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Notre sélection poésie du mois d’avril

Le Devoir Lire

L’humanité sous un ciel indomptable

Après plus de 25 ans d’enseignement dans les écoles primaires du Québec, nous apprend sa biographie, Nicolas Lauzon a ressenti le besoin d’un changement. Il est ainsi parti enseigner, pendant un an, à Kangiqsujuaq, périple qui a mené à l’écriture de Toundra-Terrasse. C’est par le truchement de multiples rencontres que se déploie l’univers du Nunavik : « Moi j’essaie d’accorder les Inuits de mes livres d’histoire / avec le dude assis à mes côtés ». Une certaine candeur traverse le récit, qui, tressé d’humour, dessine à petits traits les enjeux du Nord, ses drames et son quotidien. En toile de fond, la toundra, majestueuse et souveraine, dont la beauté ne détourne pas l’instance poétique de son désir de côtoyer l’humanité : « La poésie de l’immensité / sans ancrage humain / devient facilement désolation ». Un recueil qui se lit comme un récit de voyage, d’une profonde simplicité, pétrie d’une humanité envoûtante et percutante où « la toundra a ce pouvoir / de ralentir les battements du cœur ».

Yannick Marcoux

Toundra-Terrasse

★★★ 1/2
Nicolas Lauzon, Éditions du Passage, Montréal, 2026, 64 pages

L’insoutenable légèreté

Après avoir réinscrit l’humain au cœur des milieux animal, végétal et entomologique dans ses trois titres précédents, Mireille Gagné prête cette fois-ci ses mots, cela allait de soi, au monde minéral. Les pierres sont partout, elles ont une mémoire, une histoire, et elles sont ici un peu tout ce que nous sommes. Mireille Gagné brode l’inquiétante étrangeté, l’humour et la rugosité des jours pour témoigner de l’existence. L’audace est ici synonyme de plaisir de lecture, même si on n’admet pas toujours avec le même enthousiasme le jeu des correspondances et la force de la métaphore, ce qui atténue l’envoûtement à certaines occasions. Les chutes, décisives et incisives, irriguent le texte d’une eau alcaline, tandis que le commentaire sur notre monde s’incarne avec lucidité : « Tout glisse, tout me fuit. Je suis taillée pour la bonne époque. » Et c’est ainsi que les roches, dont certaines vieilles de milliards d’années, nourrissent l’intuition de ce qui nous attend : « Il faut parfois avoir un peu d’avance sur le futur. »

Yannick Marcoux

Concassée

★★★ 1/2
Mireille Gagné, La Peuplade « Lames », Montréal, 2026, 192 pages

Dans l’espace de la douleur

L’autrice Jessica Côté explore dans son deuxième recueil la réalité du corps malade. Entre découragement et désespoir, c’est une voix sombre et spleenétique qui dénombre un par un les symptômes et les obstacles de cette épreuve. Dans une langue simple, rythmée par les contrecoups et les résistances, ces suites de poèmes revendiquent la légitimité d’un espace poétique où exister entre la vie et la mort, où la douleur n’a pas à être soulagée par des paroles douces, mais plutôt supportée et entendue. « ce qui compte vraiment / si on veut crever / ce n’est pas la chair / mais ce qui se cache en dessous / le réflexe de tuer / comme instinct de survie / une nausée impardonnable ». Il en résulte une incontournable lourdeur sur laquelle s’ouvrent des pans de vérité qui réconfortent étrangement. « la beauté de ce que je ne vois plus / me troue les yeux ». Entre ces vers se tisse un chapelet d’espoir sororal au long duquel la douleur, même si on y est soumis durement, est un peu plus supportable. « je rêve / d’un versant du monde / où nous marchons / sans la fatigue d’un corps ».

Laurie Bédard

Couchée bleue

★★★ 1/2
Jessica Côté, Le Noroît, Montréal, 2026, 102 pages

Promesses de joie

Remarquable premier recueil d’une voix puissante, habitée par le souffle de la scène : « pour dire je / il faut pouvoir grincer des dents ». Pour être poète, il faut s’approprier ses langages et donner vie à sa voix. Ce n’est pas donné à tous, mais celle qui s’élève ici avec assurance entre le français et l’arabe des parents trace un chemin résolument singulier dans l’horizon poétique actuel. L’autrice Elissa Kayal assume une écriture qui semble émaner du corps. Elle écrit « avec l’envie de passer / la nuit sur la feuille / entre deux lignes bleues / mes solitudes parallèles ». Sur un ton quasi enfantin (qu’on aurait tort de méprendre pour de la simplicité), ses poèmes explorent l’absurdité, et surtout la beauté de l’existence, en s’attardant sur la perfection de la lettre U et sur le calvaire de son pays : « MAIS JAMAIS LE LANGAGE / NE SERA AUSSI ÉVENTRÉ / QUE LES CORPS / DES ENFANTS / DE MON PEUPLE ». Ce pays paternel qui est nommé au futur, rêvé dans le ventre des poèmes qui comptent ce dont il aura besoin pour guérir, et auquel on ordonne : « aimez sans savoir d’où / vient le mal de vos rêves ».

Laurie Bédard

Histoire de ma gueule

★★★★
Elissa Kayal, L’Oie de Cravan, Montréal, 2026, 200 pages

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