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Notre sélection bédé du mois d’octobre

Source : Le Devoir

Notre sélection de bandes dessinées du mois d’octobre 2025 | Le Devoir

Photo: Dargaud Détails d’une planche du deuxième tome de la bande-dessinée «La marche brume – Les chimères»

Chroniques d’une arrivée

Après avoir autopublié, il y a une quinzaine d’années, une première série de bandes dessinées de science-fiction, voilà que l’artiste et directeur artistique montréalais Jimmy Suzan nous propose un album qui se reçoit comme un coup de poing en plein ventre. Dans Migrasyon, Suzan raconte comment ses parents haïtiens sont arrivés à Montréal durant les années 1970 après avoir fui le régime de Duvalier, dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Mais c’est plutôt une vie difficile qui les attend, avec tout ce que cela comporte de violence, de racisme, de peur, mais aussi un peu d’amitié et quelques mains tendues. Le dessin est tout simplement incroyable, à mi-chemin entre le comic book et le documentaire, alors que l’auteur nous replonge dans le Montréal de son enfance. Suzan maîtrise parfaitement la couleur et le découpage, alors qu’il pose un regard lucide, mais quand même bienveillant, sur sa propre enfance. À lire !

François Lemay

Migrasyon
★★★★
Jimmy Suzan, La Pastèque, Montréal, 2025, 160 pages

Oublier New York

Paul Bordeleau est sans contredit un routier de la bande dessinée et de l’illustration au Québec. Œuvrant depuis maintenant plus de 30 ans dans le milieu, voilà que l’auteur a envie de s’attaquer à l’autofiction, un genre auquel il ajoute une bonne dose de réalisme magique, dans le but avoué de s’aider à faire le deuil de son ami Gaston Côté, un pilier du design graphique au Québec. Pour ce faire, Bordeleau revisite un voyage d’étudiant fait à New York, au début des années 1990, alors qu’il se souvient qu’un événement avait rapproché les deux amis, mais dont il a oublié les tenants et aboutissants, sa mémoire ayant décidé de refouler ce souvenir troublant. Si Paul Bordeleau nous offre un album parfaitement maîtrisé, particulièrement en ce qui a trait au découpage, il se permet de sortir un peu de sa zone de confort et cela paraît à certains petits moments dans le scénario. Cela étant dit, il s’agit quand même d’une belle réflexion, honnête et juste, sur le temps qui passe et sur notre capacité à gérer notre passé…

François Lemay

Au revoir New York
★★★½
Paul Bordeleau, Nouvelle adresse, Montréal, 2025, 168 pages

La brume persiste, les héroïnes avancent

Le bédéiste Stéphane Fert poursuit de belle façon sa fable onirique entamée il y a deux ans. Plus d’un siècle après l’apparition de la Brume, fléau qui a presque rayé l’humanité de la carte, Tempérance — l’orpheline mi-humaine, mi-ogresse — tente désormais de percer le mystère de cette entité meurtrière. La quête se double d’une introspection bouleversante, cherchant à comprendre la naissance du mal, et peut-être celle de l’espèce humaine. L’auteur déploie à nouveau tout son art du contraste, un récit apocalyptique où l’humour et la poésie s’invitent sans cynisme. Les sorcières, toujours aussi éclatées et irrésistibles, incarnent une forme de sagesse anarchique face à un monde où la peur et la croyance tiennent lieu d’ordre. Son dessin, d’une douceur aquarellée, oscille entre la grâce des enluminures d’antan et la fluidité de l’animation contemporaine. Les teintes mauves et rosées diffusent une atmosphère suspendue, quelque part entre le rêve éveillé et la mélancolie. Avec ce nouvel opus, Stéphane Fert livre un conte initiatique à la fois drôle, sombre et lumineux, où la sororité reste la dernière lueur face à la désolation.

Ismaël Houdassine

La marche brume. Tome 2. Les chimères
★★★½
Stéphane Fert, Dargaud, Paris, 2025, 136 pages

L’élégie d’un homme et de son chien

José Luis Munuera, virtuose du trait et de la lumière, adapte avec pudeur et justesse le roman éponyme de Cédric Sapin-Defour. L’album bouleversant où la montagne, le silence et un chien nommé Ubac deviennent les trois pôles d’une même respiration. Le bédéiste d’origine espagnole, connu pour ses univers d’aventure (Sortilèges, Les Campbell), délaisse ici le spectaculaire pour la lenteur du souvenir, la justesse des émotions et la beauté des instants suspendus. Chaque case paraît imprégnée de vapeur atmosphérique et d’humidité, comme si la pluie elle-même gardait trace de la présence disparue. Le dessinateur y fait dialoguer l’homme et l’animal dans un langage muet, celui du geste, du regard, de la fidélité simple. À mille lieues du pathos, cette formidable bande dessinée rend à la perte sa beauté fragile. Les séquences de montagne rappellent la

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