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Traverser l’Asie en 5 livres

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Mai est le Mois du patrimoine asiatique. Cinq autrices et auteurs lèvent le voile sur des réalités aussi diversifiées que ce continent est vaste. De la Turquie à la Chine, en passant par le Liban, l’Afghanistan et l’Inde, leurs livres nous entraînent aux quatre coins de l’Asie.


Turquie, Irak et Angleterre : la mémoire de l’eau, selon Elif Shafak

Le livre «Les fleuves du ciel» d'Elif Shafak.

L’autrice d’origine turque Elif Shafak aborde notamment la persécution des yézidis dans son plus récent roman.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Choc des cultures entre Orient et Occident au passé comme au présent en Turquie, violence faite aux femmes, génocides : Elif Shafak met souvent en scène Istanbul dans toutes ses zones d’ombres et de lumière, notamment par le biais de personnages féminins incarnant aussi bien le poids des traditions que les élans de modernité du pays de ses ancêtres.

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Elle osait ainsi aborder sans détour le génocide arménien dans La Bâtarde d’Istanbul, le premier de ses romans traduits en français en 2007. Dans son 10e et plus récent titre publié dans la langue de Molière, Elif Shafak se penche cette fois sur la persécution des yézidis d’hier à aujourd’hui, et notamment en 2014, aux mains des fidèles de Daech, en Irak.

Les fleuves du ciel remonte ainsi le cours du temps, sur les rives du légendaire Tigre en Mésopotamie, jusqu’aux sources de l’Épopée de Gilgamesh, récit épique et considéré comme l’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité.

Une femme assise qui regarde ver le haut.

Elif Shafak poursuit une foisonnante œuvre littéraire par laquelle elle traite de la place des femmes en Turquie, entre autres thèmes de prédilection.

Photo : Getty Images / Kirill Kudryavtsev

La romancière nous entraîne habilement de Londres à la Turquie, en passant par Sinjar en Irak, en faisant de nombreux allers-retours entre le 19e siècle, 2014 et 2018, et en nous faisant suivre les trajectoires d’Arthur, Naryn et Zaleekhah.

Né en 1840 près de la Tamise, Arthur est vite fasciné par Ninive et l’écriture cunéiforme, au point de se rendre sur les berges du Tigre pour trouver les dernières tablettes d’argile décrivant un Déluge datant d’avant celui de Noé.

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À neuf ans, la jeune Naryn entreprend avec sa grand-mère et son père le voyage vers la vallée de Lalesh, en Irak, pour y être baptisée, alors que les yézidis y sont pourchassés par Daech, en 2014.

Quatre ans plus tard et à des centaines de kilomètres de distance, Zaleekhah étudie l’eau à Londres, fascinée qu’elle est par sa potentielle mémoire.

L’eau est l’immigrant par excellence, prisonnière en transit, incapable à jamais de se fixer.

Une citation de Extrait de Les fleuves du ciel d’Elif Shafak

Elif Shafak déroule avec doigté une trame en trois temps, alternant les chapitres pour déployer les destins de chacun et chacune. Si on devine rapidement que ses personnages sont liés par-delà le temps et l’espace, on apprécie que la romancière fasse confiance à ses lecteurs en glissant ici et là des détails qui laissent entrevoir ces liens sans les souligner à gros traits.

L’écrivaine met en lumière, avec sensibilité et lucidité, le sort tragique réservé aux yézidis. Elle questionne par la bande le rôle des musées à travers les âges et la condition des migrants, parfois tiraillés entre devoir de mémoire et désir de s’intégrer.

Elle rappelle surtout le pouvoir et le prestige des femmes en Mésopotamie, particulièrement la place prépondérante qu’a déjà occupée Nisaba, la déesse de l’écriture, de l’alphabétisme, des bibliothèques et de la tradition. Nisaba, qui va toutefois finir oubliée en étant reléguée dans l’ombre du dieu Nabû, sous le règne d’Hammourabi, dans un panthéon de plus en plus masculin.

Les fleuves du ciel s’ouvre telle une main tendue vers l’autre, porté par un désir de compréhension et d’inclusion.

Il s’écrie et se lit aussi comme un puissant plaidoyer à réfléchir à la place de l’eau dans nos villes et à sa présence dans nos vies, ainsi qu’à notre responsabilité commune de la protéger.


Liban : les corps et mémoires en implosions, selon Hyam Yared

Le livre «Du feu autour de l'œil» d'Hyam Yared.

La poète Hyam Yared écrit son Liban natal d’hier à aujourd’hui dans «Du feu autour de l’œil».

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Vingt ans après Blessures de l’eau, Hyam Yared répond à son recueil de poèmes par Du feu autour de l’œil pour mieux redéployer l’intime dans le collectif, et l’universel dans le très personnel.

À l’époque, elle se demandait ce qu’il reste des corps quand l’amour et le désir de l’autre les désertent. Aujourd’hui, elle se questionne sur ce qu’il reste de l’âme quand une ville explose et contraint à l’exil.

En écho poétique aux éléments, la native de Beyrouth creusait alors les replis de la chair et des envies s’offrant au regard a(i)mant. L’écume est à peine une vie, un pont sur le péril des vagues. Peut-être qu’une eau existe ailleurs que dans nos larmes, marée silencieuse de nos corps.

Une femme assise sur un fauteuil qui pose avec la tête appuyée sur sa main.

Vingt ans après «Blessures de l’eau», Hyam Yared y répond avec «Du feu autour de l’œil», ouvrant de nouvelles perspectives sur ses poèmes.

Photo : Offert par Mémoire d’encrier / Anna Serrano

Elle expose maintenant les vérités des façades lézardées d’un pays à feu et à sang. Que vaut la vie pour ceux qui gagnent. Seuls ceux qui perdent savent.

L’eau, par ses crues et ses ressacs, exacerbent et érodent les sens aux aguets. L’air égrène les ombres et les regards levés vers le ciel. La terre enracine les mémoires et les pulsions. Le feu embrase les espoirs autant que les douleurs.

La haine est une roulette russe. / Une fois sur deux / on apprend à aimer.

Une citation de Extrait de Du feu autour de l’œil de Hyam Yared

À l’horreur de la perte et de la guerre, Hyam Yared oppose le corps amoureux tendu vers des mains, des yeux, un sexe, dans des élans de (sur)vie comme autant de pieds de nez à la mort.

Aux flammes dévorantes, elle préfère donner libre cours à la force tranquille de l’eau pour exposer les blessures, mais en apaiser aussi la brûlure.

L’autrice et son éditeur ont délibérément choisi de briser l’ordre chronologique en présentant Du feu autour de l’œil, suivi des Blessures de l’eau. Lire ainsi les plus récents poèmes de Hyam Yared d’abord permet de plonger ensuite dans ses anciens poèmes porté par son urgence de dire son Liban au présent. Cette urgence ancrée dans l’actualité ouvre de nouvelles perspectives sur celle qui l’animait au moment d’écrire Blessures de l’eau.

Ses images demeurent plus qu’éloquentes. Son souffle est plus puissant que jamais. Et son propos s’avère toujours aussi viscéral qu’essentiel.

Si l’ombre d’un nuage est un nuage qui passe / je serai ombre, écrivait-elle hier.

Et si l’ombre d’un pays est un pays qui souffre, je serai lui. Je serai toi, renchérit la poète, deux décennies plus tard.


Afghanistan : l’errance existentielle, selon Khosraw Mani

Le livre «Rattraper l’horizon» de Khosraw Mani.

Khosraw Mani propose une incursion éclatée dans le quotidien kaboulien de son personnage central dans «Rattraper l’horizon».

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Après deux romans traduits du persan (Une petite vie et La Mort et son frère), Khosraw Mani signe un premier titre directement en français : Rattraper l’horizon.

S’il vit à Paris depuis plus de 10 ans, le journaliste et écrivain afghan n’en retourne pas moins dans une Kaboul basculant dans l’après-11 septembre, pour lever le voile sur une capitale en suspens, hallucinée et trouble, comme l’existence de son personnage central.

Fils de mollah, son héros fuit la campagne, un père qui le déteste et une femme qu’il ne peut espérer aimer au grand jour, ainsi que des amis qui n’en sont pas nécessairement. Dans sa fuite éperdue, il laisse derrière l’Ingénieur et la radio qu’il lui a offerte, grâce à laquelle le jeune homme a pu se brancher sur le monde, en cachette, la nuit.

La femme de la radio semble être là, sous les tours qui croulent; elle a le souffle coupé, la voix blanche; elle ne cesse de répéter le mot gratte-ciel qu’il entend pour la première fois.

Une citation de Extrait de Rattraper l’horizon de Khosraw Mani

Le fils du mollah fuit son village et ses spectres, rejoignant la capitale dans l’espoir d’oublier son passé et son nom. Et ce qu’il a dû faire pour parvenir à Kaboul.

Là, tel Don Quichotte dont il écoutait religieusement les aventures à la radio, son héros anonyme va s’acoquiner à deux autres picaros un peu paumés, Arman et Sam. Ensemble, ils boivent, baisent, se racontent des histoires, écoutent du rap américain autant que des classiques afghans, jouent au carrom, le billard indien.

Ils floutent délibérément la réalité d’un quotidien semblant sans horizon, squattant leur vie à l’avenir incertain dans cette ville-monstre [qui] mange ses propres enfants , cette ville-fantôme […] hantée par ces mêmes enfants qu’elle a mangés, comme l’explique Sam au nouveau venu.

Un homme qui pose.

Établi à Paris depuis plus de 10 ans, Khosraw Mani signe un premier roman directement en français, après deux titres en persan.

Photo : Offert par Madrigall Canada / Keyvan Saber

La présence talibane se ressent, entre les lignes, comme ces véhicules chargés d’hommes barbus armés sillonnant les campagnes et les villes en arrière-plan. L’ombre de la réplique états-unienne à l’attaque terroriste de 2001 se déploie aussi, tels des vivres distribués pour justifier l’arrivée des tanks à Kaboul.

Certes, les premières pages peuvent déconcerter, voire décourager, tant l’auteur rend poreuses les frontières temporelles de sa trame narrative. Pour pleinement apprécier la quête de ce jeune homme rêvant d’absolu, mais qui devra d’abord accepter de vivre avec ses propres chimères et péchés, il faut donc faire comme le héros de Rattraper l’horizon : accepter de lâcher prise et se laisser dériver entre les murs fragilisés de ses espoirs.

Ce faisant, Khosraw Mani offre un roman aussi étonnant que foisonnant, empreint des vapeurs de l’alcool, cette eau amère qui coule à flots dans ses pages, et bercé par la soif de son personnage de reprendre le contrôle de sa destinée et de son humanité.


Inde : l’honneur, la résistance et la résilience, selon Thrity Umrigar

Le livre «Honneur – Le chant des cœurs rebelles» de Thrity Umrigar.

«Honneur – Le chant des cœurs rebelles» rend compte du tiraillement que certains expatriés éprouvent envers leur pays natal.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Smita n’avait pas prévu retourner dans le pays qu’elle a dû fuir, traumatisée, avec ses parents et son frère alors qu’elle avait tout juste 14 ans. Mais lorsque sa collègue et amie l’appelle pour la réclamer à son chevet dans un hôpital de Mumbai, Smita n’hésite pas une seconde et vole à son aide. Sans se douter qu’elle héritera d’une tout autre mission à son arrivée.

La journaliste comprend vite, une fois sur place, que Shannon l’a fait venir en Inde pour assurer le suivi du fait divers au coeur de son plus récent reportage : le procès opposant une jeune femme et ses frères, qu’elle accuse d’avoir brûlé vif son mari et de l’avoir défigurée parce qu’elle avait osé épouser un homme d’une autre religion.

Elle est hindoue. Son amoureux était musulman.

Depuis la tragédie ayant coûté la vie à son mari, Meena vit recluse chez sa belle-mère, dans un petit village musulman où elle est ostracisée, intimidée, menacée.

Une emme souriante qui pose debout avec un bras appuyé sur un arbre.

La journaliste de formation et autrice Thrity Umrigar avait 20 ans quand elle a quitté son Inde natale pour s’établir aux États-Unis.

Photo : Offert par Madrigall Canada / Laura Watilo Blake

Pour faire la lumière sur cette affaire et écrire ses articles, Smita ira à la rencontre de Meena et de ses nombreux tortionnaires. Elle ne pourra le faire seule, toutefois. Ses origines indiennes ayant une incidence sur la manière dont les gens la perçoivent et reçoivent ses questions, elle devra se résigner à être accompagnée par le discret Mohan.

L’histoire de Meena, dont la reporter et Mohan découvrent avec effarement les détails, révèle à quel point les tensions entre hindous et musulmans peuvent embraser les esprits. Comment le système de castes et les rapports sociaux sont codés et profondément ancrés dans des traditions pesant sur les moindres gestes, regards et comportements.

Or, Meena réveille aussi de très douloureux souvenirs en Smita, qui devra faire face à son propre passé et ses idées préconçues.

Smita comprit en un éclair la scène à laquelle elle venait d’assister : l’affirmation du pouvoir d’un homme éduqué et aisé face à une personne de statut inférieur; Mohan montrait simplement sa domination en adoptant le ton et la posture qui lui convenaient.

Une citation de Extrait de Honneur – Le chant des coeurs rebelles de Thrity Umrigar

Ce travail sur le terrain va cruellement rappeler à Smita à quel point elle nourrit une relation d’amour-haine avec son pays natal, sa nourriture, ses odeurs, ses paysages, ses traditions, son système de castes, ses tensions religieuses. Avec son code d’honneur, son choc des générations et sa manière de traiter les femmes, également. Avec les hommes en général et Mohan en particulier.

Or, sa présence pourrait bien permettre à Smita de faire la paix avec l’Inde, entre autres.

Elle-même journaliste de formation, l’autrice Thrity Umrigar a aussi quitté son Inde natale à 20 ans pour s’établir aux États-Unis.

Honneur – Le chant des cœurs rebelles se lit comme une lettre d’amour à son pays d’origine. Une lettre d’amour remplie d’une implacable et courageuse lucidité, porteuse d’un vibrant espoir de liberté.


Chine : la réalité des gagne-petits, selon Hu Anyan

Le livre «Livreur de colis à Pékin» d'Hu Anyan.

Hu Anyan offre une incursion détaillée et inédite dans son quotidien de livreur dans les rues de Pékin.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Né à Guangzhou, dans le sud de la Chine, Hu Anyan a vraiment été Livreur de colis à Pékin. Il s’agit là de l’un des 19 petits boulots que le quadragénaire a occupés depuis la fin de ses études secondaires. Vendeur de vélo, caissier dans un dépanneur, traiteur : autant de postes qui ont tous en commun d’être très précaires, abrutissants, physiquement drainants et peu exigeants intellectuellement puisque souvent exécutés par des gens peu scolarisés.

Dans tous les cas, le travail est répétitif, effectué sous pression, en période de canicule ou de grands froids, et s’étire parfois sur des périodes pouvant aller jusqu’à 12 heures par jour, y compris lors des quarts de nuit ou en période de surconsommation, notamment à l’approche des Fêtes.

Un homme sur une bicyclette dans une rue.

Avec «Livreur de colis à Pékin», Hu Anyan permet une rare incursion dans la réalité des travailleurs précaires en Chine.

Photo : Getty Images / Jade Gao

Hu Anyan dépeint et analyse ses nombreuses expériences avec minutie. Il évoque sans fard les aspects plus personnels de son quotidien (sa consommation d’alcool, à une certaine période, par exemple). Il décrit surtout sa manière de composer avec les exigences de ses clients et patrons; sa capacité à développer une stratégie et un itinéraire efficaces pour maximiser ses déplacements; son rapport à son triporteur, essentiel à son efficacité pendant les mois où il a sillonné les quartiers qui lui étaient attribués dans Pékin.

Pendant l’année au cours de laquelle Hu Anyan a été livreur de colis, il a travaillé l’équivalent de 26 jours par mois, pour un salaire quotidien de 270 kuais (environ 54 $CAD), à raison de 11 heures de travail par jour. En incluant le tri des colis, le chargement et le temps de déplacement, il avait en moyenne neuf heures pour effectuer sa distribution.

Dans la mesure où je gagnais en moyenne 2 kuais [NDLR : à peu près 0,40 $CAD] par colis livré, je devais livrer un colis toutes les quatre minutes si je ne voulais pas travailler à perte.

Une citation de Extrait de Livreur de colis à Pékin, de Hu Anyan

En rendant ainsi compte de ce qu’il a vécu, Hu Anyan dresse un saisissant et fort révélateur portrait socio-économique de ces centaines de milliers de gagne-petits omniprésents dans les rues de Pékin et d’autres métropoles chinoises – ou d’ici, même s’ils sont moins nombreux.

Son témoignage met en lumière des conditions de travail, voire de vie, dont le public se doute, mais auxquelles il a rarement accès de façon aussi directe et détaillée.

Par la bande, Livreur de colis à Pékin remet en perspective notre propre rapport à ces services de livraisons à domicile et nous renvoie à notre façon de consommer, voire à notre surconsommation.

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