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«Tendresses» de Hugues Corriveau : la moelle substantifique de l’os | Le Devoir
Le plus récent recueil de Hugues Corriveau propose une exploration de la survivance.
Publié à 0h00
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteur Hugues Corriveau
Collaborateur
Le Devoir
« Je suis à remettre la terre à l’endroit », voilà comment se termine Tendresses, plus récent recueil de poésie de Hugues Corriveau. Terre des vivants, bien sûr, mais aussi terre d’accueil des défunts, de celles et de ceux qui ont traversé « de l’autre côté ». L’écrivain, critique et professeur retraité nous a accueillis chez lui pour discuter des derniers foudroiements de ses mots, de sa vie.
« Ça fait quatre recueils que je suis dans mes morts. » Ses derniers vers étaient au chevet de la faucheuse, en effet, un rendez-vous que réitère Tendresses. Dans la splendeur lumineuse de son appartement, la mort empiète sur la vie, et pourtant, tout comme l’été refuse d’abdiquer à l’automne, Hugues Corriveau garde le cap sur le prochain jour à venir : « Je suis le dernier à penser qu’on s’alourdit de nos souvenirs. Tout notre bagage va vers demain, vers la prochaine minute. C’est pas l’idée de faire table rase, au contraire, mais c’est de s’inscrire dans le vivant, avec tout ce qu’on est. »
Cette posture fait écho à son désir d’un engagement résolu dans l’écriture : « Si tu veux pas te mettre à nu, lâche ton crayon. » L’écriture est un geste, le prochain à faire, et chaque mot est un appel à l’aube : « Commencer un livre, c’est un acte qui est tout entier tourné vers l’avenir. Le prochain mot, la prochaine page… »
Vers de circonstances
Tendresses s’attarde à la vie qui s’éteint, dépeignant ses derniers sursauts avec minutie. La mort est clinique — « Les veines se vident, les orbites / s’enfoncent. » —, mais elle conserve tout de l’humanité qui l’a précédée : « Nous lui tenons les doigts, squelette, / os crus de caresses passées. Inerte. » Et tandis que la vie déserte un corps, elle demeure vibrante dans ceux qui restent, comme ces « deux enfants / au bord du gouffre de la mère ».
Et c’est là, dans « cet espace entre le souffle », où « la mer a des allures de grande reposée », que le recueil se peuple de « rescapés » qui cherchent à se convaincre de la nécessité existentielle : « Il faut vivre. On se doit d’être. » En se soumettant à « l’épreuve de se penser vivant », les vers du poète se tiennent « au bord de l’heure » et se penchent sur l’éphémère, afin de retrouver « la sensation du pré ».
Les livres sont souvent perçus comme une tentative de persister, par-delà l’irrémédiable. Hugues Corriveau refuse de conférer des vertus salvatrices à l’écriture, détestant « l’idée que la littérature sauve de quoi que ce soit », mais il admet ressentir une certaine nostalgie devant le poids affaibli des livres : « Ici, maintenant, c’est difficile de faire un geste dont on peut penser qu’il va durer. Alors qu’on devrait avoir avec l’écriture une relation plus permanente, [qu’on devrait être] plus convaincus à la fois de son urgence, mais aussi de sa pérennité. Il y a quelque chose qui s’évapore là-dedans. Et de plus en plus. Tu sais, j’ai publié 40 livres… »
Plus loin que mourir
Ce n’est pas d’hier que le rythme effréné d’écriture de l’écrivain est remarqué : « Y’a des gens, à l’époque, qui disaient à la blague qu’il y avait un Corriveau nouveau qui sortait tous les automnes. Je me sentais comme du beaujolais. » Or, de ces 40 titres, parus en 47 ans, Tendresses est le premier qu’il signe sans l’apport incommensurable de son amoureuse et alliée, Louise Cotnoir : « Je me sens plus inquiet et nu que jamais. C’est elle qui me confirmait si c’était bon ou non. » Il se rappelle avoir jeté un recueil complet après que celle-ci lui eut dit que certains poèmes, au mieux, valaient une publication en revue…
Tout dans l’appartement rappelle la présence de Louise Cotnoir, décédée il y a moins d’un an, mais c’est dans les mots de l’amoureux qu’elle est la plus vivante. Ses pensées auréolent leur complicité littéraire, ses engagements féministes, son inspirante fougue, et il s’en faudrait de peu pour qu’on la croie à nos côtés lorsque Hugues Corriveau, apparemment stupéfait, ému et recueilli, nous confie le dernier souffle de son alliée : « Elle avait pris l’habitude de frapper sur le sol avec son pied pour me dire qu’elle était
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Titre: Tendresses
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