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À la suite d’une coupe de subvention du ministère de l’Enseignement supérieur, le concours littéraire collégial Critère, qui a été déterminant pour de nombreux écrivains québécois, est annulé.
Le non-renouvellement de l’aide financière de 12 500 $, qui permet au concours Critère d’exister, fait réagir plusieurs professeurs et acteurs du milieu littéraire.
Le concours, qui est la plus ancienne activité parascolaire dans le réseau des cégeps au Québec, a fait circuler une pétition en ligne en début de semaine. Celle-ci a récolté plus 400 signatures en quatre jours. C’est un concours qui ne coûtait pas très cher au Ministère et qui avait un grand impact pour la communauté collégiale
, souligne Philippe Mottet, professeur de littérature au Cégep Garneau et coordonnateur de Critère.
L’auteur Biz déplore l’annulation du concours littéraire collégial Critère, causée par le retrait de la subvention.
Photo : Radio-Canada / Christian Côté
Le concours littéraire Critère a servi de tremplin à de nombreux auteurs reconnus. Parmi ses lauréats, des noms comme Catherine Lalonde, Christian Guay-Poliquin, Christiane Vadnais, Emmanuelle Pierrot, Simon Boulerice, Nicolas Dickner et Biz, pour n’en nommer que quelques-uns.
Si tu dis que 12 500 $, ça peut susciter une vocation ou deux, moi, en livres et en CD vendus, j’ai rapporté combien en TPS et TVQ, tsé? Une vocation, ça n’a pas de prix.
Biz, qui est l’auteur de près d’une dizaine de livres et coauteur des chansons de Loco Locass, a participé au concours au début des années 1990. Quand t’es jeune, tu ne peux pas savoir ce que ça vaut, écrire
, dit-il. Ça m’a rendu très fier personnellement, puis ça valide aussi ce que tu fais
, soutient-il. Comme plusieurs, il dénonce ce qu’il appelle des économies de bouts de chandelles
.
L’écrivain Nicolas Dickner (« Six degrés de liberté », « Nikolski ») dénonce les coupes dans l’éducation.
Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa
L’écrivain Nicolas Dickner (Six degrés de liberté, Nikolski), abonde dans le même sens. J’ai vu le montant de la subvention […], c’est absolument ridicule
, dit-il. Un prix comme Critère, c’est comme une porte d’entrée vers l’institution
, dit celui qui a pris part au concours au Cégep de Rivière-du-Loup à l’invitation d’un professeur.
Peu de concours de cette ampleur-là et qui ont cette autorité-là […] permettent aux jeunes de mettre le pied dans la bâtisse.
Fondé en 1976 au Cégep Ahuntsic et coordonné aujourd’hui par une équipe de professeurs du Cégep Garneau, à Québec, ce concours est suspendu pour la première fois en 49 ans d’existence, et son avenir est menacé. L’aide financière qui a été suspendue fait partie du Programme de promotion de l’enseignement collégial : productions étudiantes
, qui a été abrogé par le ministère.
Le Cégep Garneau, à Québec.
Photo : Radio-Canada / Alexandre Vallee-Roy
En ce moment, les coupures frappent de plein fouet le système collégial. Il y a plein de sacrifices qui sont faits à pleins de niveaux. C’est très difficile, après ça, de juger que le financement d’un concours littéraire devrait être privilégié au détriment du financement d’autre chose. Mais à la base, c’est l’idée même de couper dans l’éducation qui est scandaleuse
, déplore Nicolas Dickner
Les profs de cégep sont souvent des personnes qui allument des vocations, et le prix Critère incarne parfaitement cette ambition, cet idéal de l’enseignement au niveau collégial.
Entre 25 et 30 établissements collégiaux participent au concours littéraire chaque année. Les cégépiens, peu importe leur programme d’études, sont invités à écrire un texte sur un thème imposé. La subvention gouvernementale est utilisée pour remettre 5000 $ en bourses, payer les professionnels siégeant au jury et publier les textes gagnants dans un livre. C’est une tradition
, lance le professeur Philippe Mottet, C’est presque une institution dans une institution, mais ça concerne l’ensemble du réseau
, explique-t-il.
Entre 25 et 30 établissements collégiaux participent au concours littéraire Critère chaque année.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le ministère de l’Éducation supérieure explique le non-renouvellement de l’aide financière par les efforts que doivent faire l’ensemble des ministères afin de contribuer au retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030. Dans son analyse, le Ministère a priorisé des gestes qui n’étaient pas considérés comme des services directs aux étudiants
, écrit-on.
Le Ministère poursuit en mentionnant que le Cégep [Garneau] a fait le choix de ne pas reconduire l’activité
et que les établissements d’enseignement collégial peuvent maintenir les activités, programmes, concours que ce financement soutenait auparavant en trouvant de nouvelles sources de financement
Ce n’est pas là qu’ils sont, les économies, au ministère de l’Éducation, c’est dans les bureaux du complexe G!
, lance Biz. C’est ça aussi qui est fou, c’est 12 000 piastres que ça coûte versus ce que ça rapporte. Ce n’est pas un bon coup. Je comprends qu’il faut diminuer les dépenses du gouvernement, ça je le comprends très bien, mais à coût de 12 000 piastres, ça va être long
, déplore celui pour qui le concours a été crucial pour la suite de son cheminement.
Quand un prof te dit de soumettre ton truc et dit « je pense que a du talent », puis un jury te dis « ouais, ça fait partie des bons textes » et après, tu lis les autres textes […] c’est beaucoup plus important qu’on pense.
Pour l’équipe de professeurs qui coordonne le concours, il est hors de question de demander une plus grande contribution des cégeps, qui sont déjà aux prises avec des compressions
, écrit-on dans la lettre qui a circulé en ligne.
L’autrice Christiane Vadnais parle du concours comme de l’une des deux activités parascolaires qui ont été déterminantes dans son parcours.
Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa
La décision du gouvernement soulève des questions : est-on conscient de l’effet dramatique qu’elle a sur la vie étudiante dans les cégeps? Et surtout, est-elle vraiment nécessaire? Cette gestion rigide des fonds habituellement consacrés aux productions étudiantes est d’autant plus difficile à comprendre qu’elle vient d’un gouvernement s’étant souvent présenté comme défenseur de l’éducation et de la culture. Il faut croire que ces valeurs sont, elles aussi, soumises à des coupures périodiques
, peut-on lire.
Du côté du Réseau intercollégial des Activités socioculturelles du Québec (RIASQ), on insiste sur l’impact que peut avoir l’absence de ce genre d’activité pour le milieu collégial. Ça peut affecter la persévérance scolaire, le contact avec le milieu professionnel, la créativité
, souligne Hélène Bélisle, directrice générale du RIASQ. Elle fait remarquer le manque de cohérence de la part du gouvernement lorsqu’il est temps de protéger et de préserver la langue française. C’est dans des activités de ce genre-là où la langue française est valorisée
, dit-elle.
Le parascolaire et le périscolaire sont aussi essentiels dans le développement de nos jeunes
L’autrice de Québec Christiane Vadnais (Les ressources naturelles) parle du concours comme de l’une des deux activités parascolaires qui ont été déterminantes dans son parcours. Celle qui étudiait en sciences de la nature au Cégep Garneau dans les années 2010 a pris la décision de faire des études littéraires à la suite de sa participation au concours.
Elle souhaite que cette activité, d’où sont issues de nombreuses carrières littéraires, ne disparaisse pas. Je trouve qu’à une époque où on veut tellement susciter le désir du livre, le désir de l’écriture, dans un monde qui est de plus en plus numérique […], on ne veut pas que ça se perde dans toute la myriade d’activités qui s’offrent à nous aujourd’hui
, dit-elle.





