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Plier les frontières du temps

Source : Le Devoir

Dans la scène d’ouverture de La ricaneuse, sixième roman d’Éric Dupont, Mary Gallagher et Susan Kennedy, deux prostituées, se fraient un chemin dans la forêt d’ivrognes de la taverne de Charles McKiernen, alias Joe Beef, un poète et philanthrope qui offre gîte et couvert aux plus démunis et, accessoirement, organise des combats entre ses chiens et des ours — qui passent la majorité de leur temps à se vider des pintes de bière dans la gueule — les soirs fastes.

Cette anecdote, inspirée, en passant, de faits vécus, est la moindre des absurdités dans ce roman symphonique tissé de réalisme magique. Ici, les enfants naissent dans des melons, la couleur rouge crée des distorsions dans l’espace-temps et les processions religieuses évoluent tels des serpents à travers les rues de Montréal, la ville la plus ivre d’Amérique du Nord.

Avec cette saga familiale prenant racine dans les fermes de melons brodés au pied du mont Royal à la fin du XIXe siècle, Éric Dupont souhaitait d’abord et avant tout écrire « son roman de Montréal », comme La fiancée américaine (Marchand de feuilles, 2012) a peut-être pu être celui de Rivière-du-Loup. « Et par tous les moyens, j’ai tenté de rendre Montréal magique. »

C’est Mary Gallagher, évoquée lors d’une rencontre avec son éditrice, qui a d’abord constitué l’étincelle de La ricaneuse, cette femme qui, le 26 juin 1979, a été brutalement assassinée par son amie Susan Kennedy dans le quartier de Griffintown. Susan aurait décapité sa victime à l’aide d’une hache pour ensuite déposer sa tête dans un panier sur la

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