel à Ximena Ferrer pour incarner Elena Garro. Quant aux personnages de femmes qui vont interagir avec celle qui leur a donné naissance, ils sont campés par Melania Balmaceda Venegas, Citlali Germé, Paola Huitrón et Myriam Lemieux. « Ces femmes sont en quelque sorte des doubles de l’autrice, des facettes de sa personnalité, explique Herrera Domínguez. Elles me permettent d’aborder les contradictions de Garro, mais surtout de mettre en relief, sans me soucier de la linéarité du récit, les différentes formes de violence dont les femmes sont victimes, le pouvoir coercitif qui agit dans le passé comme dans le présent, au sein du couple aussi bien que dans la sphère sociale. J’espère avoir réussi à donner naissance sur scène à un espace de résistance face à l’oppression. »
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