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Le monde du livre se ligue face au défi que présente l’intelligence artificielle générative (IAG). Depuis une semaine, le Regroupement pour l’art humain (RAH) a récolté un nombre considérable d’appuis des maisons d’édition québécoises dans sa mission de défendre la création artistique humaine face aux IAG.
«Il y a eu une déferlante ces derniers jours!», lance, enthousiaste, Pascal Colpron, illustrateur et co-porte-parole du RAH.
Des dizaines d’éditeurs se sont ralliés à ce mouvement en partageant sur les réseaux sociaux leur engagement à bannir l’usage de l’IAG pour toutes les étapes de production, qu’il s’agisse du manuscrit, de l’édition, de l’illustration, de la révision ou encore de la traduction.
C’est un mouvement de sympathie. C’est une grosse vague de sympathie. J’ai l’impression qu’on a allumé quelque chose au bon moment.
Pascal Colpron prend la parole lors du coup d’éclat qui a eu lieu au Salon du livre de Montréal en novembre dernier.
Photo : Francis Hervieux
Le Regroupement pour l’art humain est né à la suite du coup d’éclat au Salon du livre de Montréal en novembre dernier. On a décidé de s’organiser un peu plus pour voir quel genre d’actions on pourrait prendre pour la suite
, explique Jean-Paul Eid, Illustrateur et co-porte-parole du RAH.
L’artiste exprime son inquiétude depuis un moment quant à la menace de L’IAG dans le monde de l’illustration, notamment dans un article publié dans Le Devoir du 15 novembre 2025, Quand l’intelligence artificielle aura tout dévoré.
Jean-Paul Eid exprime depuis un moment son inquiétude quant à la menace de L’IAG dans le monde de l’illustration,
Photo : François Spénard
Parmi les gestes posés par le RAH, une liste de Noël pour inviter les consommateurs à acheter de façon responsable. L’IA s’infiltre partout, puis elle est capable de tromper l’acheteur
, indique Jean-Paul Eid.
Affichée sur les réseaux sociaux et sur leur site internet, cette liste comprend les éditeurs qui se sont engagés à ne pas utiliser l’IAG. Parmi eux, Alto, KO, la Pastèque, ALire, Septentrion, Boréal et La courte échelle, pour ne nommer que ceux-là. À ce jour, on retrouve 43 maisons d’édition signataires.
C’est le nombre qui me surprend. Les maisons d’édition s’ajoutent d’une journée à l’autre, dit-il.
Non seulement les appuis se multiplient, mais ils proviennent également de groupes que personne n’avait vu venir. Il y a une microbrasserie à L’Assomption qui est venue ajouter sa voix au mouvement
, raconte M. Colpron. Dans le passé, une microbrasserie avait fait face à une controverse après avoir utilisé des étiquettes de bières générées par l’IAG, rappelle l’illustrateur de Mort et déterré.
Le manque de transparence concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle fait également partie des enjeux selon le RAH.Ce qu’on reproche, c’est le fait qu’il n’y ait pas d’obligation pour les éditeurs qui font de l’intelligence artificielle de l’inscrire
, explique Jean-Paul Eid.
Dans les pages de crédits, c’est écrit un peu n’importe quoi, n’importe comment, en évitant bien soigneusement de ne jamais dire « intelligence artificielle », alors que nous, on le sait, on à l’œil.
L’auteur de la bande dessinée Le petit astronaute avoue avoir trouvé accablant de constater, lors du Salon du livre de Montréal en novembre dernier, le nombre considérable de couvertures de livres réalisées avec l’aide de l’IA générative. Ça nous a sauté aux yeux!
, lance-t-il. En un an, il a remarqué une augmentation exponentielle.
Pascal Colpron, illustrateur et co-porte-parole du Regroupement pour l’art humain (RAH).au Salon du livre de Montréal en novembre 2025.
Photo : Eric St-Cyr
Les illustrateurs sont parmi les premières victimes de l’intelligence artificielle générative, qui s’est entraînée sur des milliards d’images trouvées sur internet et sans le consentement et la rémunération des créateurs.
Jean-Paul Eid se dit heureux de constater que le monde de l’édition emboîte le pas et soutient leurs revendications. Ça me réconcilie
, dit-il.
Les enjeux concernent aussi les paliers de gouvernements, soutient l’artiste. L’idée derrière, c’est de dire que c’est un milieu qui est largement subventionné à tous les maillons de la chaîne et là, c’est de se poser la question collectivement
, explique-t-il. Il y a de sérieuses questions à se poser parce que l’argent qu’on donne à certains, on ne le donne pas à d’autres
, lance-t-il.
Le Regroupement pour l’art humain prévoit d’autres actions de sensibilisation.










