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Stephen King, encore et toujours
Avec The Long Walk, Francis Lawrence signe l’une des adaptations les plus commentées de l’année. Tiré du roman précoce de Stephen King, le film évite le piège de la simple dystopie spectaculaire. Il privilégie l’endurance morale, la fraternité contrainte, l’effritement progressif des certitudes.
Une œuvre profondément mélancolique, plus proche d’un drame humain que d’un film de genre, soulignant la capacité du réalisateur à laisser respirer le texte original.
Publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman, The Long Walk imagine une Amérique totalitaire où cent adolescents participent à une marche sans fin : s’arrêter, c’est mourir. Le roman, plus psychologique que spectaculaire, dissèque l’endurance mentale, la camaraderie forcée et la déshumanisation progressive. Le film de Francis Lawrence conserve cette tension intérieure, privilégiant la lente érosion des corps et des esprits plutôt qu’une action frontale.
Frankenstein selon Guillermo del Toro
Impossible de passer à côté du Frankenstein de Guillermo del Toro pour Netflix. Loin d’un simple hommage gothique, le cinéaste mexicain revisite Mary Shelley avec une sensibilité contemporaine.
Le film repose sur une compréhension intime de la solitude et de la monstruosité comme constructions sociales. Une adaptation qui ne modernise pas le texte : elle le relit.
Roman fondateur de la littérature gothique publié en 1818, Frankenstein interroge la responsabilité morale du créateur face à sa créature. L’adaptation de Guillermo del Toro s’inscrit dans cette lignée introspective : la monstruosité n’y est jamais purement physique, mais sociale et émotionnelle. Le film raconte la solitude, le rejet et la quête d’amour qui traversent le texte originel.
La force du minimalisme : Train Dreams
Adapté de la nouvelle de Denis Johnson, Train Dreams a surpris par sa retenue. Peu de dialogues, un rythme contemplatif, une photographie ample.
On parle d’un film où le silence importe plus que jamais, pour exercer toute la force émotionnelle sur les spectateurs. Rarement une œuvre aussi brève sur le papier aura donné lieu à une transposition aussi ample sur le plan sensoriel.
Nouvelle publiée en 2002, Train Dreams suit la vie ordinaire de Robert Grainier, ouvrier du chemin de fer au début du XXᵉ siècle. Le texte, elliptique et poétique, évoque l’effacement progressif d’un homme face aux mutations industrielles et à la perte intime. L’adaptation cinématographique respecte cette sobriété, transformant le récit en une méditation visuelle sur la mémoire et le temps.
Romance contemporaine et phénomènes éditoriaux
La série Heated Rivalry, issue d’un roman à succès sur les réseaux de lecture anglophones, incarne cette nouvelle porosité entre littérature populaire et écrans.
Sport, désir, identité : l’adaptation assume son origine romanesque tout en gagnant une audience plus large. Une stratégie désormais bien rodée par les plateformes.
Roman de romance contemporaine centré sur deux joueurs de hockey rivaux, Heated Rivalry explore la tension entre compétition sportive et désir amoureux. Très populaire auprès des communautés de lecteurs en ligne, le livre aborde l’identité, la célébrité et l’intimité sous pression médiatique. La série reprend cette dynamique tout en élargissant les arcs émotionnels des personnages.
Le polar littéraire comme valeur refuge
Netflix a également misé sur Le Murder Club du jeudi, adapté du roman de Richard Osman. Derrière son humour feutré, le film exploite une mécanique policière classique, mais redoutablement efficace.
L’adaptation respecte la structure narrative du livre tout en renforçant la dimension collective des personnages — un choix salué par une critique anglo-saxonne globalement favorable.
Premier roman d’une série à succès publiée en 2020, l’histoire met en scène quatre retraités enquêtant sur des crimes depuis leur résidence anglaise. Derrière l’humour et la légèreté apparente, le livre propose une intrigue policière rigoureusement construite. Le film transpose cette mécanique tout en accentuant la dimension collective et intergénérationnelle.
Simenon revisité
La série Maigret, produite en 2025, s’inscrit dans une tradition d’adaptations du romancier belge tout en cherchant un nouveau souffle visuel.
Alors, oui, une approche moins procédurale, et certainement plus psychologique, où l’héritage littéraire sert de socle à une relecture contemporaine du personnage.
Les romans de Georges Simenon consacrés au commissaire Maigret reposent sur une enquête plus humaine que procédurale. Le crime y sert de prétexte à une exploration sociale et psychologique. La série de 2025 s’inspire de cet esprit, privilégiant l’atmosphère, l’observation des milieux et le poids du silence plutôt que le suspense pur.
Quand la jeunesse rencontre l’héritage
Avec The Twits, Netflix poursuit l’exploitation du catalogue Roald Dahl. Cette adaptation animée, aux accents musicaux, a divisé. Les Deux gredins dans sa version française n’aura pas convaincu en dépit d’une distribution grand luxe.
Mais elle témoigne d’une volonté claire : réintroduire des textes fondateurs auprès de nouvelles générations, quitte à en transformer la forme.
Publié en 1980, ce conte satirique est destiné à la jeunesse, et met en scène un couple volontairement grotesque et cruel. Le livre joue sur l’exagération morale et physique pour dénoncer la méchanceté ordinaire. L’adaptation animée conserve cette veine burlesque, tout en l’enrobant d’un univers visuel et musical destiné à un public familial.
Science-fiction : les livres comme matrice
Parmi les adaptations les plus attendues figure All Systems Red, premier volet des Murderbot Diaries de Martha Wells.
Classé parmi les projets les plus suivis de 2025 sur Goodreads, le passage à l’écran confirme l’attrait durable pour les récits de science-fiction littéraire, dès lors qu’ils conjuguent concept fort et introspection.
Il raconte l’histoire d’une unité de sécurité androïde dotée de conscience, plus intéressée par les séries télévisées que par l’humanité qu’elle protège. Le roman mêle action, ironie et réflexion sur l’autonomie. Son adaptation attendue vise à restituer cette voix intérieure singulière, moteur du succès littéraire.
Le thriller, terrain d’adaptation privilégié
Avec Missing You, adapté d’Harlan Coben, le thriller littéraire continue de dominer les grilles des plateformes.
Narration fragmentée, suspense psychologique, efficacité dramatique, la série illustre une fois encore la capacité des romans à fournir des architectures narratives prêtes à l’emploi.
Thriller psychologique publié en 2014, ce titre explore les conséquences d’un amour disparu qui ressurgit de manière inattendue. Le roman repose sur une narration à suspense, alternant révélations progressives et faux-semblants. La série s’inscrit dans la continuité des adaptations de Coben, fidèles à ses mécaniques narratives efficaces.
Imaginaire graphique et ambitions visuelles
Enfin, The Electric State, inspiré du roman illustré de Simon Stålenhag, clôt ce panorama. Déjà repéré comme l’un des projets d’adaptation majeurs de l’année, le film synthétise illustration, science-fiction et mélancolie visuelle.
Preuve que certaines œuvres littéraires appellent presque naturellement l’écran. Ce roman dépeint une Amérique alternative ravagée par la technologie, à travers le voyage d’une adolescente et d’un robot. Le texte associe images et narration minimaliste pour créer une atmosphère mélancolique. Le film transpose cet univers visuel unique, en développant la dimension émotionnelle sous-jacente.
Crédits photo : klimkin CC 0
Par Clément Solym





