Tout lire sur: Radio-Canada Livres
Source du texte: Lecture
Le poème Hier elles se sont coupées pour connaître leur âge de conifère, de Marise Belletête, remporte le Prix de poésie Radio-Canada 2024. C’est sa deuxième victoire. Elle avait gagné en 2021 avec Sommes-nous de la même gorge qui ne consent plus à la prière?.
Avec ce poème, l’écrivaine s’est illustrée parmi les cinq finalistes que le jury avait sélectionnées pour le Prix.
Louise Dupré, Jean-Philippe Raîche et Ouanessa Younsi forment le jury du Prix de poésie Radio-Canada 2024.
Photo : Crédits : Geneviève Bergeron, LP Chiasson, Mémoire d’encrier – Marjorie Guindon photographe
Le jury, composé de la poète et romancière Louise Dupré, du poète Jean-Philippe Raîche et de la poète et médecin-psychiatre Ouanessa Younsi, a choisi à l’aveugle ce poème qui plonge au cœur d’une mémoire collective, tissant avec finesse un lien puissant entre les femmes disparues et la nature
.
L’image des arbres, utilisés comme métaphores du vivant, ancre le texte dans une réalité organique et poétique, où les souvenirs deviennent inextricablement liés à l’environnement.
Le jury a trouvé que ce texte à la fois troublant et apaisant explore des thématiques profondes de la perte, de la transformation et de la survie, en proposant une vision du monde vibrante et sensible
.
Sa forme fluide et maîtrisée permet une lecture sans rupture, les vers résonnant avec intensité, portés par des images saisissantes (« seules à savoir comment les arbres pensent leurs morts, les fruits acidulés au lieu des yeux »). La chute est à la hauteur de l’ensemble du texte : belle, inattendue et puissante.
Une chute qui a résonné longtemps dans l’esprit des membres du jury après sa lecture, donnant une nouvelle dimension à l’ensemble et parvenant à révéler l’intention poétique sans jamais en trahir le mystère
.
Se distinguant par sa profondeur, sa cohérence et sa maîtrise formelle, [le poème] interroge notre rapport à la mémoire et au vivant, tout en affirmant l’importance de lutter contre l’indifférence et l’oubli.
Un club sélect
Après avoir participé aux Prix de la création à plusieurs reprises, Marise Belletête, qui habite Rimouski, fait désormais partie du cercle très fermé des personnes qui ont gagné deux fois. En effet, il est très rare dans l’histoire des Prix de la création qu’un auteur ou qu’une autrice gagne plus d’une fois.
Cela m’a semblé encore plus irréel que la première fois. Je n’en reviens pas de la chance que j’ai. C’est cette faculté à toucher les autres par l’écriture dont je doute souvent lorsque je commence un projet.
Une expérience mémorable
Après avoir gagné en 2021, elle a profité de la résidence d’écriture au Centre des arts de Banff (Nouvelle fenêtre) pour écrire, nouer des amitiés, échanger avec d’autres artistes, parler de poésie et de la vie au pied des montagnes, ce qui est parfois difficile à faire dans le tourbillon de la vie quotidienne.
Ce fut une expérience mémorable, et depuis, j’ai enchaîné les contrats de charge de cours, de révision et de rédaction. J’ai tout de même eu un peu de temps pour la poésie.
En 2023, elle a publié son premier recueil de poésie, Je laisse les enfants disparaître, aux éditions du Noroît. J’ai ainsi réalisé un autre de mes rêves.
Le poème avec lequel elle avait remporté le prix en 2021, Sommes-nous de la même gorge qui ne consent plus à la prière?, se trouve d’ailleurs dans ce recueil.
Pourquoi a-t-elle voulu participer à nouveau au Prix de poésie après la victoire de 2021 : Surtout pour retrouver la motivation que cela apporte.
Me donner des défis d’écriture est souvent bénéfique, mais surtout nécessaire, pour m’accorder le temps et l’espace pour créer.
Publier un autre livre
Marise Belletête entend profiter de sa résidence à Banff pour travailler sur un recueil en chantier. J’ai extrêmement hâte d’y retourner.
En plus d’offrir un cadre enchanteur, le Centre des arts de Banff permet de se consacrer totalement à son projet. Écrire deux semaines dans un bateau, qui était mon studio d’écriture, c’était le rêve!
L’écrivaine, qui travaille comme chargée de cours en lettres à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), rédactrice et réviseure, souhaite pouvoir trouver le temps pour écrire, à part celui qu’elle prendra lors de son séjour en Alberta. Lorsque je me suis rendu compte que dix ans s’étaient écoulés entre la parution de mon premier roman [L’haleine de la Carabosse, en 2014] et de mon recueil de poésie [Je laisse les enfants disparaître, en 2023], je me suis dit que je n’avais pas envie d’attendre aussi longtemps avant de me lancer dans l’écriture de mon prochain projet.
Le bonheur de la poésie
La gagnante est heureuse de lire de la poésie. J’aime bien ouvrir mes recueils de poésie préférés au hasard, juste pour glaner quelques vers au début d’une journée. C’est mieux que l’horoscope!
Marise Belletête encourage les gens à soumettre leurs textes dans les trois catégories du concours, la nouvelle, le récit et la poésie. J’ai participé de nombreuses années avant de faire partie de la liste préliminaire. C’est vraiment une expérience hors du commun.
Une exceptionnelle mention spéciale
Sarah-Louise Pelletier Morin a été finaliste du Prix de poésie Radio-Canada 2024.
Photo : Sofia Olivia
Fait rare, le jury a tenu à remettre une mention spéciale au texte de Sarah-Louise Pelletier Morin, Du côté des spectres, sous la forme d’un commentaire particulier/spécial.
[Ce poème] nous propose une quête de transparence aussi bien dans la vie que dans la poésie, quête par laquelle on cherche à dépasser « l’opacité du réel » pour aller vers la légèreté, le rêve, la danse, la lumière.
Pour le jury, les vers et les fragments de prose s’entremêlent et dessinent un espace où à la tout fin / le corps s’ouvre
.
Louise Dupré, Jean-Philippe Raîche et Ouanessa Younsi pensent que l’écriture de Sarah-Louise Pelletier Morin montre, grâce à une belle sobriété, un style assuré, maîtrisé.
Ce texte est déjà l’embryon d’un recueil poétique, que nous considérons fort prometteur.
Une bourse de 6000 $ pour la gagnante
À titre de lauréate du Prix de poésie Radio-Canada 2024, Marise Belletête obtiendra une bourse de 6000 $, offerte par le Conseil des arts du Canada (Nouvelle fenêtre).
Chaque finaliste recevra 1000 $, également offerts par le Conseil des arts du Canada. Voici ces quatre finalistes :
Quant à la lauréate de langue anglaise (CBC Non Fiction Prize), il s’agit de Rachel Robb (Nouvelle fenêtre). On peut lire son poème, Palimpsest County (Nouvelle fenêtre), sur le site de CBC Books (Nouvelle fenêtre).










