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1. Simon a sa journée dans le corps
Simon Boulerice et Camille Lavoie, Le Robert Québec, 80 p., 24,95$
Dans cet album agrémenté des magnifiques illustrations de Camille Lavoie, Simon passe une journée rocambolesque à l’école, qui débute mal parce qu’il a oublié que c’était le jour de la photographie scolaire. Chaque péripétie que vit le jeune garçon est liée à une expression québécoise — qui est expliquée et mise en contexte dans l’histoire —, par exemple, « avoir les yeux dans la graisse de bines », « se retrouver les quatre fers en l’air », « se mettre sur son 36 », « avoir de l’eau dans la cave », « se faire serrer les ouïes », « s’enfarger dans les fleurs du tapis », etc. Tout en dépeignant le monde intérieur de l’enfance, ce livre s’avère aussi une drôle et charmante façon d’apprendre des particularités de notre langue. Dès 8 ans. En librairie le 7 novembre
2. Mauvaise langue
Marc Cassivi, Somme toute, 104 p., 13,95$
Dans un style sans compromis, le journaliste et chroniqueur Marc Cassivi signe un livre pamphlétaire contre ce qu’on pourrait nommer la radicalisation de la langue française au Québec. Prônant plutôt un côtoiement des langues, plus actuel que la rigidité dont certains font preuve, il n’accorde pas de crédit aux puristes qui voudraient d’une communauté en vase clos. Mêlant l’essai au récit, l’auteur s’en prend à tous ceux qui démonisent l’anglais, conscient cependant qu’il est nécessaire de protéger le français, ce qui n’empêche pas sa cohabitation avec d’autres langues. Se disant indépendantiste, Cassivi prêche l’ouverture, seule façon de continuer à être soi-même parmi et avec le reste du monde, car, comme il l’écrit : « Une langue n’est pas une prison. »
3. La langue et le nombril : Une histoire sociolinguistique du Québec
Chantal Bouchard, PUM, 294 p., 29,95$
La linguiste Chantal Bouchard démontre ici à quel point le cheminement d’une langue est lié à celui de sa société. Elle souhaite relever la relation que les Québécois ont entretenue avec le français au fil du temps en prenant comme source les écrits publiés dans les ouvrages et les journaux de la province et qui se rapportaient à la langue. En sondant la perception des citoyens sur leur manière de s’exprimer, l’autrice s’efforce de comprendre les raisons d’une filiation qui a souvent été ardue et dont le sujet continue aujourd’hui à électriser les foules. Elle constate entre autres des manifestations d’insécurité linguistique dès le milieu du XIXe siècle, ce qui nous convaincra peut-être d’enfin assumer notre langue.
4. Le français au Québec : 400 ans d’histoire et de vie
Michel Plourde et Pierre Georgeault (dir.), Fides, 680 p., 19,95$
Retracer le parcours de la langue française au Québec implique un travail considérable, et c’est ce qui a été réalisé dans cet ouvrage bellement illustré qui brosse le portrait de quatre périodes charnières : un statut royal (1608-1760), une langue sans statut (1760-1850), un statut compromis (1850-1960) et la reconquête du français (1960-2000). Le grand intérêt de ce livre repose sur la diversité de ses intervenants, apportant des angles différents selon leur champ d’expertise. Ainsi avons-nous droit aux perspectives relevant évidemment de la linguistique, mais aussi de l’histoire, de la sociologie, des sciences politiques, de la géographie, de la démographie, de la critique littéraire, procurant une matière riche à quiconque intéressé par la langue française au Québec.
La langue, un liant social
Pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants dans la grande métropole, l’organisme Ma Parole!, dont sont partie prenante les animatrices Julie Laferrière et Catherine Perrin, a choisi de miser sur la culture. En effet, existe-t-il meilleur moyen que la littérature et les arts vivants pour accueillir ces personnes et faire leur connaissance? Et bien sûr, la langue est au cœur des projets concernés. « Ma Parole! médiation culturelle a pour but avoué d’inspirer le goût de la culture, des arts et de la langue française ainsi que de donner la parole à tout un chacun, pour qu’il la fasse sienne », est-il écrit sur leur page LinkedIn.
Retenons seulement « Au fil de la parole », une de leurs initiatives qui consiste en une lecture-spectacle, tirée cette année du titre Ru de Kim Thúy. Les comédiens Christian Rangel et Ines Talbi, ainsi que la musicienne Laurie Torres, se sont rendus dans les centres de francisation afin d’offrir la prestation à des groupes d’adultes en processus d’apprentissage. Les participants, sur une base volontaire, ont eu l’occasion d’écrire quelques mots sur leur expérience. En collaboration avec le Festival international de la littérature (FIL), une lecture publique a ensuite été organisée durant laquelle les acteurs ont présenté les textes des personnes immigrantes.
L’an passé, le livre choisi fut Là où je me terre de Caroline Dawson, dont une des apprenantes, Nazanin Hoohzad, s’est inspirée : « Je suis là en écoutant l’histoire de Caroline, je pourrais me voir dans son histoire, ses mots et ses sentiments. Mon cœur est brisé et j’ai des larmes dans mes yeux. Et je me demande si je pourrais être courageuse et résiliente comme elle, malgré tout ce que j’ai vécu?! » Par ses activités où le français est toujours à l’honneur, l’agence de médiation entend créer des liens, éviter l’isolement et renforcer la cohésion de la collectivité.
Des figures importantes de la langue française
Pour faire connaître les personnes qui par leur implication ont participé à déployer le français au Québec et plus largement en Amérique du Nord, les Éditions de la Bagnole ont publié en deux tomes les magnifiques Nos géantes, nos géants. Rassemblant en tout quarante-six portraits d’hommes et de femmes provenant de différents domaines — l’éducation, la littérature, la cuisine, la politique, la chanson, le théâtre, le sport, etc. —, ces documentaires, s’ils sont originellement destinés aux jeunes de 12 à 15 ans, peuvent très bien intéresser un plus large public.
Ils renferment une grande quantité d’informations transmises par les belles plumes de l’écrivaine et animatrice Claudia Larochelle, aussi journaliste en nos pages et vice-présidente de la Fondation pour la langue française, et de l’auteur et rappeur Biz. Ludiquement illustrés par Benoît Tardif, les titres mettent notamment en vedette le compositeur et chef d’orchestre Calixa Lavallée, le poète Émile Nelligan, la botaniste Marcelle Gauvreau, le syndicaliste et militant Michel Chartrand, l’écrivaine Nelly Arcan, le hockeyeur Maurice Richard, le député et secrétaire de la province de Québec Athanase David et l’autrice-compositrice-interprète Pauline Julien.
Outre les livres, une série de capsules vidéo, initiée par la Fondation Lionel-Groulx et que l’on peut visionner sur leur site Web, et une exposition tournante sont aussi consacrées à nos géantes et à nos géants.
Vouer une affection profonde à la langue française
Originaire de Kitchener en Ontario, élevée dans une famille unilingue anglophone, l’autrice Lori Saint-Martin (1959-2022) a complètement tourné le dos à sa culture pour endosser celle du Québec francophone. Comme si elle n’était pas née à la bonne place, dans la bonne langue, elle change de nom et prend acte d’une nouvelle naissance, désormais en conformité avec elle-même. « Si j’ai changé de vie et de langue maternelle, c’était pour pouvoir respirer alors que j’avais toujours étouffé. Je raconte, ici, l’histoire d’une femme qui a appris à respirer dans une autre langue. Qui a plongé et refait surface ailleurs », écrit-elle dans l’implacable et très beau récit Pour qui je me prends (Boréal). Ces mots démontrent bien la portée d’une langue, qui s’inscrit au cœur d’une identité et d’une appartenance. Lori Saint-Martin consacrera sa vie à écrire, à enseigner la littérature, mais aussi à traduire avec son mari Paul Gagné plus de 110 titres, de l’espagnol et de l’anglais vers le français, comme un acte d’amour ultime promis à la langue.
Le bonheur des expressions
Lorsque le français se pare d’images et de fantaisie, il nous gratifie d’expressions hautes en couleur qui donnent du piquant à la langue. Pierre DesRuisseaux l’a bien compris, lui qui, en plus d’avoir été poète (il a remporté en 1989 un Prix littéraire du Gouverneur général pour son recueil Monème publié à L’Hexagone), s’est intéressé aux tours et détours de la langue française avec notamment le Dictionnaire des proverbes, dictons et adages québécois (BQ), dont la plus récente édition, parue en 2018, rassemble également les équivalents anglais.
L’auteur a pareillement publié Trésor des expressions québécoises (Fides), véritable mine d’or du français au Québec, réunissant quelque cent œuvres du corpus littéraire québécois desquelles ont été tirées les citations permettant d’illustrer l’emploi et le contexte des expressions inventoriées. Ainsi avons-nous la chance grâce à ce livre de rencontrer des tournures bien connues de la plupart des Québécois et des Québécoises : « avoir un air de bœuf », « s’en ficher comme de l’an quarante » ou « se pogner le bacon » faisant partie des plus courantes. Mais il nous offre la possibilité d’en découvrir d’autres peut-être moins célèbres telles que « manger les barreaux de châssis », signifiant que l’on « se langui[t] d’amour à la fenêtre » ou encore « se faire passer aux beignes », c’est-à-dire « se faire chicaner, gronder ».
Les plus jeunes ont aussi droit au même plaisir des jeux langagiers avec Léon et les expressions québécoises (Presses Aventure). Léon, ce sympathique cyclope, héros de plusieurs histoires créés par l’autrice et illustratrice Annie Groovie, s’en donne ici à cœur joie en apprenant ce que veut dire « en avoir plein son casque », « se casser le bicycle » et « être vite sur ses patins ». Après tout, les expressions sont sûrement une des manières les plus agréables de s’amuser avec la langue.





