Paru en premier sur (source): journal La Presse
Un peu comme Rolland, son personnage principal peu sympathique, il faut persévérer dans sa lecture pour finalement apprécier L’irréparable, nouveau roman de Pierre Samson.
Publié à 8 h 00
On a bien failli ne pas y arriver : la première partie est pénible. Chaque situation où se retrouve Rolland, spécialiste en écrits anciens du Moyen Âge et chargé de cours à l’université, est prétexte à de longues digressions, interminables monologues intérieurs aux longues phrases alambiquées, plaquées de mots érudits. Le soixantenaire homosexuel s’épanche avec condescendance et amertume sur une époque à ses yeux au bord de l’abîme, peuplée de sombres idiots.
Puis, un retour dans le passé du personnage avec une histoire de manuscrit contrefait donne un élan au récit. Peu à peu, on comprend ce qui se cache réellement sous cet être bourru, qu’on devine porter un passé douloureux, et dont le quotidien tranquille est chamboulé lorsqu’il apprend perdre sa charge de cours au profit d’une nouvelle venue.
Rongé par un sentiment d’injustice et une colère sourde, Rolland se lancera dans une chasse à la sorcière, convaincu d’une imposture. Une quête obsessive qui ne sera pas sans conséquence, alors que l’objet même de sa méfiance sera celle qui parviendra à lui faire baisser sa garde.
L’auteur de Mammouth (prix Jacob Isaac Segal) est particulièrement habile dans les descriptions très charnelles des physionomies des nombreux personnages qui peuplent son roman – aucun n’y échappe. Et de ce personnage aigri, en rupture avec son époque, il fera apparaître un être sensible malmené par la vie, qui avait perdu l’espoir en une deuxième chance.
Iris Gagnon-Paradis, La Presse
L’irréparable
Héliotrope
280 pages





