Paru en premier sur (source): journal La Presse
Il est l’Andrea Camilleri de la Sardaigne. Son commissaire Montalbano à lui, c’est l’enquêteur et criminologue Strega, un policier particulièrement porté sur l’absinthe qui partage la vedette avec les redoutables inspectrices Mara Rais et Eva Croce. Et voilà qu’avec sa plus récente parution, La librairie des chats noirs, un nouveau héros s’invite maintenant dans les polars de Piergiorgio Pulixi.
Publié à 1h11
Mis à jour à 13h00
« La librairie des chats noirs, c’est un hommage aux classiques de la littérature policière », explique l’écrivain, qui était de passage à Montréal cette semaine.
Agatha Christie, Edgar Allan Poe, Arthur Conan Doyle… autant d’auteurs qui l’ont inspiré à construire ce « cosy mystery », qu’il admet avoir voulu beaucoup moins noir que ses romans précédents.
Le personnage principal de La librairie des chats noirs – qui est en fait le premier titre d’une nouvelle série – est le propriétaire revêche d’une librairie spécialisée en romans policiers à Cagliari, en Sardaigne. Marzio Montecristo (dont le nom se veut un clin d’œil au célèbre comte d’Alexandre Dumas) tient un club de lecture dont les membres ont déjà aidé la police à résoudre une affaire complexe. Une série de meurtres sordides contraint alors les enquêteurs à faire de nouveau appel aux membres du club.
Piergiorgio Pulixi confie d’un ton grave qu’il a lui aussi été libraire avant de se mettre à écrire des romans. « Mais pas un libraire grincheux comme Marzio ! », tient-il à souligner.
Et cette nouvelle série, nous rassure-t-il rapidement, se déploiera en parallèle avec les nouvelles enquêtes de Strega, Rais et Croce, tandis que de « vieilles » enquêtes sont en voie d’être traduites pour nous arriver au cours de la prochaine année – puisque de la vingtaine de romans qu’il a écrits à ce jour, seuls cinq ont déjà été traduits en français.
De Stephen King à Louise Penny
De lecteur passionné à auteur de polars désormais traduit dans une douzaine de pays, Piergiorgio Pulixi fait partager dans La librairie des chats noirs son attachement à la littérature noire, que son protagoniste défend avec fougue, envers et contre tous, malgré sa difficulté à vendre suffisamment de livres pour joindre les deux bouts.
On découvre également, au fil de la lecture, que parmi ses auteurs de prédilection se trouve nulle autre que Louise Penny.
« Je l’adore, dit-il avec candeur. Elle m’a grandement aidé à construire mon personnage du vice-questeur Strega. J’ai trouvé dans Armand Gamache cette sensibilité et cette gentillesse qu’il ne perd jamais, même dans les moments les plus dramatiques. J’adore également ses trames parfaitement construites, son écriture toujours ciselée. Et quand je vais à Three Pines, j’ai l’impression de retourner à la maison. »
Piergiorgio Pulixi avait 6 ou 7 ans lorsqu’il a commencé à remarquer ces livres que son père achetait dans les kiosques de journaux de Cagliari, en Italie, avec leurs couvertures « plutôt violentes, montrant des femmes assassinées, des pistolets et des couteaux sanglants ». Des livres qui lui étaient interdits, cela dit – ce qui les a rendus d’autant plus fascinants à ses yeux. Mais son aventure avec l’écriture n’a véritablement commencé que lorsqu’il a lu Écriture : mémoires d’un métier, de Stephen King, au tournant des années 2000, alors qu’il n’avait pas encore 20 ans.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Piergiorgio Pulixi

J’ai commencé à écrire comme ça, parce que j’adorais Stephen King. C’est de lui que j’ai reçu mes premiers enseignements sur l’écriture.
Piergiorgio Pulixi
Encore aujourd’hui, Piergiorgio Pulixi aime les polars qui s’inscrivent dans la plus pure tradition du genre. Ceux qui donnent l’impression, en fermant le roman, qu’une certaine forme de justice a été rendue. Qui rassurent, aussi. Dont les personnages deviennent en quelque sorte « des compagnons de voyage ». Et il aime tout autant explorer ces zones d’ombre qui, à son avis, sont présentes en chacun de nous.
L’écrivain sarde a également une préférence marquée pour les romans policiers « procéduraux » où l’on s’immerge dans la complexité et les détails du travail d’enquêteur, comme on le constate dans son avant-dernier roman, La septième lune, paru au printemps. « Un autre de mes maîtres a été Michael Connelly, avec sa série des Harry Bosch », souligne-t-il.
Une chance pour lui, il a découvert qu’il avait pas mal de fans au commissariat local, ce qui lui a ouvert une porte sur le métier. « Certains sont devenus des amis et ils m’ont expliqué quelques procédures dans des circonstances déterminées. » C’est également ainsi qu’il a pu construire des personnages d’enquêtrices fortes, comme Mara Rais et Eva Croce, ou encore Clara Pontecorvo, qui est apparue dans La septième lune, mais qu’on retrouvera sans faute dans de prochains romans, promet-il. Toujours entre la Sardaigne et d’autres paysages de cartes postales de la botte italienne, où il se plaît à mêler la noirceur à la luminosité des lieux.
Un entretien avec Piergiorgio Pulixi est prévu ce samedi à 17 h 30, à la Maison de la littérature de Québec, dans le cadre du festival Québec en toutes lettres, en collaboration avec l’Institut culturel italien de Montréal.
La librairie des chats noirs
Gallmeister
288 pages





