
L’année a été faste au rayon de la littérature québécoise. Nos journalistes vous font part des lectures qui les ont marqués au cours des derniers mois.
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Une histoire silencieuse, Alexandra Boilard-Lefebvre
Comment une femme a-t-elle pu laisser si peu de traces ? Alexandra Boilard-Lefebvre n’a pas connu Thérèse, sa grand-mère morte à 27 ans dans des circonstances face auxquelles ses proches se sont emmurés dans le mutisme. Il lui aura donc fallu accomplir ce pour quoi l’écriture demeure irremplaçable : faire parler le silence. Méditation sur la transmission des traumatismes et sur la longue marche du deuil, ce remarquable reportage de l’intime, d’une intelligence des plus sensible, témoigne de la détresse des ménagères et du mépris de toute une société pour leurs aspirations. Mais ce serait sans doute une erreur de n’y voir que la trace d’une époque révolue.
Dominic Tardif, La Presse

Une histoire silencieuse
Alexandra Boilard-Lefebvre
La Peuplade
256 pages
Demain soir, Hugo Bourcier
Ce récit d’une soirée, racontée à tour de rôle par neuf fêtards, est tout simplement jouissif à lire. Il faut dire qu’Hugo Bourcier, qui signe ici son premier roman, maîtrise l’art du jugement, cynisme inclus, avec un sens aigu de l’observation. Dans cette histoire campée dans le monde artistique, les personnages, une clique tissée serré de trentenaires, s’observent, se scrutent et se comparent, sans gêne aucune, ni le moindre filtre. Tout y passe : leurs rêves, leurs réalisations et leurs désillusions. C’est drôle, souvent méchant, désenchanté et plutôt parlant. Un vrai délice.
Silvia Galipeau, La Presse

Demain soir
Hugo Bourcier
Les éditions de la maison en feu
327 pages
Du ventre des montagnes, Fanie Demeule
Le souffle de ce roman très abouti, à l’écriture ensorcelante, nous a renversée. La liste des publications de la romancière Fanie Demeule (Déterrer les os, Roux clair naturel, Mukbang) est déjà bien garnie, mais elle effectue un changement de registre vers le genre de la dark fantasy avec ce roman qui raconte la quête inexorable de Nan Sappo pour aller porter le crâne de sa sœur au sommet vertigineux d’Eien, qui aurait le pouvoir de ressusciter les morts. Un récit brûlant comme l’amour que Nan porte à sa sœur, où le surnaturel, les mythes et légendes transfigurent le réel et le tangible.
Iris Gagnon-Paradis, La Presse

Du ventre des montagnes
Fanie Demeule
Québec Amérique
360 pages
Ça finit quand, toujours ?, Agnès Gruda
Dans ce premier roman imposant, l’ancienne journaliste de La Presse Agnès Gruda peint avec une grande finesse de multiples tableaux de l’exil. À travers le destin de trois familles qui fuient la Pologne à la fin des années 1960, elle parvient à nous montrer comment le milieu dans lequel on évolue peut irrémédiablement forger notre destinée. Sur plus de 50 ans, on s’attache à ces personnages qui nous font réfléchir entre les lignes à des questions comme l’attachement, l’appartenance et la construction identitaire.
Laila Maalouf, La Presse

Ça finit quand, toujours ?
Agnès Gruda
Boréal
496 pages
La mère des larves, de Maude Jarry
Dans la catégorie des plumes découvertes cette année, il y a Maude Jarry, qui nous a offert le décapant La mère des larves. Sarah, la protagoniste, traverse à la fois une rupture et un épisode d’errance médicale, en plus d’être attaquée par tous les chats qu’elle croise – le comble, se dit-on, pour une technicienne en santé animale. On a été complètement charmée par l’humour grinçant, le côté gore original et les personnages qu’on a à la fois envie de prendre dans nos bras… et de secouer par les épaules. Une œuvre coup-de-poing brûlante d’actualité, mais aussi parfaitement divertissante, idéale pour le temps des Fêtes.
Audrey-Anne Blais, La Presse

La mère des larves
Maude Jarry
Les Éditions de Ta mère
376 pages
Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur, Véronique Marcotte
Librement inspiré d’un fait divers qui a secoué la planète entière – on ne vous dira pas lequel, mais disons qu’il est glaçant –, ce roman choral, le plus intime de Véronique Marcotte à ce jour, est tout simplement bouleversant. Le genre de texte, un thriller autofictif féministe, impossible à poser, tant l’intrigue est haletante, et d’une actualité rare. L’autrice alterne ici entre deux récits. D’un côté : celui d’une certaine Rachel, son alter ego, une écrivaine en retraite au milieu d’un bois. De l’autre : une enquête policière. Les deux vont finir par se rejoindre, et accrochez-vous. Parce que ça fait mal, c’est violent, et tellement nécessaire.
Silvia Galipeau, La Presse

Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur
Véronique Marcotte
Québec Amérique
388 pages
La maison du rang Lynch, Alexie Morin
Premier tome d’un « Cycle de Wickford Mills » annoncé, La maison du rang Lynch se déroule dans une ville fictive des Cantons-de-l’Est à trois époques, 1983, 1994 et 1999, au sein de la famille McCabe. Dès les premières pages, on entre dans ce clan étrange et dysfonctionnel, où les non-dits sont nombreux, et les revenants bien réels. On comprend aussi que c’est là un grand projet littéraire d’Alexie Morin, qui crée une ambiance gothique de fin de siècle, truffée de références à la weird fiction qu’elle adore, dans une histoire qui a tout pour nous déboussoler, comme dans les films de David Lynch ou les romans de Philip K. Dick. Pour tout ça, et bien plus, c’est mon roman québécois de l’année.
Chantal Guy, La Presse

La maison du rang Lynch
Alexie Morin
Le Quartanier
408 pages
Sirop de poteau, Francis Ouellette
Après Mélasse de fantaisie qui avait reçu le Prix des collégiens en 2023, Francis Ouellette poursuit son exploration du quartier Centre-Sud des années 1970 et 1980, cette fois avec le personnage de Frigo le robineux, qui traîne avec lui les fantômes du Faubourg à M’lasse. Ouellette est l’un des rares écrivains capables de rendre le caractère rabelaisien de cet univers montréalais qu’il connaît bien, dans une langue incroyablement vivante et inventive. Un fabuleux voyage dans les bas-fonds remplis de marginaux inoubliables, où l’on croise le Vieux Munich, le cabaret Lion d’Or, la poète Josée Yvon ou la tribu des Mangeux-de-mannes.
Chantal Guy, La Presse

Sirop de poteau
Francis Ouellette
VLB éditeur
236 pages
Souches, Myriam Ouellette
Tant de livres parlent du cancer et si peu d’entre eux arrivent à en décrire la souffrance sans avoir recours à des métaphores usées. Tant de livres, mais pas ce premier roman de Myriam Ouellette, qui a survécu à une leucémie agressive et qui nomme avec une vertigineuse justesse la douleur d’un corps assailli de toutes parts ainsi que la curieuse euphorie de chaque jour ne pas mourir. En remontant son arbre généalogique, assombri par les horreurs de l’antisémitisme, et en recevant une greffe de cellules souches, elle soupèse aussi ce qu’il y a d’étouffant, et de beau, dans l’impossibilité de se soustraire à sa famille. D’une rare maîtrise.
Dominic Tardif, La Presse

Souches
Myriam Ouellette
Le Cheval d’août
240 pages
Les yeux clos, Philippe Yong
Les livres qui s’inscrivent à ce point dans l’air du temps voient généralement leur pertinence s’évaporer très vite. Ce qui ne risque – malheureusement ? – pas d’arriver à ce deuxième roman de Philippe Yong, dans lequel un journaliste d’agence, bouleversé par une huile d’Odilon Redon, part à la rencontre des vraies personnes qui se cachent derrière les faits divers qu’il rédige, ces absurdes victimes de leur époque, prêtes à obéir à un GPS jusqu’à en périr. En chemin, l’écrivain réfléchit à la responsabilité des médias et à notre relation à la technologie, mais raconte surtout une humanité de plus en plus prompte à renoncer à son humanité.
Dominic Tardif, La Presse

Les yeux clos
Philippe Yong
Mémoire d’encrier
258 pages
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