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Prix littéraires | Un avant et un après

Paru en premier sur (source): journal La Presse

La saison des prix littéraires s’achève avec la remise, la semaine prochaine, de deux récompenses dans le cadre du Salon du livre de Montréal. Il s’agit du prix Janette-Bertrand et du prix Radio-Canada Caroline-Dawson, qui seront décernés pour la première fois. Quel est l’impact de ce genre de prix littéraires sur la vie – et les ventes – d’un livre ?


Publié à 7 h 00

Lorsque le premier roman de Sébastien Dulude, Amiante, s’est retrouvé l’été dernier dans la sélection du Prix littéraire Le Monde, son livre n’était encore paru ni au Québec ni en France. Sitôt après, il a été retenu parmi les finalistes du prix Première plume (remporté l’an dernier par un autre primoromancier québécois, Éric Chacour). Les invitations à des émissions de télévision très courues n’ont fait que débouler par la suite – de La grande librairie, en France, à Tout le monde en parle, chez nous –, ce qui a vraiment « lancé » le livre, à son avis.

« La sélection du Monde a fait remarquer le livre des deux côtés de l’Atlantique, a confié Sébastien Dulude au bout du fil, de nouveau en tournée en France. Ça a eu un effet assez spectaculaire ; c’est un prix qui est quand même prestigieux, et je pense que ça a ouvert le bal. Ça créait une rumeur avant même la sortie du livre. »

L’auteur du roman Ce que je sais de toi, Éric Chacour, s’est retrouvé de son côté sur près de 70 listes de prix littéraires depuis la publication de son livre en 2023, autant au Québec qu’en France – et il en a remporté plus d’une trentaine, du Prix des libraires français au Femina des lycéens. Mais le simple fait de s’être retrouvé sur certaines listes a selon lui contribué au succès commercial du livre.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Chacour

« Au Québec, l’impact sur les ventes du livre est venu simplement du fait d’avoir été nommé, a souligné Éric Chacour de la Roumanie, où il se trouvait en tournée dans le cadre du Prix des cinq continents qu’il a remporté l’an dernier. On a senti une sorte d’embrasement. C’était un moment très particulier parce que c’était notre rentrée à Kev Lambert et moi [en France, à l’automne 2023], et on était tous les deux nommés sur les quatre plus grands prix littéraires – lui sur le Goncourt et le Médicis, moi sur le Renaudot et le Femina. C’est quelque chose qui n’arrive pas souvent, donc il y a eu une sorte de joli emballement médiatique qui a vraiment porté mon livre. »

Éric Chacour précise que si son roman se vendait « bien » jusque-là, entre autres grâce au bouche-à-oreille des libraires québécois, les annonces liées aux prix ont permis de braquer les projecteurs sur le livre et de le faire connaître à des gens qui n’y auraient peut-être pas été exposés autrement.

Des prix prescripteurs

En octobre dernier est parue une étude menée par une chercheuse de HEC Montréal sur l’impact des prix littéraires sur les ventes de livres, à partir de la base de données de la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF), qui représente 60 % des ventes de livres francophones au Québec.

Au départ, la chercheuse Chloé Vanasse cherchait à répondre à une interrogation bien personnelle avant d’en venir à l’élaboration d’un modèle statistique – une première, chez nous.

Je suis une très grande lectrice en partant et c’est le genre de chose que je me suis tout le temps demandé : est-ce que je suis la seule qui soit influencée quand je vois, par exemple, qu’un livre d’un auteur que je ne connais pas a gagné un prix ?

La chercheuse Chloé Vanasse

Pour réaliser ce modèle, la chercheuse a retenu les finalistes et les gagnants de 30 prix québécois, canadiens et français de 2013 à 2022. Soit 534 titres au total, sur des listes comme celles du Giller, du Goncourt, du Prix littéraire des collégiens, du Prix des libraires du Québec et des Prix littéraires du Gouverneur général.

En suivant leur trace durant les six mois ayant précédé la remise du prix et les six mois suivants, elle a pu observer notamment qu’un livre lauréat connaîtra une augmentation « substantielle » des ventes au détail de 229 % après l’obtention d’un prix. Et que, règle générale, plus le prix est populaire ou prestigieux, meilleures seront les ventes.

Une question de hiérarchie

Du côté de Renaud-Bray/Archambault (dont les ventes de titres ne sont pas comptabilisées par la BTLF), une comparaison effectuée de 2013 à 2023 sur l’effet des cinq plus grands prix français a permis également de constater qu’il y a des récompenses « qui ont plus d’impact sur les ventes que d’autres », relève Floriane Claveau, directrice des communications.

« Les ventes de titres qui avaient reçu des prix, parmi les cinq qu’on a comparés, sont plus importantes que les ventes moyennes de livres. Et on a remarqué que le Goncourt se démarquait significativement des autres prix sur les ventes, note-t-elle. Ensuite, on a le Renaudot, le Médicis, le Femina et le Grand Prix du roman de l’Académie française. »

La semaine dernière, le site spécialisé Livres Hebdo a d’ailleurs rapporté qu’après la remise du prix Goncourt, le 4 novembre, le livre lauréat, Houris, de Kamel Daoud, s’est écoulé près de trois fois plus que le finaliste Jacaranda, de Gaël Faye, alors qu’il s’était vendu jusque-là deux fois moins.

PHOTO SARAH MEYSSONNIER, ARCHIVES REUTERS

L’auteur de Houris, Kamel Daoud, à la remise du prix Goncourt, le 4 novembre dernier

En France, une étude de marché réalisée en 2023 par le groupe GfK montre également que ce sont les romans arborant le fameux bandeau rouge du Goncourt qui battent les records de vente – sauf exception. En décembre 2022, notamment, le finaliste du Goncourt Giuliano da Empoli avait vendu 339 000 exemplaires de son premier roman, Le mage du Kremlin, qui avait retenu toute l’attention du milieu littéraire avec cette incursion dans les coulisses du pouvoir russe. La lauréate, Brigitte Giraud, arrivait loin derrière, de son côté, avec des ventes de 198 000 exemplaires pour son livre Vivre vite.

Selon Audrey Martel, libraire copropriétaire de la librairie L’exèdre, à Trois-Rivières, un prix comme le Goncourt vient donner cette « petite poussée » qui manquait à certaines personnes pour aller se procurer un livre.

Donc les gens ne l’achètent pas nécessairement à cause du Goncourt, mais le Goncourt devient l’élément supplémentaire qui fait qu’on va s’y intéresser.

Audrey Martel, libraire copropriétaire de la librairie L’exèdre

Et ce n’est pas « juste parce qu’il a gagné un prix » que les libraires le mettront de l’avant, précise-t-elle. « Il y a aussi une notion d’intérêt pour le livre. »

Une visibilité accrue

Dans certains cas, comme pour le roman de Kev Lambert Que notre joie demeure (lauréat des prix Médicis et Décembre en 2023), le prix a agi comme « un puissant accélérateur » sur les ventes alors qu’il était déjà « un très beau succès de librairie », selon Florence Noyer, directrice générale de la maison d’édition Héliotrope, qui publie les livres de Kev Lambert.

Et de la même façon que pour Kev Lambert et Éric Chacour, l’an dernier, la sélection de l’essai de Martine Delvaux Ça aurait pu être un film parmi les finalistes du Médicis, cet automne, a entraîné une réimpression immédiate.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Florence Noyer, directrice générale d’Héliotrope

Un auteur québécois sur l’un des plus prestigieux prix littéraires français, c’est un moment exceptionnel.

Florence Noyer, directrice générale d’Héliotrope

« Il n’y a pas que les lauréats qui tirent des bénéfices des prix littéraires, les finalistes aussi », renchérit de son côté Carole Tremblay, éditrice de La courte échelle, qui a remporté de nombreux prix, dont le Prix du Gouverneur général, le Prix des libraires et le prix TD.

Et ces prix, ajoute-t-elle, permettent également d’attirer l’attention des éditeurs étrangers quand vient le temps de vendre les droits de traduction.

« C’est comme s’il y a une reconnaissance, un sceau de qualité qui fait que si l’éditeur étranger a le choix entre plusieurs livres, c’est sûr que c’est motivant d’aller vers celui qui a gagné un prix », estime Carole Tremblay.



Consultez l’étude de la BTLF et de HEC Montréal sur l’impact des prix littéraires

Cinq prix littéraires français

Prix Goncourt
Prix Renaudot
Prix Médicis
Prix Femina
Prix Décembre

Cinq prix littéraires québécois

Prix des libraires du Québec
Prix littéraire des collégiens
Prix Ringuet
Grand Prix du livre de Montréal
Prix du gouverneur général (prix canadien)

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