Céleste a perdu sa mère — une grande exploratrice de l’espace — très jeune. Dès ses premiers pas, ses soins et son éducation sont donc pris en charge par Robot, produit de la première génération de Guardianbot.
Devenue adulte, Céleste est à son tour appelée par les étoiles. Fraîchement diplômée de l’école d’aéronautique, elle s’envole pour une première mission interstellaire de six mois. Demeuré seul sur terre, Robot se console en replongeant dans leurs plus beaux souvenirs. Or, au fil des jours, la solitude commence à affecter le gentil androïde, mettant à l’épreuve ses systèmes technologiques vieillissants et menaçant sa précieuse carte mémoire.
Pendant ce temps, seule aux confins de l’espace, Céleste est rudoyée par des créatures destructrices qui la retiennent sur une planète lointaine. Alors qu’elle lutte pour fuir ce terrain hostile, la jeune femme sera également guidée par les souvenirs de son enfance et l’amour qui la rattache à son gardien.
Le DJ, compositeur, musicien et bédéiste Eric San, mieux connu sous le nom de Kid Koala, souhaitait rendre hommage à ses grands-parents avec Space Cadet, une bande dessinée parue en 2011, dont l’adaptation cinématographique atterrit ces jours-ci sur nos écrans, sous le titre Space Cadet. L’odyssée de Céleste.
Avec cette sublime fable musicale, le réalisateur offre une réflexion puissante — et pourtant perlée de candeur — sur l’enchevêtrement entre mémoire, deuil et identité.
Entièrement dénué de dialogue, le film ne perd rien de sa puissance narrative et émotionnelle grâce au travail scénaristique de Mylène Chollet, ainsi qu’aux animations en trois dimensions d’une poésie aussi sublime qu’évocatrice. Avec son allure rétrofuturiste, l’univers de Space Cadet est ciselé avec la précision du cœur, prouvant que la simplicité est le véhicule des plus grandes émotions. Impossible de ne pas s’attacher au duo formé par Robot et Céleste, qui rappelle que les plus petits moments de partage — une crème glacée, une graine plantée, un éclat de rire — forment les plus grands souvenirs.
Kid Koala s’attelle au travail de réalisation avec la patience et le dévouement de l’artisan, s’attelant à démontrer que la lenteur et le souci du détail sont les plus grands alliés de l’éveil des sens. À cet effet, une scène, d’une beauté inouïe, s’impose ; celle dans laquelle les deux héros, attablés dans un casse-croûte, prennent part à une compétition d’origami improvisée.
On ne peut non plus passer sous silence la trame sonore du film, composée par son réalisateur lui-même, et qui devient ici un personnage en soi et un magistral vecteur d’émotions. Constituée de fins morceaux de jazz où se glissent avec parcimonie des paroles allusives, la musique fera vibrer les petits tout en s’adressant aux plus grands, en contribuant à la profondeur du récit.
Même si les différentes trames narratives du film sont d’une portée inégale, ce dernier se clôt sur un magnifique épilogue, évoquant avec retenue la douleur du deuil, mais aussi ses possibilités ; celles qui résident dans le partage, le recommencement et la force qu’ont les souvenirs de nous propulser vers la suite.
Même s’il a pour son récit plongé dans l’imaginaire du futur, Kid Koala offre avec Space Cadet une histoire intemporelle qui traversera certainement les époques, nous rappelant que, dans cette course effrénée vers le progrès, les plus grandes réponses se trouvent parfois dans le cœur de ceux qui nous ont pavé le chemin.
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