Tout lire sur: Radio-Canada Livres
Source du texte: Lecture
Sunshine Tenasco connaît bien les problèmes d’approvisionnement en eau potable des communautés autochtones du Canada. Originaire de Kitigan Zibi, elle consomme de l’eau embouteillée depuis 25 ans déjà. Avec son projet Her Braids, elle s’est donné la mission d’amorcer un dialogue avec la population au sujet des problèmes d’eau des Premières Nations.
Lors de notre arrivée à la garderie Pakinawatik Kikinamadinan, Sunshine Tenasco termine la lecture aux enfants de Nibi a soif, très soif. Les enfants sont tout sourire.
Améliorer l’accès à l’eau potable une histoire à la fois
Photo : Radio-Canada / Alexandra Angers
L’histoire de Nibi, une jeune fille de leur communauté, les a captivés. Ils quittent la salle en petits groupes en n’oubliant pas de dire merci, migwetch
, dans leur langue, l’anishinabemowin.
Nibi, qui veut dire eau en anishinabemowin, raconte l’histoire d’une fillette assoiffée n’ayant pas accès à de l’eau potable dans sa communauté. La petite part à la recherche de l’eau. Son périple l’amène dans une immense demeure, une métaphore du parlement canadien. À force de détermination et grâce à l’aide des gens de la ville qu’elle rencontre, Nibi finira par avoir accès à de l’eau potable.
Pour l’autrice, il était important de créer le changement d’une manière positive.
Nibi, une histoire inspirée de la situation de Kitigan Zibi Anishinabeg
L’histoire de Nibi, c’est un peu celle de Kitigan Zibi Anishinabeg. Depuis 1999, une grande partie de la population consomme de l’eau embouteillée. C’est en raison de la forte concentration d’uranium présente dans les puits individuels.
Sunshine Tenasco avait 19 ans quand sa communauté a été informée du problème. À l’époque, elle ne réalisait pas la gravité de la situation et ne s’en formalisait pas vraiment.
Nibi a soif, très soif, a d’abord été publié en anglais en 2019. Le livre est illustré par Chief Lady Bird, une artiste Chippewa et Potawatomi de l’Ontario.
Photo : Radio-Canada / Amadou Barry
Une dizaine d’années plus tard, alors que Sunshine Tenasco habite à Gatineau, c’est en écoutant la radio que le déclic se produit. Une canalisation d’eau vient de rompre dans la ville située à deux heures de sa communauté et un avis de faire bouillir l’eau entre en vigueur. La nouvelle joue en boucle, les auditeurs et l’animateur semblent préoccupés. Quelques mois après une mobilisation des équipes de la ville, le problème est finalement réglé.
La population a de nouveaux accès à de l’eau potable
, se rappelle la femme.
C’est là que je me suis dit : Attendez, quoi? Pourquoi ne parlent-ils pas de notre communauté tous les jours?
Cette entrepreneure sociale cherche à comprendre pourquoi le problème n’est toujours pas réglé dans sa communauté. C’est ainsi que Her Braids voit le jour, un projet de sensibilisation au manque d’eau potable dans les communautés des Premières Nations, réalisé avec l’aide de la Fondation David Suzuki.
Toutefois, à Kitigan Zibi, il faudra attendre des dizaines d’années avant un dénouement heureux, comme dans le récit de Nibi. Le problème persiste pour une bonne partie de la population. Cependant des travaux à venir dans la communauté pourraient résoudre le problème d’ici deux ans, selon le chef de la communauté de Kitigan Zibi Anishinabeg, Jean-Guy Whiteduck.
Une situation non résolue dans plusieurs communautés au Canada
Sunshine Tenasco ne blâme pas un gouvernement en particulier. La responsabilité est partagée, selon elle, et le travail doit se poursuivre encore aujourd’hui. Elle ajoute que ce n’est pas seulement la communauté de Kitigan Zibi Anishinabeg qui est passée entre les mailles du filet
.
Sunshine Tenasco tient dans ses mains une réédition toute récente. Nouveauté, il est également offert en anishinabemowin.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Angers
Le travail de Sunshine Tenasco comme défenseure de l’eau potable a été reconnu récemment par l’organisme Garde-rivière des Outaouais, qui l’a nommée leader de l’eau 2025
.
Cette activiste s’est déplacée d’un bout à l’autre du pays, de Yellowknife à Calgary, en passant par les Maritimes, afin de partager l’histoire de Nibi et le défi des Premières Nations en matière d’accès à l’eau potable.










