À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!
La version qui n’intéresse personne
Emmanuelle Pierrot, Le Quartanier, 368 p., 21,95$
Ce premier roman coup-de-poing de l’autrice Emmanuelle Pierrot nous transporte aux confins du monde, dans une réalité aussi sauvage qu’envoûtante. Le lecteur suit les pas de Sacha et de son meilleur ami Tom, qui ont quitté Montréal sans un regard en arrière pour rejoindre une communauté de marginaux dont ils avaient longtemps rêvé. Au confluent du fleuve Yukon et de la rivière Klondike, les années s’écoulent dans une douceur rude, au cœur d’une immensité indomptable — à leur image. Mais que se passe-t-il lorsque le désenchantement frappe comme un uppercut en pleine figure? C’est ce que Sacha découvrira lors de sa descente aux enfers. Elle qui ne s’attendait pas à ce que sa famille choisie lui montre les crocs comme un prédateur carnassier.
Nous traverserons des orages
Anne-Laure Bondoux, Folio, 588 p., 16,95$
De sa plume percutante, Anne-Laure Bondoux retrace l’histoire d’une famille française de la Première Guerre mondiale aux années 2000, jalonnée de pertes, de blessures, de colère, de non-dits, et d’une brutalité terrible se perpétuant de père en fils. Le récit aborde finement les thèmes de la scission ville/campagne, de la lutte des classes, ainsi que le joug brutal du patriarcat sur les minorités LGBTQIA+, les femmes… et sur les hommes. L’histoire d’Olivier, c’est celle de cette masculinité féroce, de ces hommes envoyés à la guerre et changés à jamais, du syndrome post-traumatique, et de la répercussion de la violence vécue sur les personnes qu’ils aiment. Comment briser ce cycle? En faisant lire ce roman au plus grand nombre, à tous les garçons (et les filles) de votre entourage. Peut-être que l’émotion vive et directe qui traverse ce livre tel un orage saura toucher au cœur des hommes. Guilaine Spagnol / La maison des feuilles (Montréal)
Fabriquer une femme
Marie Darrieussecq, Folio, 326 p., 16,95$
Rose et Solange ont 15 ans. Amies d’enfance, elles partagent tout, jusqu’aux bancs du lycée de leur quartier. Mais cette année-là, tout bascule : Solange est enceinte, et plus rien ne sera comme avant. Tandis que Rose avance sur une voie bien tracée, élève brillante, fille aimée, amoureuse comblée, Solange, elle, s’engage sur un chemin plus incertain, attirée par la création, la liberté et le risque. Fabriquer une femme raconte ces destins en parallèle qui se croisent, s’éloignent, se heurtent parfois, dessinant le portrait vibrant de deux femmes en devenir que la vie façonne différemment, sans jamais rompre le lien qui les unit.
Jacaranda
Gaël Faye, Le Livre de Poche, 276 p., 15,95$
Majestueux, le jacaranda dresse sa couronne violette dans le ciel du Rwanda, tandis que ses racines s’ancrent profondément dans la terre qui l’a vu naître. De son promontoire immuable, l’arbre a tout vu : les déchirements d’un peuple, le sang versé, la fuite de celles et ceux qui ont emporté avec eux le poids du massacre et le silence forcé de l’indicible. Des années plus tard, ce silence continue de déraciner les générations, comme celle de Milan, qui se heurte au mutisme d’une mère hantée par son passé. À travers quatre générations, Gaël Faye tisse un récit où l’intime puise sa source à même l’Histoire, celle du Rwanda, depuis les racines coloniales du génocide jusqu’à ses répercussions contemporaines, alors qu’un pays meurtri cherche toujours à se reconstruire et à retrouver sa voix.
Tenir debout
Mélissa Da Costa, Le Livre de Poche, 760 p., 18,95$
François, 42 ans, vient de quitter son épouse, cédant à une passion dévorante pour Éléonore, 24 ans. Mais l’avenir que les tourtereaux imaginaient vole en éclats : après un accident de scooter, François devient paraplégique. Dans les circonstances, la jeune femme aurait pu fuir, mais elle reste. Même si l’homme qu’elle aime est l’ombre de lui-même, un être brisé, dépendant des autres. Les amoureux, qui racontent ce qu’ils traversent tour à tour, oscillant différemment entre la colère, le désespoir et l’impuissance, doivent peu à peu s’adapter à cette nouvelle réalité, reconstruire leur histoire. Alors que plus rien ne tient, cette relation va-t-elle résister? Avec ce roman poignant sur la résilience et la soif de vivre, l’écrivaine à succès Mélissa Da Costa (Tout le bleu du ciel, La faiseuse d’étoiles, La doublure, Les femmes du bout du monde) sonde l’intimité et l’amour d’un couple à travers les souffrances, les désillusions, les épreuves et les remises en question.
Feue
Ariane Lessard, BQ, 180 p., 13,95$
Dans ce roman polyphonique, on découvre la faune bigarrée d’un village. Les habitants qui y gravitent dissimulent des secrets et se jugent les uns les autres. Cette communauté, qui semble suivre ses propres règles, en arrache : « Il faut avoir la couenne dure ici. » De toutes ces voix hétéroclites et écorchées qui s’élèvent émergent la jalousie, la haine, la honte, la culpabilité, les silences, les souffrances et les violences quotidiennes. Au sein de ce microcosme, il y a notamment un jeune homme qui s’est réfugié dans ce trou perdu pour mieux s’y perdre et une famille éprouvée : l’insaisissable Virginia, sa sœur Laura, qui vend son corps aux camionneurs de passage, leur mère évanescente — qu’on croit disparue, mais qui est peut-être morte tout compte fait —, et leur père alcoolique. Une aura de mystère, d’étrangeté et de misère traverse cette œuvre étonnante qui nous happe.
Les âmes féroces
Marie Vingtras, Points, 250 p., 15,95$
Dans une petite ville sans histoire, où rien ne se passe jamais, une adolescente de 17 ans, Leo, est retrouvée morte, assassinée, au printemps. La jeune fille vivait seule avec son père, sa mère l’ayant abandonnée lorsqu’elle avait 7 ans. La shérif Lauren Hobler, qui doit sans cesse prouver qu’elle mérite sa place au poste parce qu’elle est une femme, de surcroît lesbienne, tente d’élucider cette affaire. Les événements sont racontés selon le point de vue de quatre narrateurs, un par saison. Dans leur monologue, ces personnages (la policière, le professeur de Leo au passé douteux, sa meilleure amie et son père) dépeignent chacun leur vérité, éclairant le récit différemment et créant une mosaïque tournant autour de l’enquête. Après Blizzard, œuvre qui a valu à Marie Vingtras le Prix des libraires français en 2022, ce roman social aux allures de polar explore les complexités de l’âme humaine ainsi que les parts d’ombre tapies dans chaque être.






