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Blind Side, ou Angle mort dans sa version française, est une pièce de théâtre autobiographique, acclamée par la critique, où Stéphanie Morin-Robert dépeint son passage au camp Bickell, en banlieue de Timmins. Un lieu qui aura été pour la Franco-Ontarienne un véritable laboratoire des arts de la scène.
C’est là que j’ai vraiment fait ça pour la première fois […] et que ça a été célébré
, mentionne Stéphanie, arrivée au camp Bickell pour la première fois à six ans.
J’ai découvert que si tu es un peu weird, différente, dégueulasse, si tu aimes roter, péter, vomir sur commande, c’est comme cool. Veut veut pas c’est comme une espèce d’expression artistique de pouvoir vraiment être soi-même et bien dans sa peau
, explique celle qui vit avec une prothèse oculaire, due à un cancer de l’œil à l’âge de 2 ans.
C’est là que mon handicap est vraiment devenu quelque chose dont je n’avais plus honte. C’est au camp que j’ai découvert ça, grâce à mon ami Andrew.
Cette rencontre avec Andrew se résume ainsi : il lui glisse une note dans sa poche et l’invite à sortir du chalet pendant la nuit, une pratique interdite
, pour lui montrer qu’il a aussi un œil de verre.
Dans son spectacle, Stéphanie Morin-Robert invite un spectacle à tenir son œil de verre. ( Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Un rendez-vous qui l’a complètement bouleversé
et lui fait réaliser qu’elle n’est pas la seule
à vivre ce handicap. Une anecdote qui se trouve d’ailleurs au cœur de son spectacle.
Je dois avoir conté cette histoire-là plus de 1000 fois partout autour du monde
, a confié l’humoriste en entrevue depuis Winnipeg, où elle vit maintenant.
Stéphanie Morin-Robert est reconnaissante d’avoir pu profiter du soutien financier d’un fonds qui permettait à des jeunes qui habitaient dans « le ghetto de Timmins » d’avoir accès au camp.
Photo : Facebook: Camp Bickell Alum
Sa prothèse est devenue son arme
pour faire rire les autres campeurs, se souvient son moniteur de l’époque, Stephen Weir.
Elle mettait son œil dans la nourriture, de temps en temps […] Elle faisait tout pour faire rire.
Stéphanie Morin-Robert (première à partir de la gauche) et Michelle Boileau, maire de Timmins (4e à partir de la droite) dans un spectacle de variétés au camp Bickell.
Photo : Facebook: Alum Camp Bickell
L’autodérision n’est pas la seule chose qu’elle a découverte au camp Bickell. Elle aimait aussi être la leader
, être le show
et faire des jokes.
C’est vraiment là où je me suis trouvé
, témoigne l’humoriste et comédienne de 36 ans.
Être ici, ça donne un peu plus de liberté à essayer des choses, avoir des expériences et développe les aptitudes sociales
, témoigne Stephen Weir, qui a été campeur dans les années 90 avant de devenir moniteur au début des années 2000.
Stéphanie Morin-Robert demeure aujourd’hui à plus de 15 heures du camp, mais ne cache pas son envie d’y envoyer ses deux filles lorsqu’elles auront l’âge.
Stéphanie Morin-Robert (deuxième à partir de la gauche) a découvert le camp Bickell grâce à sa grand-mère qui l’avait fréquenté dans sa jeunesse.
Photo : Facebook: Alum Camp Bickell
J’aimerais [y] emmener mes enfants parce que ça a tellement eu un impact immense sur ma vie, pis j’aimerais retourner cette faveur-là
, dit la comédienne, qui a pu payer ses études en arts dramatiques et en danse contemporaine grâce à l’argent gagné en travaillant au camp.
L’art toujours présent au camp
Inviter la jeunesse à se trouver de nouvelles passions, que ce soit le sport, les arts ou de vivre en société, fait partie de la mission du camp Bickell depuis sa création en 1939.
Stéphanie Morin-Robert adorait particulièrement la dernière soirée de chaque séjour au camp, où les jeunes doivent présenter un spectacle de variétés qu’ils ont préparé avec leurs amis.
Une activité qui existe toujours, comme on a pu le constater en se rendant au camp Bickell à la mi-juillet.
Avec l’aide de leur monitrice, ses filles préparent leur chorégraphie pour le spectacle du vendredi.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Lilia Vachon et son amie Harper Paul, toutes deux âgées de 10 ans, doivent préparer avec les autres filles de leur chalet une chorégraphie sur une chanson populaire.
C’est Fireball qu’on a choisie
, s’exclame Lilia, heureuse de danser au rythme du chanteur Pitbull.
Dans les moments de répit, les filles confectionnent des bracelets dans les dortoirs.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Se retrouver entre filles pour la semaine est une bénédiction pour Lilia, car les garçons ne peuvent pas aller dans les chambres des filles. Ça, c’est tellement cool, car tu as ton [espace] personnel à toi.
Certaines, comme Harper, en sont à leur première expérience loin des parents pendant une semaine.
Souvent à la maison, on a la routine, les parents peut-être qui nous aident un peu à tout faire
, témoigne Stéphanie Morin-Robert, mentionnant que des prix sont remis au groupe avec les dortoirs les plus propres.
Harper, Lilia et leurs amies ont remporté le prix quotidien décerné par les animateurs lors de notre passage.
Au tour de Lilia Vachon de marcher dans les traces de Stéphanie Morin-Robert.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
L’un des aspects que Lilia Vachon préfère du camp Bickell, c’est le nombre de jeunes qu’elle peut rencontrer.
Pour Stéphanie Morin-Robert, les amitiés créées il y a 25 ans au camp perdurent.
C’est là où j’ai rencontré mes meilleurs amis, dont je suis encore super proche aujourd’hui
, conclut l’artiste.











