Paru en premier sur (source): journal La Presse
Publié à 1h13
Mis à jour à 5h15
Le recueil de poésie Verdunland dresse le portrait d’un quartier imaginaire et farfelu, mais ancré dans un Verdun bien connu. À travers ses strophes parfois loufoques, parfois vulnérables, les lecteurs découvrent – ou redécouvrent – ce coin de Montréal. La Presse est allée le visiter avec les deux poètes.
Verdunland
Les éditions de Ta Mère, 100 pages
Le quartier : Verdun ; population : 69 000 (2016)
4889 4849, rue de Verdun
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PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
La façade du Marché Tongda, rue de Verdun
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Le propriétaire Guiming Pan, Timothée-William Lapointe et Baron Marc-André Lévesque
tu pourrais écrire cent poèmes
sur le gars de ce dépanneur-là
et y en aurait pas un seul
dans lequel il serait triste.
Extrait du poème « 4889, rue de Verdun »
« [Verdun], c’est le royaume des dépanneurs, lance Timothée-William Lapointe. Il y a des dépanneurs à chaque coin de rue ! »
Il allait donc de soi que notre visite débute dans un dépanneur, spécifiquement celui mentionné dans le recueil. La façade bleue du Marché Tongda, rue de Verdun, attire le regard et nous invite à y entrer.
Dans le fond du commerce, Guiming Pan, propriétaire de l’endroit, remplit ses étagères. Son visage s’illumine lorsqu’il salue les deux auteurs. Et encore plus lorsqu’on lui annonce le sujet de la visite.
Guiming Pan n’était pas au courant qu’il était dans le livre. Sa femme et leur jeune fille se trouvent derrière la caisse et ensemble, ils découvrent le poème qui leur est dédié. Le propriétaire souligne aux auteurs que le titre du poème n’est pas la bonne adresse, une erreur qu’ils admettent bonnement. « C’est aujourd’hui qu’on rectifie [ça] », explique Baron Marc-André Lévesque.
Si plusieurs personnages fantastiques et humains inspirés par leur entourage parcourent les pages du recueil, le « gars du dep » est le plus authentique. « Une vraie personne, qui est pareille dans le livre qu’à [Verdun] ? C’est ce gars-là », mentionne Baron Marc-André Lévesque.
« Sa joie faisait déjà partie de Verdunland », ajoute Timothée-William Lapointe.
L’appart
PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
Baron Marc-André Lévesque et Timothée-William Lapointe devant leur ancien appartement

Assis là
déboulés sur nous-mêmes
a commencé à naître dans nos esprits
une nouvelle nécessité :
celle de créer un monde imaginaire
Extrait du poème « La Genèse de Verdunland »
Prochaine étape de la visite : l’ancien appartement du duo, là où tout a commencé. Les deux amis résidaient au premier étage d’un triplex en brique, typique du quartier. Leur appartement au cœur de Verdun a été une source d’inspiration et un « site de brainstorm », explique Timothée-William Lapointe.
« Verdunland s’est un peu construit comme ça. On était sur le balcon là, on se [lançait] des idées », renchérit Baron Marc-André Lévesque, en pointant le perron de l’immeuble de logements.
Assis un moment dans les marches de leur ancien chez-soi, les deux poètes discutent d’une suite possible à Verdunland. Pour Baron Marc-André Lévesque, qui habite désormais à Hochelaga avec sa famille, ce projet sera différent. « C’est l’idée du retour, c’est-à-dire que quand on retourne quelque part, ce n’est plus vraiment comme c’était. Le chez-soi, c’est plus le geste du retour, plutôt que l’endroit lui-même, parce que ce n’est plus chez nous. »
Le Parc Mobile
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Le parc peut sembler ordinaire, mais il se transforme en héros insolite dans Verdunland.

Module de jeux vivant et tentaculaire
araignée-mammouth en fer
avec un peu d’arthrite
le Parc Mobile se meut sur d’énormes pattes
et va à la rencontre des enfants du quartier
Extrait du poème « Le Parc Mobile »
Le parc Monseigneur-J.-A.-Richard, erronément appelé le parc Desmarchais dans le recueil, est un des nombreux espaces verts qui longent les rives du fleuve Saint-Laurent à Verdun ; c’est aussi là que prend vie le personnage abracadabrant du « Parc Mobile ». Le poème absurde du même nom, où se côtoient module zoomorphe et enfants révolutionnaires, sort tout droit de l’imaginaire de Timothée-William Lapointe.
Avec ses balançoires, ses glissades beiges et sa toile d’araignée qui grimpe vers le ciel, le parc peut ressembler à un module de jeux ordinaire, mais il se transforme en héros insolite dans le monde parallèle qu’est Verdunland. « Il dort présentement, mais s’il y a des enfants qui s’ennuient, il va se réveiller », badine Baron Marc-André Lévesque.
Le fleuve
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Dans Verdunland, le fleuve est un élément récurrent dans plusieurs poèmes.

il égrenait sa solitude à coups de ricochets
sur le fleuve et le fleuve déroulait
le reflet des constellations
Extrait du poème « L’Étoile de Verdunland »
Une visite de Verdun ne serait pas complète sans une promenade sur le bord de l’eau. Dans le recueil, le fleuve est un élément récurrent dans plusieurs poèmes. Dans la vraie vie, le fleuve est un élément crucial à l’unicité du quartier vantée par plusieurs Verdunois. « On est drette sur le bord de l’eau, on a accès au fleuve sur une bonne distance », s’exclame Baron Marc-André Lévesque. « J’aimerais ça qu’on détruise le port de Montréal pour qu’Hochelaga devienne [comme] Verdun », ajoute-t-il à la blague.
Sur le bord de l’eau, l’inspiration frappe les poètes. Leur complicité est immanquable : ils se lancent des idées pour un futur recueil et mentionnent des projets abandonnés qui n’ont pas été retenus pour Verdunland. « C’est un quartier qui se prête à la littérature », indique Baron Marc-André Lévesque.
« L’idée [avec Verdunland], c’est d’encourager tout le monde à projeter de l’imaginaire dans leur quartier et dans leur ville où ils habitent », souligne Timothée-William Lapointe, qui sortira un nouveau recueil de poésie, Une vie bien dormie, le 17 septembre.





