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Les noms des cinq finalistes du Prix du récit Radio-Canada 2025 sont dévoilés. Leurs textes ont été sélectionnés par un jury composé de la chroniqueuse et psychologue Nathalie Plaat, de la professeure et essayiste Maïka Sondarjee et de l’écrivain Akos Verboczy. Chaque année, ce prix récompense des textes originaux d’autrices et d’auteurs amateurs ou professionnels.
Les récits inédits de Maude Beauchemin, de Karolyne Chevalier, de Simon Painchaud, de Fabien Philippe et de Marie Sirois ont été choisis parmi les 24 textes dela liste préliminaire établie par le comité de lecture.
Le nom de la personne gagnante sera dévoilé le 25 septembre.
La liste des finalistes de langue anglaise (CBC Short Story Prize) a été dévoilée sur le site de CBC Books (nouvelle fenêtre).
Les finalistes :
(Cliquez sur le titre de leur nouvelle pour la lire)
Maude Beauchemin est finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2025.
Photo : Ludwig Dumetz
Ingénieure de formation, Maude Beauchemin vient du domaine des chiffres et des équations qu’elle qualifie comme un monde bien à part. Après un long parcours scolaire en ingénierie et en informatique, elle se présente aujourd’hui comme écrivaine. Par ailleurs, elle souligne venir d’une famille où la lecture occupait une grande place, sa mère étant une passionnée de la littérature jeunesse.
Je me souviens des vacances d’été à la plage où, chaque année, ma mère se surprenait de la quantité de livres que je dévorais en une semaine. J’explosais les limites d’emprunt de la bibliothèque, et elle devait déborder sur le compte de ma sœur, qui préférait faire des châteaux de sable.
C’est toute jeune qu’elle a commencé à écrire, s’inspirant de l’écrivaine Alexandra Larochelle, qui a commencé sa carrière à un très jeune âge. Malheureusement, mes propres débuts de romans sont probablement encore aujourd’hui empilés dans une boîte poussiéreuse dans le sous-sol chez mes parents.
Délaisser le génie pour l’écriture
Récemment, elle a donc mis de côté sa carrière en ingénierie pour se consacrer à l’écriture. C’est une visite impromptue au pavillon des arts de l’Université Laval qui lui a fait réaliser qu’elle n’était pas à sa place et elle a quitté ses études doctorales. L’écriture avait plus de sens pour moi d’un point de vue sensible et créatif que d’un point de vue froid et scientifique.
Maude Beauchemin s’est donc lancée avec un partenaire dans un projet de récits illustrés qui paraîtra sous peu. Avec Récit et couleur, nous offrons aux gens des œuvres sur mesure, illustrées et écrites, basées sur un moment qu’ils souhaitent immortaliser et conserver.
Une autre facette du projet sera d’immortaliser leurs propres souvenirs et histoires.
C’est lors de ce changement de carrière qu’elle est tombée sur le site des Prix de la création Radio-Canada et a décidé d’envoyer l’un de ses textes. C’est ainsi qu’à sa première participation, elle se classe parmi les cinq finalistes du Prix du récit, ce dont elle est très fière. J’ai aussi un sentiment de confirmation que cette voie un peu folle que j’avais empruntée quelques mois plus tôt avait du sens, du moins, un peu.
Elle encourage les personnes qui hésitent encore à faire la même chose. Écoutez votre petite voix. Même si ça peut paraître un peu fou pour ceux autour de vous, faites-vous confiance et faites confiance à votre intuition. Accrochez-vous aux signes que la vie vous renverra pour vous montrer que vous êtes dans la bonne voie. Et finissez ce texte qui traîne sur votre ordi depuis trop longtemps!
Les autrices et auteurs Marie-Renée Lavoie, Jean-Philippe Baril-Guérard, Heather O’Neill sont une source d’inspiration pour Maude.
Karolyne Chevalier est finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2025.
Photo : François Lebeau
Karolyne Chevalier se considère comme une grande lectrice. Enfant, je me plaisais à imaginer que, plus tard, je serais bibliothécaire. Puis, d’un espace de jeu à un lieu de refuge, la littérature est devenue un objet d’étude.
Elle est titulaire d’une maîtrise en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), pendant laquelle elle s’est intéressée à la mise en récit des violences dans les romans de Chimamanda Ngozi Adichie et Taiye Selasi. Dans le cadre de mes recherches universitaires, j’ai écrit le plus souvent par rapport au travail des autres.
Une première participation
Karolyne Chevalier n’avait pas trop l’habitude d’écrire à propos de ses propres expériences. Elle a cependant entrepris la composition d’un récit à partir de sa propre expérience de deuil et a osé soumettre ce texte au prix de la création de Radio-Canada pour une toute première fois.
Je suis encore bouche bée d’être l’une des finalistes d’un concours qui m’a permis de découvrir de nombreuses plumes au fil des années.
Elle cite notamment Simon Brousseau, lauréat du Prix du récit 2022 pour La signature du père. Son livre Chaque blessure est une promesse l’a touchée par sa manière sensible d’aborder la relation parent-enfant au travers de l’épreuve de la maladie et de l’aide médicale à mourir. Au nombre de ses lectures marquantes, elle souligne aussi Là où je me terre, de Caroline Dawson, Le compte est bon, de Louis-Daniel Godin et Momm, de Catherin.
Lorsqu’elle n’a pas le nez plongé dans un livre, elle partage son temps entre les arts visuels et sa passion pour la confection de pâtisseries.
Simon Painchaud est finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2025.
Photo : François Couture
Né à Pointe-aux-Trembles, dans l’est de Montréal, Simon Painchaud a déménagé en Estrie il y a quelques années. Avec sa conjointe, il y élève son fils, mais vient régulièrement dans la métropole pour le travail. Il avoue que l’écriture et la photographie ont longtemps dialogué ensemble dans sa vie. J’ai toujours trouvé qu’ils exerçaient le même muscle chez moi, celui de l’attention.
Entrepreneur à vocation sociale, il conjugue les métiers de scénariste, de concepteur et de rédacteur. D’ailleurs, l’écriture est entrée tôt dans sa vie. Il a commencé à écrire de la poésie vers l’âge de quinze ans, puis la photographie a pris le relais dans sa vingtaine. C’est dans la trentaine que la poésie est revenue vers lui et l’a accompagné dans ses quêtes d’exploration intérieure et de reconnexion avec ses ancêtres. Ces questionnements ont pris la forme de deux recueils de poésie aux Éditions du Noroît : Nul si découvert, en 2020, et Je parle de vos silences, en 2023.
Simon Painchaud a obtenu une bourse pour son projet d’écriture Je traverse le temps afin d’aller à la rencontre de 12 personnes en Estrie, comme il l’expliquait en entrevue à l’émission Vivement le retour. Il a également remporté le Prix du poète émergent pour le 10e anniversaire de la librairie Le Port de tête en 2017.
Premier essai au récit
Son texte finaliste Des pleins et des vides est sa première incursion dans l’univers du récit. Pour faire ce voyage, j’ai emprunté au journal de bord sa marche organisée, au poème ses images et à la photographie son instantanéité. Le récit s’est imposé par fragments, comme un album photos. Ces courts passages se sont avérés une façon efficace d’écrire malgré l’horaire chaotique qui vient avec la parentalité.
Il était surpris et honoré de figurer parmi les cinq finalistes. Il y a tellement de talents littéraires chez nous. C’est vertigineux de penser que ce texte a su se frayer [un chemin] parmi tous ces récits.
Après le choc initial de l’annonce, j’ai eu une pensée pour mon petit garçon et mon père qui, une fois le texte rendu public, deviendront les garçons et les pères de tous ceux qui se reconnaîtront, en entier ou en fragments, dans le récit.
Il ajoute que ce texte fait partie d’un grand projet de livre qu’il a amorcé à la naissance de son fils. Je visite le territoire, dans le bois, sur l’eau, à ras les étoiles, tout près de moi; autant de lieux qui me permettront de pister la beauté du monde, pour espérer la tendre à mon fils. Le manuscrit est pratiquement terminé, il est prêt à prendre racine chez un éditeur. Je fais confiance à la sérendipité!
Il tire une belle conclusion de sa première participation au Prix du récit : N’attendez pas de vivre une grande histoire, chassez les petites qui sont chuchotées, passent inaperçues et qui, par la voix de votre écriture, deviendront aussi surprenantes que la vie.
Il est inspiré par diverses lectures, notamment celle des essais d’Étienne Beaulieu et de Marie-Hélène Voyer, mais il lit aussi tout ce que la poésie québécoise a à offrir. Il apprécie particulièrement les poètes québécoises, comme Josée Yvon, Hélène Dorion, Martine Audet, Denise Desautels, Marie Uguay, Diane Régimbald, ou encore Marie-André Gill. Il ajoute : Je garde une place dans mon cœur et ma bibliothèque pour l’iconoclaste Robert Lalonde.
Fabien Philippe est finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2025.
Photo : F.P.
Originaire de Bretagne, en France, Fabien Philippe a fait de nombreux allers-retours entre le Québec et la France, puis a vécu à Beyrouth, entre 2006 et 2008, avant de s’installer à Montréal il y a 17 ans.
Après s’être principalement consacré à la production d’émissions de télévision et à l’organisation de manifestations culturelles, il travaille maintenant dans le milieu de l’édition. L’écriture fait partie de sa vie depuis plusieurs années sans qu’il ne puisse définir un moment précis où elle s’est imposée. J’ai plus l’impression de traverser des instants d’écriture comme des trous d’air ou de brusques échappées, ça reste furtif, friable. Et parce que c’est fragile, j’essaye de ne pas oublier que ce qui compte vraiment, c’est le moment de l’acte, ce qui se joue dans ces instants. Le résultat, c’est une autre histoire.
Un ancien gagnant
Ce n’est pas la première fois que l’un de ses textes est remarqué lors des Prix de la création. En 2013, il est le gagnant du Prix de la nouvelle Radio-Canada avec son texte Janken. En 2016, il est sélectionné dans la liste préliminaire du Prix de la nouvelle avec Yalla yalla, et en 2019, dans la liste préliminaire du Prix du récit avec Ana.
Ce concours est un véritable laboratoire pour explorer de nouvelles formes, se confronter à des thèmes moins familiers. C’est un exercice formidable pour apprendre autant la concision que la densité.
Il explique que son texte finaliste est constitué, entre autres, de fragments issus d’un ouvrage plus long qu’il est en train de poursuivre.
Parmi les lectures qui l’inspirent, il cite Flannery O’Connor, qui a signé en 1955 Les braves gens ne courent pas les rues. Le grand recueil sur le sud des États-Unis des années 50. C’est âpre, poisseux, fiévreux, cinglant. O’Connor, c’est une très grande voix.
Plus récemment, il a été séduit par Galumpf, de Marie Hélène Poitras, pour cette impression qu’à l’ombre de chacune de ses pages sommeille une fin du monde.
Mais s’il fallait ne retenir qu’un seul texte court, ce serait l’extraordinaire Baleine de Paul Gadenne, publié dans une revue en 1949 avant de disparaître pendant une trentaine d’années. C’est un chef-d’œuvre de beauté, de sensibilité et d’humanité. Je le relis constamment.
Marie Sirois est finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2025.
Photo : Antonio Perez
Marie Sirois est née et a grandi à Montréal. Elle a fait des études de cinéma au cégep, qui l’ont menée vers la scénarisation cinématographique à l’université, puis vers la littérature. Elle détient une maîtrise en création littéraire de l’Université du Québec à Montréal.
Elle gagne sa vie comme réviseure pigiste et est également gérante d’une salle de sport indépendante, domicile d’un club de bateau-dragon. J’ai longtemps pratiqué ce sport merveilleux, le bateau-dragon, jusqu’au plus haut niveau.
Elle a fait partie de l’équipe canadienne de 2017 à 2019 et elle a représenté le Canada à Kunming et à Chongqing, en Chine, ainsi qu’à Pattaya, en Thaïlande, lors de deux championnats et d’une coupe du monde.
Le sport et l’écriture sont, pour moi, complémentaires, deux facettes d’un même élan qui me fait avancer. Aujourd’hui, j’ai délaissé la compétition pour que le sport redevienne ce lieu de paix, de mouvements libres et de joie.
La littérature, une affaire de famille
Si le sport joue une grande place dans la vie de Marie Sirois, la littérature a toujours été au centre de sa vie. Je viens d’une famille de littéraires. Mes parents ont fait des études en lettres, sont de grands lecteurs et écrivent.
Elle raconte avoir toujours lu, mais ne pas toujours avoir écrit. C’est au cégep que j’ai commencé. J’ai le souvenir d’un cours de philosophie, où l’on tenait un journal de bord, lieu de réflexions sur l’amour, l’amitié, la mort; de cours de cinéma où nous devions raconter des histoires avec les images des autres, puis avec nos propres images.
C’est lors de ses études universitaires qu’elle a beaucoup expérimenté dans différentes formes d’écriture, comme le scénario, la poésie, la nouvelle et le théâtre. Elle ajoute que depuis la fin de ses études, elle se consacre à l’écriture de roman. J’ai trouvé, dans cette forme, une matière, un souffle, une durée que j’ai envie d’explorer encore.
D’ailleurs, son premier roman, Anne s’en va, paraîtra au printemps 2026 chez Leméac. J’en écris présentement un second, dont le titre de travail est Jour de tempête.
Ces sources d’inspiration sont diverses, outre ses proches : Anne Philipe, Jean-Marc Vallée, Rafaële Germain, Emmanuel Carrère, Nathalie Plaat, Bernard Émond, Sarah Polley, Dany Laferrière, Dani Shapiro, Sophie Dupuis, Maylis de Kerangal. Elle dit aimer les voix qui font preuve de vulnérabilité, de nuance et d’empathie. Les histoires familiales me touchent particulièrement, celles qui parlent d’infertilité ou d’adoption aussi, que ce soit sous forme de textes ou de films.
Véritable tremplin pour les écrivaines et les écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. Pour tous les détails du concours, consultez notre page.












