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Il n’y a qu’à savourer et à méditer, un à un, les titres de certains de ses livres pour savoir qui fut et ce dont rêva, l’âme au poing et le cœur aux cieux, l’écrivain espagnol José Bergamin (1895-1983) : La Fusée et l’étoile (1923), L’Art abracadabrant (1930), L’Art de Birlibirloque (1930), L’Importance du démon (1932), La Tête en l’air (1934). Sans oublier Terrorisme et persécution religieuse en Espagne, 1936-1939 (1941), témoignage essentiel de cet antifranquiste, intime d’André Malraux et de Florence Delay, qui fit en sorte que Bernanos ne parte pas à moitié nu, en 1938, lors de son embarquement pour le Paraguay.
A l’égal d’un Ramon Gomez de la Serna ou de Federico Garcia Lorca, Bergamin occupa la scène littéraire espagnole des années 1920 et 1930 tel un Münchhausen andalou, un arlequin métaphysique, grand oracle catholique qui chevaucha son perpétuel coq-à-l’âne littéraire pour propulser ses angoisses mystiques et fricasser sa folie poétique. L’Espagne et son labyrinthe théâtral (1933), mât central du chapiteau et clé de voûte de l’univers bergaminien, que L’Eclat glisse aujourd’hui dans nos poches, témoigne de sa fascination d’une vie pour l’art de la scène et pour, avant tout, le théâtre espagnol du XVIIe siècle, siècle d’or de Lope de Vega, Tirso de Molina ou Calderon. Une dramaturgie océanique de plusieurs milliers de pièces qui accomplit, dévoile et transfigure la quintessence spirituelle de l’Espagne populaire : « La fonction purificatrice, orgiaque et sacramentelle de ces théâtres universels ou catholiques est de revêtir ou de laisser transparaître, sous son masque sanglant, le corps humain énigmatique, le projetant devant nous scénographié ou fulminant comme un clair fantôme, une pure vérité chimérique : une figuration divine. » Beau comme la rencontre impromptue, sur un banc d’arène, d’Antonin Artaud et de Thérèse d’Avila.
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