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CONTENU PARTENAIRE
Avec son roman jeunesse Guillemette (Méga Éditions), gagnant 2025 du Prix littéraire de la Ville de Québec, Catherine Ferland rend palpable une réalité historique. Dans ce premier tome, on rencontre Guillemette, la fille de Louis Hébert et de Marie Rollet. Cette jeune Parisienne de 11 ans embarque à bord du Saint-Étienne avec sa famille pour un long périple vers le Cap Diamant.
L’histoire se déroule au XVIIe siècle, à une époque où Samuel de Champlain ambitionne de conquérir des terres au-delà de l’océan Atlantique pour y implanter des colonies françaises. L’un des défis de cette entreprise consiste à veiller à la variété des expertises; car là-bas, tout est à construire, bien sûr, mais il faut aussi apporter aux colons tout le nécessaire à leur survie. C’est dans ce contexte d’expansion coloniale que la famille Hébert-Rollet est mobilisée par le célèbre cartographe et navigateur. Les talents d’apothicaire de Louis Hébert sont précieux pour les besoins en soins de santé, et l’éducation qu’a reçue Marie Rollet lui permettra d’enseigner aux colons de la Nouvelle-France.
Loin des contenus des manuels pédagogiques traditionnels, les aventures de Guillemette présentent l’avantage majeur d’abolir la distance entre le lecteur contemporain et les événements des siècles passés.
L’autrice, historienne, s’attarde sur le point de vue de Guillemette Hébert, laquelle participe sans le savoir à la fondation de Québec. Au travers de son regard curieux, le lecteur expérimente ses craintes, sa nostalgie d’avoir quitté son univers familier, ou bien encore, ses doutes sur les intentions des ecclésiastiques à bord du Saint-Étienne. Catherine Ferland offre ainsi à son lectorat l’occasion de s’identifier aux humains qui ont rendu cette épopée possible.
Qui plus est, son récit est jonché de nombreux éléments factuels qui rendent cet épisode bien plus tangible. C’est l’héroïne qui donne l’occasion au lecteur d’en apprendre davantage sur les petits riens si importants du quotidien d’antan. Car au-delà de son âge, qui est un atout évident pour conquérir son lectorat, ce sont ses émotions, ses observations et ses questionnements qui rendent Guillemette attachante. Que mangeait-on sur un bateau? Comment s’y occupait-on? À quoi ressemblait une traversée de trois mois sur un navire, au XVIIe siècle? On ressent par exemple l’atmosphère étouffante de la cale, le roulis nauséeux du bateau dans les vagues, ou encore, le goût pâteux des biscuits rances distribués aux passagers. Ce sont tous ces détails qui réussissent à immerger le jeune lectorat (et le moins jeune) dans une autre époque.
Disséminés çà et là, les faits historiques sont bien intégrés au récit et apportent de la profondeur à la fiction. Les lecteurs en herbe peuvent ainsi apprendre que Champlain était avant tout cartographe; que les chutes Montmorency ont été ainsi nommées pour rendre hommage au duc de Montmorency, protecteur du navigateur; ou bien encore, que la traite était un moyen de faire du commerce avec les peuples autochtones. Ces derniers ne sont pas en reste, car à l’occasion de la visite des Montagnais à Totouskak (actuel Tadoussac) pour l’échange de marchandises et de fourrures, on a aussi le bonheur de lire quelques mots en langue innue.
À l’heure où l’on voit fleurir une pléthore de romans de fantasy, j’ai trouvé rafraîchissant de lire ce roman historique jeunesse. On n’y parle pas de dragons et de contrées imaginaires, mais pour Guillemette et le lecteur, l’aventure est tout aussi exaltante. À travers le regard neuf d’une fillette, on vibre au rythme des aléas d’une traversée mouvementée, on compatit à sa tristesse de laisser une vie derrière soi, et l’on partage aussi l’excitation, par bribes, que suscite cette nouvelle aventure. Le style est fluide, la prose est facile à comprendre. Les jeunes lecteurs n’auront aucun mal à se plonger dans cette lecture aussi divertissante qu’instructive.
Poussiéreuse, la Nouvelle-France? Pantoute! Elle brille de tous ses éclats dans la Revue d’histoire de la Nouvelle-France. Publiée par les éditions du Septentrion, cette revue permet de rester à l’affût – par des dossiers thématiques, des entrevues inédites, des chroniques – de tout ce qui se dit, s’écrit, se fait sur cette période pionnière de notre histoire. Elle parvient à nous séduire avec la présentation aérée, imagée, nullement scolaire, bref, rafraîchissante, de ses articles. De quoi combler à la fois chercheurs universitaires et esprits curieux.
Ce texte est offert par la Revue d’histoire de la Nouvelle-France, un périodique culturel présentant cette époque de façon originale et décontractée.






