Tout lire sur: Revue Les Libraires
Source du texte: Lecture
Janvier signifie pour beaucoup un retour au travail, à l’école, à la routine. Un retour à la réalité qui vient souvent avec une liste de résolutions à tenir afin de garder le cap sur nos objectifs pour la nouvelle année. On se met fréquemment une pression immense pour atteindre ces résolutions et ne pas retomber dans la désinvolture et le laisser-aller qui avaient ponctué notre temps des fêtes.
Cette année, au lieu de renforcer certaines de ces idéologies parfois restrictives, nous avons envie de vous proposer une liste de livres anti-résolutions pour bien commencer l’année 2026. Des livres qui nous sortent de notre zone de confort et nous emmènent ailleurs, qui font du bien à l’âme et qui nous permettent de nous arrêter un instant, pour faire fi des contraintes externes. Voici donc, pour 2026, une liste de livres à découvrir ou à redécouvrir, qui nous permettent de relâcher un peu et de nous donner le droit de ne pas être parfaits.
Nostalgies : 100 desserts rétros revisités
Antoine & Philippe (L’Homme)
Décadent, ludique et complètement déjanté, Nostalgies : 100 desserts rétro revisités est un livre qui donne envie de littéralement plonger à l’intérieur. La nostalgie y est à l’honneur, sans aucun doute, mais c’est aussi une ode à la gourmandise et au plaisir de la table. La créativité et l’audace des deux chefs, qui ont participé à la compétition culinaire Le meilleur pâtissier du Québec, donnent assurément envie de tenter à son tour la confection de quelques-uns de leurs classiques réinventés. À leur image, le livre est aussi beau qu’indulgent. Il vous fera oublier les salades fraîcheur du mois de janvier pour vous entraîner dans une quête délirante de desserts surprenants, qui vous donneront faim et vous replongeront dans vos souvenirs d’enfance.
Le poids de la neige
Christian Guay-Poliquin (BQ)
Prendre le temps de s’arrêter prend ici tout son sens dans ce magnifique roman de Christian Guay-Poliquin, qui permet au lecteur de ressentir profondément la lenteur qui s’installe au fil des pages. À la suite d’un accident et d’une panne généralisée, le narrateur se retrouve immobilisé dans une maison isolée, au cœur d’un hiver oppressant. Le temps s’étire, les gestes se répètent, chaque décision exige un effort démesuré. La neige devient une matière lourde, qui freine les corps autant que les pensées. Dans cette lenteur extrême, appuyée par la prose poétique de Guay-Poliquin, le roman explore la dépendance, la survie minimale et la fragilité des liens humains, loin de toute urgence. C’est un roman de l’attente et du ralentissement forcé, exactement ce qu’il nous faut pour commencer l’année du bon pied.
J’étais un héros
Sophie Bienvenu (Le Cheval d’août)
Qui dit livre anti-résolution dit antihéros et, malgré le titre, c’est exactement ce que nous offre Sophie Bienvenu dans ce roman empreint d’un négativisme calme et frappant à la fois. Elle y fait l’éloge de l’imperfection à travers un protagoniste vieillissant, fragile, souvent dépassé par ses propres choix, qui incarne tout l’inverse de ce qu’on souhaite en guise de résolutions. Ici, on ne cherche ni à s’actualiser à tout prix ni à s’élever moralement pour devenir un modèle. Le héros de Bienvenu regarde plutôt sa vie avec une lucidité parfois cruelle, conscient de ses ratés, de ses lâchetés et de ses renoncements. L’autrice pose un regard franc sur le monde, rempli de petites désillusions, qui nous rappelle qu’il est possible de vivre dans l’imperfection, nous aussi.
L’art subtil de s’en foutre : Un guide à contre-courant pour être soi-même
Mark Manson (Du Trésor caché)
Qui dit nouvelle année dit souvent croissance personnelle, mais pas question ici de tomber dans les clichés ou le ton moralisateur du genre. On vous invite plutôt à une lecture qui fait sourire. Dans cet essai provocateur, Mark Manson démonte l’obsession contemporaine du bonheur, de la réussite et du développement personnel positif à tout prix. À contre-courant des discours motivants, il défend l’idée qu’une vie pleine de sens passe par l’acceptation des limites, de l’échec et de l’inconfort. Il invite à choisir soigneusement ce qui mérite réellement notre énergie et à se détacher du reste. Direct, ironique et volontairement anti-performant, le livre propose une philosophie plus réaliste, où le bien-être ne naît pas de l’optimisation de soi, mais du renoncement à l’illusion d’aller toujours mieux. Une lecture qui fait plaisir et qui permet de relâcher la pression, un peu plus, nous aussi.
Aller aux corps
Laurence Veilleux (Le Noroît)
Changeons complètement de registre avec ce magnifique recueil de poésie, qui donne par moments l’impression de flotter, tout en exposant sans détour les tabous et les non-dits explorés par Laurence Veilleux. Dans ce livre, l’autrice s’attarde aux rites funéraires familiaux et entraîne le lecteur dans cette quête intime grâce à une poésie du sensible qui interroge la mort, la mémoire et la filiation. L’écriture nous éloigne du réel pour mieux nous inviter à réfléchir à l’imaginaire qu’elle déploie. Et pourquoi ne pas commencer l’année en confrontant ses propres fantômes, à travers une lecture aussi imagée que déconcertante.
Le nez qui voque
Réjean Ducharme (Folio)
Laissez cette nouvelle année être l’excuse parfaite pour vous plonger ou vous replonger dans l’œuvre de Ducharme. Avec son langage et son style bien à lui, l’écrivain nous fait perdre nos repères et offre une expérience de lecture unique, propre à chacun. Le nez qui voque mêle monologue intérieur, langue inventive et tonalité absurde pour explorer le refus du monde adulte, l’identité et la tension entre enfance et maturité. Le roman propose surtout une lucidité cruelle sur la vie, la mort et le langage. C’est un texte poignant, d’une douceur déconcertante, qui nous donne le droit d’oublier, un instant, ce que vieillir veut dire.











