Paru en premier sur (source): journal La Presse
(Alger) Un tribunal algérien a accepté une première plainte contre l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud et son épouse psychiatre pour avoir dévoilé et utilisé l’histoire d’une patiente pour l’écriture de son roman Houris, récompensé par le Prix Goncourt 2024, a assuré jeudi l’avocate de la plaignante.
Publié à 10 h 53
« Nous avons payé les frais de justice, ce qui signifie que le parquet (d’Oran) a accepté la plainte », a déclaré Fatima Benbraham devant la presse à Alger, prévoyant une convocation prochaine.
Selon l’avocate, M. Daoud et son épouse, qui résident en France, seront également convoqués à Oran et jugés par contumace s’ils ne se présentent pas.
Deux recours ont été déposés contre M. Daoud et son épouse qui a soigné Saâda Arbane, une rescapée d’un massacre pendant la décennie noire de guerre civile en Algérie (1992-2002, 200 000 morts).
Une plainte émane de Mme Arbane qui les accuse d’avoir utilisé son histoire sans son consentement, et une autre de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme.
« Kamel Daoud a utilisé le drame de la victime pour avoir la gloire », a fustigé l’avocate assurant avoir demandé au Parquet d’enquêter sur la « disparition du dossier médical » de l’hôpital et accusant l’épouse de Daoud de l’avoir « remis à son mari pour en faire un roman ».
« Le code pénal condamne la divulgation du secret professionnel » pour les médecins, a souligné l’avocate, une infraction punissable de six mois d’emprisonnement.
L’avocate a montré des photos de Saâda Arbane lors de son arrivée enfant en 1999 à l’hôpital, juste après une tentative d’égorgement perpétrée par des djihadistes.
« Kamel Daoud a demandé à la victime de publier son histoire dans un roman en échange d’argent, mais elle a refusé », a-t-elle poursuivi, ajoutant qu’« il a néanmoins publié son livre avec l’aide de sa femme, qui lui a parlé du tatouage qu’elle avait dans le dos, comme dans le roman Houris ».
La plainte se réfère aussi à l’article 46 de la loi dite de réconciliation nationale, qui prévoit jusqu’à cinq ans de prison pour « toute personne qui, par ses déclarations, ses écrits ou toute autre action, exploite les blessures de la tragédie nationale ».
Le 15 novembre, Saada Arbane était apparue sur la chaîne One TV en affirmant que l’histoire du roman Houris était la sienne, car il cite des éléments personnels comme « sa canule (pour respirer et parler, NDLR), ses cicatrices, ses tatouages, son salon de coiffure », ses rapports avec sa mère et sa volonté d’avorter.
Kamel Daoud n’a pas répondu à ces accusations, mais son éditeur français Gallimard a dénoncé lundi les « violentes campagnes diffamatoires orchestrées (à son encontre) par certains médias proches d’un régime dont nul n’ignore la nature ».





