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Voyage à la villa du jardin secret | Le livre pour lequel Audrey-Ann a aidé J.P.

Paru en premier sur (source): journal La Presse

J.P. Chabot signe avec l’aide de son amie Audrey-Ann Bélanger Voyage à la villa du jardin secret, roman d’une intransigeante beauté qui déconstruit les « fictions compensatrices » avec lesquelles est décrite la vie des personnes handicapées tout en célébrant le pouvoir transformateur de l’amitié.


Publié à 0h42

Mis à jour à 7h00

Le roman est signé J.P. Chabot, mais juste en dessous du titre apparaît aussi cette essentielle et intrigante mention : « avec l’aide d’Audrey-Ann Bélanger ». C’est que, bien qu’il ne s’agisse pas exactement d’une œuvre à quatre mains, Voyage à la villa du jardin secret n’est pas non plus l’œuvre d’un seul homme.

« Ce que je trouvais drôle, avec la mention “avec l’aide de”, c’est qu’on suppose tout le temps que c’est moi qui l’aide », explique l’écrivain (Le livre de bois, Le chemin d’en haut) au sujet de son amie, qui vit avec l’ataxie de Friedreich, une maladie dégénérative, et qui se déplace grâce à un fauteuil électrique. « Ça me gêne toujours un peu comme formulation. Je n’aide pas Audrey-Ann, c’est juste qu’on a envie de faire des choses ensemble et qu’on a chacun un corps. »

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

Audrey-Ann Bélanger et J.P. Chabot en entrevue

« Et ça se passe avec tous mes autres amis », renchérit Audrey-Ann, à qui on doit bien tendre l’oreille, compte tenu de son élocution infléchie par la maladie. « On leur dit souvent : Audrey-Ann est chanceuse de t’avoir. Et moi, des fois, je réplique : “Eux aussi, ils sont chanceux de m’avoir.” »

Se faire voir

J.P. Chabot et Audrey-Ann Bélanger se sont rencontrés en 2017 au cégep de Rimouski où il était, lui, ce jeune professeur entêté d’idéaux, et elle, cette élève enjouée qui souhaitait laisser sa trace en publiant l’histoire de sa vie. Il découvrira rapidement en elle une amie, qui lui permettra d’ouvrir les yeux sur la beauté de la vie, mais aussi sur les écueils nombreux d’un quotidien, celui de tant de personnes handicapées, lourd de douleurs et d’avanies.

Ponctué d’extraits du journal intime d’Audrey-Ann, Voyage à la villa du jardin secret répond ainsi à plusieurs mises en abyme, alors qu’en voyage au Costa Rica, J.P. lit à voix haute le manuscrit du roman que nous tenons entre nos mains à une Audrey-Ann qui commente en direct.

À la fois récit d’une crise de foi en littérature, réflexion sur les cases étanches auxquelles sont confinées les relations humaines et célébration du pouvoir transformateur de l’amitié ; ce roman aussi troublant que magnifique, aussi mordant que doux, raconte en partie l’étonnement d’un jeune homme qui constate à quel point, dans l’espace public, il est difficile pour les personnes handicapées de se déplacer, donc d’exister. « Et ce n’est pas quelque chose à quoi j’aurais été sensible si on ne s’était pas rencontrés », pense J.P.

Audrey-Ann résume la situation de manière aussi simple que lapidaire : « On n’a juste pas d’occasions de se faire voir. »

Des fictions compensatrices

Voyage à la villa du jardin secret, comme tant de grands romans, invente une forme qui lui est propre et qui sert son propos au fur et à mesure qu’il se déploie. Au fur et à mesure aussi que se nuance la réflexion de Chabot sur ce qu’il appelle « les fictions compensatrices », une manière de désigner tout ce à quoi l’humain se cheville afin de ne pas jeter l’éponge, y compris ce discours noble et élimé de la résilience.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

J.P. Chabot et Audrey-Ann Bélanger

Un discours dont l’esprit acerbe de J.P. aura spontanément eu l’envie de se moquer. « Mais ce que j’ai compris, confie-t-il, c’est que lorsque je dis “La résilience, je sacrerais ça aux poubelles”, ç’a quelque chose d’assez violent, parce qu’Audrey-Ann ne s’est pas juste fait conter que la résilience, c’était bon, c’est quelque chose qui l’aide à vivre pour vrai. Elle a ses fictions compensatrices et moi, j’ai la mienne, qui est la littérature. »

Ce qui ne signifie pas pour autant que le vocabulaire employé pour parler des personnes handicapées n’appelle pas sa propre révolution. « Des formules comme “Elle fait ceci malgré son handicap”, à force de les entendre, on finit par les assimiler », laisse tomber Audrey-Ann.

Dans les dernières décennies, on a fait collectivement différentes prises de conscience au sujet de plusieurs groupes minoritaires et ça s’est souvent passé dans le langage, dans les mots. Il faudra aussi, pour le handicap, démanteler brique par brique chacune de ces images, de ces formules toutes faites.

J.P. Chabot

Que J.P. admire-t-il chez Audrey-Ann ? « Notre relation me nourrit beaucoup, dit-il, parce que je suis d’un naturel plus pessimiste et qu’il y a toujours chez elle une volonté que les choses soient bonnes. »

Audrey-Ann rougit, puis demande que J.P. aille faire un tour aux toilettes, le temps de répondre elle aussi. « J.P., c’est mon ami intelligent, qui me ramène sur terre. Il est réconfortant, rassurant. Je sais qu’il ne me juge pas. Avec lui, je peux juste être bien, ici, maintenant. »

Voyage à la villa du jardin secret

Voyage à la villa du jardin secret

J.P. Chabot, avec l’aide d’Audrey-Ann Bélanger

Le Quartanier

416 pages

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