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Notre sélection polar du mois de novembre

Le Devoir Lire

Mémoire morte

Cela commence, comme souvent, par des vacances ayant tout pour être idylliques. Henrik, qui écrit des romans jeunesse ; Nora, qui multiplie les missions pour protéger le climat ; et leur fils Fynn, 5 ans, arrivent dans la maison ancestrale du premier. Une maison isolée (bien sûr) dans laquelle Henrik a passé bien des étés de son enfance. Il en garde de fabuleux souvenirs. Et des pages blanches. Ce sont elles qui vont, peu à peu, se réécrire. Alors que Fynn disparaît. Alors que l’inconnu et des inconnus menacent, angoissent. Oppressent. Ce sentiment d’oppression, justement, fait la force de La cabane dans les arbres, deuxième roman de Vera Buck (Les enfants loups). La romancière allemande ne craint ni la violence ni les traumas pour souder les générations au fer rouge. Envers et, surtout, contre tout. Elle prend son temps pour ouvrir les portes secrètes des lieux et des gens. Ces portes derrière lesquelles pourrit le passé, même dans ses atours les plus beaux. Et les plus innocents.

Sonia Sarfati

So, so, so, solidarité !

Jan Frans Ricard est sociologue et conseiller syndical. Avec Les indignés, il plante une première pancarte dans le milieu littéraire. Tout en ne se reniant pas : ce polar est ancré, à droite dans la société d’aujourd’hui ; à gauche dans le syndicalisme. Entrée d’Alexandre et de Hernández. Au cégep, « Hernan était un peu l’emmerdeur politisé ». Devenu syndicaliste, il l’est resté. « Alex était plus du type […] jeune premier idéaliste. » Devenu avocat dans une firme où les loups ont les dents longues et où la morale est au 36e sous-sol, il ne l’est pas resté. Idéaliste, s’entend. Jusqu’à ce qu’il claque la porte du cabinet et rejoigne les combats de Hernan. Devenant le grain de sable dans les rouages bien huilés par ses anciens partenaires. Les préoccupations et situations mises de l’avant par Jan Frans Ricard sont criantes d’actualité. Elles font l’intérêt d’un thriller syndical pimenté de références littéraires et jazzistiques, dont les dédales sociosyndicaux et les enjeux sont parfois arides — mais pas stériles.

Sonia Sarfati

Un pastiche réussi

Avec son écriture d’une puissance exceptionnelle et ses personnages hors normes, Piergiorgio Pulixi a fait une entrée fracassante il y a déjà quelques années avec L’île des âmes. Depuis, il a amorcé une série beaucoup plus soft mettant en scène un misanthrope fini, Marzio Montecristo, propriétaire de la librairie des Chats noirs, spécialisée dans le polar. Pour éviter la faillite, on le retrouve ici participant avec ses chats — Miss Marple et Poirot — à une étrange croisière promotionnelle durant laquelle un auteur de polars célèbre est assassiné en pleine mer, en pleine nuit. Les chats ont tout vu, bien sûr, mais Marzio assistera son ami l’inspecteur Caruso et ils feront la lumière sur cette affaire sordide. Dans une scène finale à la Poirot, ils identifieront le coupable dans un pastiche très réussi d’un roman d’Agatha Christie. L’enquête est solide, classique, il va sans dire, et les personnages, colorés. Tout cela est souvent touchant, mais nettement plus léger que ce à quoi nous a habitués Pulixi…

Michel Bélair

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