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Lauréat du prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, l’écrivain français Pierre Lemaitre est de passage au Salon international du livre de Québec pour y présenter son roman paru en janvier, Les belles promesses, qui vient mettre un point final à sa grande tétralogie Les années glorieuses.
L’épopée des Pelletier ne s’arrête cependant pas là. En suivant les descendants de cette famille née dans la trilogie Les enfants du désastre, l’auteur poursuit son ambition, qui est de retracer l’histoire du XXe siècle à travers une vaste fresque littéraire.
Vous venez de terminer la tétralogie Les années glorieuses, ce qui représente un corpus de 2000 pages. Quel sentiment vous habite-t-il après avoir mis le point final à cette grande fresque?
Pierre Lemaitre : C’est un sentiment partagé, car il y a d’un côté le soulagement et la satisfaction d’avoir mené à bout ce projet ambitieux, sans avoir l’impression de démériter. En même temps, j’ai vécu cinq ans avec ces personnages, alors quand on les quitte, on vit toujours un petit post-partum. J’aurai toutefois le temps de m’en remettre.
L’auteur Pierre Lemaitre sera au Salon international du livre de Québec, qui se tient du 8 au 12 avril au Centre des congrès. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Tanya Beaumont
Comment trouvez-vous la matière historique pour vos intrigues?
Pierre Lemaitre : Je travaille avec une historienne qui m’aide à essayer de comprendre la période dans laquelle je suis, qui me fournit en faits divers parmi lesquels je vais choisir.
De temps en temps, c’est moi qui trouve des choses, de temps en temps, c’est elle. Elle me fait des notes précises sur mes demandes en fonction de la manière dont fonctionne mon intrigue.
L’auteur français Pierre Lemaitre est aujourd’hui âgé de 75 ans.
Photo : Bruno Levy
Vous avez publié vos premiers romans sur le tard, autour de la cinquantaine. Auriez-vous été un écrivain différent si vous aviez commencé à l’âge de 20 ou 30 ans?
Pierre Lemaitre : Ah oui, absolument! Je pense que, si j’avais commencé ma carrière à 25 ou 30 ans, je pense que je m’y serais certainement pris différemment. Je pense que j’aurais été beaucoup plus prisonnier de la mode littéraire de mon époque.
L’avantage d’avoir commencé tard, c’est qu’au fond je me suis libéré assez facilement des contraintes littéraires de mon époque. […] L’avantage de publier à 50 ans c’est que vous n’êtes pas de mode et donc vous vous permettez d’être moderne. En fait, l’énorme avantage de publier tard, c’est qu’au fond, vous arrivez tout de suite avec des romans qui disposent d’une maturité un petit peu supérieure.
Que pensez-vous de l’arrivée de l’intelligence artificielle en littérature, en particulier pour les nouvelles générations?
Je ne suis pas inquiet pour la littérature, mais je le suis pour les lecteurs. Parce que vous voyez, les lecteurs de demain sont les jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Ils sont habitués maintenant à des formats d’information très courts, ce qui fait que je pense que les jeunes générations seront incapables de lire des romans de 600 pages.
Je ne suis pas en train de dire que c’est moins bien, je dis simplement que c’est un autre état de la culture. Donc moi, ce qui m’embête avec l’IA, c’est qu’on peut assez facilement se satisfaire des textes qu’elle propose et qui sont des textes extrêmement pauvres. En fait, l’IA n’est pas capable de beaucoup d’originalité, pas beaucoup de créativité.
Le Salon international du livre de Québec se tient au Centre des congrès du 8 au 11 avril 2026.
Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Donc je pense qu’elle est capable de faire un roman à la Pierre Lemaitre et je pense qu’elle le fera suffisamment bien pour créer le doute sur son origine. En revanche, je ne pense pas que l’IA soit encore pour quelque temps capable d’inventer Pierre Lemaitre. La nouveauté que représente l’arrivée d’un écrivain qui apporte quelque chose de neuf, ça, c’est quelque chose à mon avis que l’IA n’est pas près de faire.
Vos lecteurs attendent la suite de votre fresque. À quand l’arrivée de la troisième génération, les petits-enfants Pelletier?
Pierre Lemaitre : La suite, qui traitera des années 80-90, avec la génération de Colette et de Philippe, prendra la forme d’un diptyque ou d’une trilogie. Cependant, entre-temps, je publierai en février prochain un autre livre : un roman noir explorant les thèmes de la domination masculine, de l’argent et de la sexualité. C’est un retour à mes premières amours littéraires, il faudra donc patienter un an de plus pour retrouver la famille Pelletier.
Pierre Lemaitre sera au Salon international du livre de Québec du 9 au 11 avril.










